Michel Juvet, Associé de la banque Bordier

Michel Juvet Associé de la banque Bordier

Nous conservons une poche importante de liquidités pour saisir les opportunités qui devraient prochainement apparaître...

Boursier.com : Que pensez-vous des dernières mesures prises par les banques centrales ?

M.J. : Depuis plusieurs années, la croissance économique est atone aux Etats-Unis, au Japon et en Europe... Les politiques mises en place par les grandes banques centrales ont de moins en moins d'effet sur l'économie réelle. En revanche, ces politiques ont contribué à renchérir les actions et les obligations. Avec la baisse des taux, l'espérance de rendements futurs est de plus en plus faible... Une part significative des taux souverains se situe en territoire négatif. On remarque aussi que la démographie est handicapante. D'ici 2050, la population devrait baisser au Japon, en Russie, en Allemagne, en Italie... De plus, la structure se dégrade avec moins d'épargnants et davantage de personnes âgées. Il va être de plus en plus difficile de financer les retraites...

Boursier.com : Quelles peuvent être les solutions pour relancer la machine ?

M.J. : Jusqu'à présent, les politiques budgétaires ont été restrictives... On évoque maintenant des relances budgétaires, mais le contexte politique ne favorise pas ce type de mesures. Madame Clinton devrait gagner les élections présidentielles américaines mais son assise parlementaire ne devrait pas lui permettre d'augmenter les déficits. En Europe, le calendrier est défavorable avec plusieurs échéances électorales importantes en 2017...

Boursier.com : Le Japon semble concentrer les difficultés...

M.J. : Le Japon est dans la pire des situations avec une démographie très pénalisante... La banque centrale japonaise achète massivement les obligations souveraines du pays. A l'avenir, cela pourrait être douloureux car la BOJ pourrait être contrainte de prendre une partie de sa perte sur la valeur de ces actifs. Pour compenser cette perte, on devrait avoir une importante création monétaire avec comme effet une baisse du Yen sur le marché des changes et un appauvrissement des ménages...

Boursier.com : Comment voyez-vous évoluer la croissance américaine ?

M.J. : Si l'on ne retient pas la consommation des ménages, l'économie américaine est aujourd'hui en récession... Avec l'effet d'aubaine créé par la faiblesse des taux, les entreprises américaines se sont beaucoup endettées. Leur endettement se situe sur des sommets depuis 2008 !... Comment investir dans ces conditions ? Dans le même temps, les marges se réduisent, ce qui devrait conduire à des suppressions de postes puis à une baisse de la consommation. L'économie américaine est essoufflée... Les éléments sont en place pour une récession naturelle qui devrait avoir lieu courant 2017. Afin de relancer la machine, la Fed devrait prendre de nouvelles mesures non conventionnelles comme l'helicopter money, à savoir de la distribution directe d'argent aux ménages. Cette mesure devrait faire baisser le Dollar sur le marché des changes ce qui permettra de relancer les exportations américaines...

Boursier.com : L'Europe semble aller mieux...

M.J. : En 2017, la croissance devrait être plus soutenue en Europe qu'aux Etats-Unis. Même si le niveau absolu est relativement faible, il s'agit d'un élément positif à prendre en compte. On a un important potentiel de rattrapage du côté de l'investissement. Mais attention à la distribution de crédit... La baisse des taux réduit les marges des banques et le contexte réglementaire est de plus en plus strict. En revanche, le plan Junker est susceptible de doper l'activité. Si son montant est de 500 Milliards d'Euros sur 5 ans, comme évoqués en ce moment, il devrait permettre d'augmenter de 0,75% par an la croissance européenne...

Boursier.com : La situation dans les pays émergents est-elle à nouveau favorable ?

M.J. : La croissance en Chine semble aujourd'hui stabilisée, même si l'endettement se situe sur des niveaux élevés. La sortie de récession en Russie et au Brésil est favorisée par la remontée des prix des matières premières. De plus, la plupart des pays émergents ont des marges de manoeuvre importantes pour baisser les taux...

Boursier.com : Quelles sont vos recommandations dans ce contexte ?

M.J. : Globalement, les différentes classes d'actifs sont chères avec un risque important... Aux Etats-Unis, la valorisation des marchés actions est élevée avec une faible espérance de rendement... Concernant les taux, nous pensons que la distorsion observée actuellement va progressivement s'atténuer voire disparaître. Notre portefeuille équilibré comprend aujourd'hui 30% d'actions, ce qui est plutôt faible au regard de la moyenne historique. Nous attendons une correction de 10-15% sur les actions pour être plus agressifs. Afin de profiter de la volatilité, nous affectons 15% des capitaux à des 'hedge-funds'. 35% à 40% du portefeuille est composé d'obligations émergentes souveraines en Dollar et d'obligations à haut rendement. Nous conservons une poche importante de liquidités pour saisir les opportunités qui devraient prochainement apparaître...

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Michel Juvet, Associé de la banque Bordier