Jeanne Asseraf-Bitton, Responsable de la Recherche Cross Asset de Lyxor AM

Jeanne Asseraf-Bitton Responsable de la Recherche Cross Asset de Lyxor AM

Les actions européennes ont accumulé un retard colossal par rapport à leurs homologues américaines

Boursier.com : Les politiques de la Fed et de la BCE vont-elles diverger selon vous ?

J.A-B. : Nous sommes entrés dans une période de divergence monétaire, la BCE poursuivant sa logique de politique accommodante avec un 'QE' prolongé jusqu'à fin 2017 et toujours très prononcé avec 60 MdsE par mois. De l'autre côté de l'Atlantique, la Fed a entamé sa phase de hausse des taux, lesquels devraient se situer à 2,60% contre 0,75% actuellement, selon la règle de Taylor. Ces politiques antagonistes devraient perdurer encore quelques mois ; nous attendons trois hausses de taux américains en 2017. On observe que les taux américains sont inférieurs à la croissance nominale américaine depuis 2010, ce schéma n'est vrai que depuis 2 ans en zone Euro et aura besoin de se prolonger encore quelques temps pour créer un contexte de croissance favorable.

Boursier.com : Les actions européennes vont-elles enfin surperformer les actions américaines cette année selon vous ?

J.A-B. : Les actions européennes ont en effet accumulé un retard colossal par rapport à leurs homologues américaines depuis plusieurs années. Lors du dernier trimestre 2016, elles ont enfin fait mieux : +8% contre +4%. La question est de savoir si un mouvement est enclenché. Plusieurs éléments pourraient le faire penser : le potentiel réel d'accélération de l'activité en Zone Euro, la réalité d'indicateurs macroéconomiques tous en amélioration : confiance du consommateur, chômage en baisse et un pays majeur de la zone Euro, la France, où on constate du mieux. A l'inverse, le potentiel de valorisation aux Etats-Unis nous semble bien plus faible, avec des marchés qui se payent plus cher...

Boursier.com : Plus cher qu'en zone Euro... ?

J.A-B. : Le PER des marchés américains s'affiche à 17, soit le plus haut niveau hors bulle techno de 2000. En Europe, le PER ressort à 14. Ce n'est certes pas bon marché, mais si potentiel de valorisation il y a, il est bien plus en zone Euro qu'aux Etats-Unis.

Boursier.com : Les évolutions dépendront aussi de celles des profits dans les deux zones...

J.A-B. : Nous pensons que l'écart pourrait être très marqué entre les profits des sociétés américaines et ceux des sociétés européennes ce qui se matérialisera sur les performances des marchés actions. Pour la 1ere fois depuis 4 ans, les entreprises européennes disent que leurs prix de vente vont augmenter. De plus, le consensus 2017 concernant les progressions des résultats par action des sociétés américaines est assez large allant de +11 à +20%, selon l'ampleur de la réforme fiscale annoncée par Trump... Selon nous, la progression ne sera que de +8% avec une réforme immédiate, mais pourrait même passer en négatif à -2% dans un scénario plus sombre, alors que nous misons sur +11% pour les sociétés européennes. Dernier élément en faveur des marchés européens : le rendement du dividende représente plus du double du rendement du rendement obligataire.

Boursier.com : Qu'est-ce qui pourrait freiner ou empêcher que se matérialise ce potentiel de valorisation des marchés européens par rapport au marché américain ?

J.A-B. : Les investisseurs internationaux jugent prudemment les prochaines électorales en zone Euro : Pays-Bas, France et Allemagne... Après les surprises Brexit et Trump, ils jugent possible qu'un scénario similaire se produise dans ces pays. Selon nous, c'est exagéré, surtout en France et Allemagne où les partis anti Europe auront du mal à rassembler une majorité de suffrages.

Boursier.com : Quel secteur jouer en priorité ?

J.A-B : Nous pensons que le pire est derrière nous dans le secteur bancaire. Certes, les problèmes de solvabilité ne sont pas réglés mais sont encadrés notamment en Italie. On a par ailleurs sans doute atteint un point bas sur les taux d'intérêt négatifs. Personne ne pense que la BCE pousse encore plus bas ses taux... En outre, les contraintes de Bâle IV, qui risquaient de faire progresser le coût du capital, ont été repoussées ce qui soulage la situation des banques.

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