Rubrique SICAV et FCP

Entretien avec Valérie Cazaban, Présidente de Stratège FinanceLa situation ressemble à celle des années 1992-95

Boursier.com : L'année 2011 s'est terminée en forte baisse sur les marchés européens. Comment analysez-vous la situation dans son ensemble ?

V.C. : Il faut remettre les choses dans leur contexte. Le stress a été exceptionnel ces derniers mois sur les marchés financiers. Cette situation résulte de l'accumulation des dettes publiques des Etats occidentaux depuis des années... C'est un héritage déjà connu, mais qui a été cristallisé par les médias, en particulier anglo-saxons. Ce stress a été tout particulièrement puissant depuis l'été dernier. Ce n'est pourtant pas selon moi une crise exceptionnelle que nous vivons...

Boursier.com : L'accumulation des dettes fragilise cependant l'édifice financier dans son ensemble...

V.C. : La situation ressemble à celle des années 1992-95 qui correspond à la période d'application des critères de Maastricht. A l'époque, nous avions déjà assisté à la mise en place de plans d'austérité pour atteindre ces critères. Nous avions déjà eu à faire face à des crises à répétition sur certaines devises comme la peseta espagnole, la couronne suédoise ou encore la Livre anglaise qui avait fait l'objet d'attaques violentes. Le système monétaire avait d'ailleurs capoté... A l'époque, les taux pratiqués qui étaient très élevés permettaient de disposer de placements alternatifs qui ont disparu actuellement au vu de la faiblesse de la rémunération de l'argent. Il y a donc un manque d'alternative évident en termes de placements... Il en résulte une psychologie de marché très négative.

Boursier.com : Comment sortir de cette spirale ?

V.C. : Je pense qu'il faut insister encore une fois sur le fait que nous vivons non pas une crise économique mais bien une crise financière d'ajustement et de réglage... L'euro est jeune, il faut du temps pour que le système se construise et se consolide. En attendant, les investisseurs ne se contentent plus de promesses devant l'état des finances publiques des pays concernés et veulent des garanties d'action dans la lutte contre les déficits et les dettes. La fameuse 'règle d'or' annoncée au niveau politique n'est en fait que le pacte de stabilité qui n'était pas appliqué dans le cadre des critères de Maastricht.

Boursier.com : La pression persistante des marchés et les craintes sur la liquidité du système bancaire semblent prouver que les réponses apportées par les autorités politiques et monétaires ne sont pas suffisantes...

V.C. : Encore une fois, rien ne peut se faire de façon immédiate... Les interventions concertées des banques centrales montrent que les autorités ont pris les choses en main et qu'elles ont même pris les devants pour éviter une véritable catastrophe. Il faut voir que la Réserve Fédérale américaine va mener une politique de taux nuls ou quasi-nuls jusqu'à au moins 2013 et que les procédés employés comme le 'twist' observé sur les maturités obligataires sont des procédés forts. Même si la BCE a été un peu plus lente à agir, il a fallu gérer la transition à la tête de la banque centrale et cette dernière a finalement réagi efficacement en ouvrant largement son guichet avec pas moins de 489 MdsE débloqués sur trois ans, ce qui est en tout point exceptionnel ! La Banque du Japon, mais aussi la Banque d'Angleterre, ont aussi mené des politiques exceptionnelles allant dans le même sens. On peut ajouter certains pays émergents qui se sont mis à baisser leurs taux...

Boursier.com : Pourtant, si l'on regarde les derniers pointages de la BCE, on voit que les banques commerciales restent frileuses dans leur placement...

V.C. : Il faut bien voir que ce sont des relevés de fin d'exercice. Il est normal que les banques minimisent les risques avant de clôturer leur bilan. Les établissements se protègent et cela peut sembler légitime de placer des liquidités peu rémunérées auprès de la BCE, plutôt que d'engager de nouveaux risques sur les dettes souveraines, ce qu'on leur a reproché !... Il faut voir aussi que les banques se préparent à un début d'année 2012 qui sera marqué par des échéances importantes en termes de sollicitation, que ce soit au niveau des Etats qui vont devoir lever quelques 800 MdsE ou en termes de demande des banques elles-mêmes qui vont avoir besoin d'environ 450 MdsE.

Boursier.com : Vous n'êtes donc pas trop inquiète concernant ce problème de liquidité ?

V.C. : Non. J'observe même une baisse progressive sur les maturités courtes en Espagne ou en Italie, ce qui est très encourageant. Les échéances plus longues sont encore tendues, mais il ne faut pas être trop pressé sur les échéances à 10 ans par exemple qui vont mettre un peu plus de temps avant de se normaliser...

Boursier.com : Le risque de perte du fameux 'Triple A' en France vous inquiète-t-il pour l'année prochaine ?

V.C : En France on a tendance a être un peu fétichiste... On aime se focaliser sur des symboles, mais, sur les marchés, l'anticipation de cet ajustement de la notation crédit de la France a déjà été opérée. On le voit au niveau des taux pratiqués qui sont de l'ordre de 3% en France contre moins de 2% en Allemagne ou en Angleterre sur les échéances à 10 ans...

Boursier.com : La chute du secteur bancaire en Bourse est-elle une occasion de se replacer selon vous ?

V.C : C'est par le secteur bancaire que sont arrivés les problèmes... Comme en 2000 avec la bulle des valeurs internet et technologiques, il ne faut pas espérer un rétablissement rapide. Il va falloir être patient pour que la confiance revienne progressivement. La réglementation bancaire plus drastique va aussi peser sur les marges. Enfin, les banques ont dû réduire leur bilan, en particulier du côté des activités de financement, ce qui va contribuer aussi à peser durablement sur les valorisations.

Boursier.com : Etes-vous malgré tout confiante pour 2012 ?

V.C. : Dans des marchés boursiers aussi tendus, il faut se tenir à ses convictions... Nous avons atteint des niveaux de valorisations qui créent des opportunités d'investissement de moyen terme. Il ne faut pas oublier les gros efforts réalisés ces dernières années par les entreprises qui affichent le plus souvent des bilans très sains et des structures financières équilibrées, à quelques exceptions près... Les stocks de dettes privées sont à leur plus bas niveaux depuis 20 ans. Quand les taux vont commencer à se détendre plus sensiblement sur les marchés, on assistera progressivement à une meilleure appréciation du risque... Dans certains secteurs, comme les "utilities" où l'endettement fait partie de l'activité normale des groupes, on arrive à des situations de valorisation aberrantes, comme par exemple avec Veolia qui se paie moins cher que sa trésorerie...

Propos recueillis par Didier Hameau - ©2012 www.boursier.com

Valérie Cazaban Présidente de Stratège Finance
Valérie Cazaban

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