Boursier.com : Pouvez-vous nous présenter, dans les grandes lignes, le scénario macro-économique central de Lazard Frères Gestion pour l'année 2012 ?
R.B. : L'année 2012 devrait être une année de croissance au niveau mondial, comprise entre 3% et 4%. Elle sera forte dans les pays émergents et de l'ordre de 2,5% à 3% aux Etats-Unis. Dans la zone euro, la croissance pourrait être de l'ordre de zéro en début d'année avec une reprise graduelle dans la deuxième partie de l'année. Bien entendu, ces perspectives dépendent d'un certain nombre d'éléments, en particulier du prix du pétrole qui reste à un niveau très élevé. S'il venait à baisser significativement, ces prévisions seraient revues en hausse, et inversement. Mais globalement, nous attendons de la croissance cette année.
Boursier.com : les indicateurs économiques n'indiquent pas une récession en zone euro...
R.B. : On ne parle pas de récession pour la zone euro. On pourrait avoir 1 à 2 trimestres négatifs (le quatrième trimestre 2011 et le premier trimestre 2012), mais pas l'ensemble de l'année 2012. Il y aura des écarts importants entre les zones dites riches et les zones périphériques qui seront toujours limitées par les politiques budgétaires extrêmement restrictives qui leur sont imposées.
Boursier.com : Dans ce contexte, quelle est la classe d'actifs que vous privilégiez ?
R.B. : Paradoxalement, ce sont les grandes capitalisations de la zone euro que nous privilégions. Certes, elles sont exposées à l'économie la moins dynamique aujourd'hui, mais dans le même temps, elles sont aussi tournées vers les économies extérieures, américaines et émergentes. Parallèlement, elles sont aussi les moins chères du monde dans la mesure où ce sont celles qui ont pâti le plus des déboires de la zone euro en 2011. Par ailleurs, nous redevenons positifs sur les zones émergentes. Enfin seulement viennent les actions américaines.
Boursier.com : quel potentiel de hausse attendez-vous cette année sur les marchés européens ?
R.B. : Nous estimons que le marché européen présente un potentiel de hausse de l'ordre de 20 à 25% avec de gros écarts au sein de ce marché. Il y a d'une part, des titres proches d'un niveau de valorisation raisonnable et d'autre part, toute une partie de la cote, les valeurs financières et cycliques en particulier, qui sont extrêmement décotées. Elles pourraient connaitre une revalorisation très forte et rapide dans une optique d'amoindrissement de la prime de risque de la zone euro.
Boursier.com : est-il encore trop tôt pour revenir sur ces secteurs ?
R.B. : Le timing est toujours difficile à prévoir. Il nous semble que le risque a été particulièrement accentué par les réglementations bancaires additionnelles qui se sont ajoutées les unes aux autres pendant toute la deuxième partie de l'année 2011, en particulier concernant les dettes souveraines périphériques et leurs impacts sur le niveau de capital requis pour les banques. Aujourd'hui, il nous semble que d'un point de vue politique et réglementaire il y a une véritable prise de conscience des erreurs qui ont été commises lors des sommets européens de la deuxième partie de l'année 2011 et que la tendance soit à l'assouplissement.
Propos recueillis par Laurence Vallet - ©2012 www.boursier.com

