Interview
Bernard Ourghanlian27/03/2008

Entretien avec Bernard Ourghanlian

Directeur Technique et Sécurité de Microsoft France«Microsoft n'est pas contre l'"open source", au contraire...»
Boursier.com : Comment peut-on définir l'interopérabilité ?
B.O. : Exprimée en terme simple, l'interopérabilité c'est la possibilité pour des systèmes, des personnes, des environnements informatiques au sens large, de se parler, d'échanger... Il est important de mettre l'interopérabilité au coeur des réflexions car les environnements sont finalement très hétérogènes. Dans les systèmes d'informations des entreprises, on retrouve Windows mais également Linux, Unix ou encore les vieux 'mainframes' IBM (machine puissante faisant office de source centrale de traitement et d'informations, ndlr).
Boursier.com : Concrètement, en quoi consiste votre démarche ?
B.O. : Nous rendons disponible sur le Web la documentation des protocoles et des interfaces de programmation de tous les logiciels utilisés de façon significatives dans les entreprises : Windows Vista, Windows Server, Windows SQL, Office, Sharepoint, etc.). Aujourd'hui, plus de 30.000 pages de documentation sont publiées sur Internet.
Boursier.com : Est-ce un premier pas vers la communauté "open source" ?
B.O. : Non, pas au sens propre du terme ! Microsoft n'est pas contre l'open source (distribution libre et gratuite d'une licence qui accompagne le développement d'un logiciel, ndlr), au contraire... L'idée est que l'information soit disponible pour tous, aussi bien pour les développeurs open source que les autres, sans avoir à obtenir une licence ou payer des royalties. Mais le point essentiel est que nous distinguons les développeurs open source qui conçoivent des logiciels à des fins commerciales et ceux, comme le français Mandriva, avec qui nous nous sommes engagés à fournir des licences sur des brevets à des conditions financières raisonnables et non discriminatoires. L'accès à nos informations est libre, mais nous avons listé tous les brevets pour une éventuelle acquisition de licences.
Boursier.com : Quel type de brevets par exemple ?
B.O. : Par exemple, le protocole qui permet d'accéder depuis un PC à des informations stockées sur un serveur de fichier (protocole "SMP"). Ce protocole est couvert par un certain nombre de brevets. Si les développeurs ont l'intention de tirer profits de ses brevets, ils devront s'acquitter d'une licence, faute de quoi Microsoft engagera des poursuites judiciaires.
Boursier.com : En rendant disponible les codes source de vos logiciels, Microsoft fait aussi la promotion de ses produits ?
B.O. : Il est clair que si les produits Microsoft sont capables de mieux interagir et interopérer avec un environnement "non-Microsoft", nous avons le secret espoir que les utilisateurs en tirent le maximum de bénéfices, et soient potentiellement plus enclins à en acheter davantage... Mais tout l'écosystème autour de Windows en profite également. A chaque fois que Microsoft vend un logiciel pour 1$, les partenaires faisant partie de l'écosystème gagnent 8$. L'effet de démultiplication est extrêmement important car les fournisseurs 'hardware' (périphériques) et 'software' (logiciels) ont pu faire fonctionner leurs produits grâce à l'environnement Windows.
Boursier.com : Pourquoi Microsoft a-t-il attendu si longtemps pour dévoiler la documentation de ses logiciels ?
B.O. : L'interopérabilité n'est pas un sujet complètement neuf, Microsoft y travaille depuis 3-4 ans... Nous avons créé le Conseil Exécutif pour l'interopérabilité, une assemblée formée par un certain nombre de nos grands clients (publics, privés). Les directeurs informatiques et/ou techniques de grandes entreprises et de l'administration ont fourni des sujets sur lesquels Microsoft pouvait s'améliorer. Une enquête réalisée par l'institut Gartner sur la répartition de l'environnement informatique de nos clients a révélé que les systèmes y sont très divers (Windows, Linux etc.). Le minimum pour nous était de faire en sorte que cet environnement soit plus facile à utiliser, à exploiter. L'annonce de Microsoft est la réponse à cette demande des clients qui se veut pressante depuis de nombreuses années, et à la requête de la Commission Européenne qui a exigé la publication des documents relatifs aux protocoles échangés entre différents logiciels de serveurs. Et pour ne rien vous cacher, les enquêtes de satisfaction n'étaient pas très bonnes dans ce domaine... C'est pour cela que nous sommes allés au-delà des exigences des autorités puisque nous avons aussi inclus la documentation relative à l'interopérabilité de Windows Vista et Office.
Boursier.com : Avez-vous des attentes précises de cette initiative en matière d'interopérabilité ?
B.O. : L'objectif était surtout de satisfaire nos clients qui avaient de vraies attentes, et de rendre nos produits plus faciles à utiliser. Nous ne pouvons pas affirmer si les revenus vont être multipliés par tel ou tel facteur. De plus, cette initiative stratégique est une opération relativement " blanche " et positive en dehors des mises à jour de la documentation qui comporte tout de même 30.000 pages... Nous anticipons une concurrence plus vive dans ce domaine, nous incitant à innover davantage et de façon plus efficace. Pour prendre l'exemple des navigateurs Web, l'arrivée du logiciel libre Firefox/Mozilla nous a encouragés à sortir deux nouvelles versions d'Internet Explorer, IE 7 l'année dernière, puis une version beta de IE 8, déjà disponible en ligne.

Julien Mouret
©2008 www.boursier.com

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