Boursier.com : Quel est votre scénario macro économique privilégié pour la zone euro dans les trimestres à venir ?
Régis Bégué : Nous allons vers une tendance à l'amélioration. Ce qui a provoqué la dégradation récente est un phénomène massif de déstockage, les chefs d'entreprises anticipant une aggravation de la crise. Ces anticipations étaient liées à l'absence de réponse politique à la crise générale de la zone euro. Il me semble qu'aujourd'hui l'aspect 'psychologie' est inversé grâce aux dernières mesures annoncées lors du sommet du 29 juin et, plus récemment, par Mario Draghi. Par conséquent, nous devrions assister à un arrêt de ce déstockage et, dans un premier temps, voir une stabilisation des conditions macro économiques puis une nette amélioration.
Boursier.com : Ces annonces politiques ont soulagé le stress des marchés sans pour autant résoudre les problèmes de fond...
R.B. : Il est vrai qu'un certain nombre de problèmes de fond demeurent, même s'ils ont été en très grande partie traités, notamment sur le plan de la compétitivité du travail en Espagne par exemple ou en Italie.
Boursier.com : Pensez-vous que l'Espagne adresse rapidement une demande d'assistance au FESF ou MES ?
R.B. : Il est probable que le pays demande de l'aide à l'Union européenne. Ce n'est pas une certitude absolue car l'intention de la BCE a déjà suffi à détendre très fortement les taux court terme.
Boursier.com : La stratégie d'investissement de Lazard Frères Gestion à l'heure actuelle montre une préférence pour les actions européennes en particulier...
R.B. : Les actions européennes sont à un niveau de décote historique par rapport aux actions américaines. La décote est de l'ordre de 30% quelle que soit la méthode regardée : la valorisation par rapport à l'actif net, ou le PER (c'est-à-dire le rapport du cours au bénéfice) ou le rendement/dividende (à savoir le dividende ramené au cours de bourse qui est aujourd'hui de l'ordre de 4% sur les actions européennes). Cela s'explique par deux phénomènes. Le premier est un phénomène réel : l'économie européenne ayant été plus faible que l'économie américaine, les résultats des entreprises ont été plus affectés en Europe. Le second point est que la prime de risque sur les actions européennes a beaucoup grandi par rapport celle sur les actions américaines et émergentes. En effet, la zone euro a concentré toutes les peurs et est devenue la zone la plus risquée du monde. Ces deux phénomènes conjugués devraient faire que les actions européennes enregistrent les meilleures performances dans les années venir.
Boursier.com : Quel potentiel de hausse attendez-vous sur les marchés européens ?
R.B. : Le potentiel de hausse absolue sur les actions européennes est de l'ordre de 20%. En outre, nous avons un objectif pour le CAC40 fixé à 4.200 points à douze mois. A plus long terme, nous estimons que le marché peut aller beaucoup plus haut, et surtout, plus vite que les autres places financières, au fur et à mesure de la réduction de cette prime de risque.
Boursier.com : Comment cet optimisme se traduit-il dans vos investissements?
R.B. : Nos investissements consistent à essayer d'optimiser le meilleur potentiel de hausse pour le moindre risque.
Boursier.com : Quels sont les secteurs que vous privilégiez ?
R.B. : Nous privilégions les entreprises les plus dépendantes du cycle économique et celles directement impactées par le niveau des marchés obligataires telles les banques et assurance. Nous apprécions aussi des sociétés dans le secteur de la pharmacie que jugeons assez faiblement évaluées ou encore certaines dans le secteur des télécoms.
Propos recueillis par Laurence Vallet - ©2012, 2013 www.boursier.com




