Philippe Ithurbide, Directeur recherche stratégie et analyse d'Amundi

Philippe Ithurbide Directeur recherche stratégie et analyse d'Amundi

Le Marché sous-estime les effets de moyen terme du Brexit!

Boursier.com : Que penser de la poursuite du 'QE' de la BCE jusqu'en décembre 2017?

P.I. : Le débat sur le " QE " de la BCE reviendra vraisemblablement sur le devant de la scène au deuxième semestre, mais à notre sens, il n'y a aucun élément pour que la BCE mette un terme à la politique en cours : cela supposerait que la plupart des pays de la zone Euro aient retrouvé une solvabilité budgétaire, cela supposerait aussi de renouer avec une croissance du PIB supérieure au taux d'intérêt nominal. Un fort désendettement des états et retrouver un niveau significatif d'investissement sont aussi d'autres éléments indispensables... Aucun de ces quatre préalables à la fin de la politique monétaire accommodante de la BCE n'est rempli...

Boursier.com : Comment interprétez-vous le bon accueil du Marché après l'élection de Trump?

P.I. : Les anticipations positives des investisseurs, suite à l'élection de Trump, sont sans doute excessives. Il faut être prudent avec les Etats-Unis. La question est "quid des profits des entreprises?" Après le cycle de redressement, logiquement doit venir une consolidation des profits des entreprises américaines. Hors, le Marché table sur l'effet Trump pour leur donner un nouveau coup de fouet. Nous pensons que c'est bien trop optimiste et que le cycle américain risque de décélérer avant même les effets des mesures de Trump... Nous pensons qu'il faudra sortir du Marché des actifs risqués américains, pour se positionner sur le marché américain des obligations souveraines.

Boursier.com : Pourquoi êtes-vous plus sceptiques sur les effets du Brexit?

P.I. : A l'inverse, selon nous, le Marché sous-estime les effets de moyen terme du Brexit. Ils seront plus importants qu'on ne le pense. Les négociations autour du Brexit devraient affaiblir le sterling et le potentiel de croissance du Royaume-Uni, incitant la Banque d'Angleterre à conserver pour longtemps une politique monétaire accommodante. Nous estimons toutefois assez faible, l'hypothèse d'une contagion du populisme anti européen au reste de la zone Euro lors des rendez-vous électoraux de 2017.

Boursier.com : Entrons-nous en période de hausse des taux durable?

P.I. : L'écart entre les taux américains et européens va continuer à se creuser. Certes les taux européens ont suivi leurs homologues américains à la hausse, mais les facteurs domestiques lourds, en Europe, comme le poids des QE, sont tels que la hausse sera limitée et que l'écart devrait grandir. La Fed doit relever deux fois ses taux cette année, ils resteront toutefois très faibles et on ne peut pas parler de normalisation !

©2017, Boursier.com

Philippe Ithurbide, Directeur recherche stratégie et analyse d'Amundi