Boursier.com : Quel est votre sentiment sur l'évolution des marchés financiers actuellement ?
Cyril Charlot : Les marchés sont dans un état de stress très important, que l'on a connu lors des crises précédentes, en 2002-2003 et 2008-2009. Le problème aujourd'hui est que l'on manque de marge de manoeuvre pour " relancer la croissance ". Pour rassurer les marchés, il faudrait des plans crédibles de réduction de déficit.
Boursier.com : Les réponses politiques à la problématique des dettes sont trop faibles ?
C.C. : Elles sont nulles ! Tout le monde sait que la Grèce ne pourra pas éviter un défaut. Et pour l'heure, les politiques jouent la montre pour éviter une contagion. On pose des rustines mais on ne traite pas le problème. Les marchés ne sont pas dupes !
Boursier.com : Quelles solutions politiques valables attendez-vous ?
C.C. : Nous avons besoin que l'ensemble des états européens montrent une solidarité forte entre eux. Il faut plus de fédéralisme, un alignement des politiques budgétaires et une volonté politique forte de ramener les déficits à zéro. Or, ce mouvement de solidarité est inexistant.
Boursier.com : Le secteur financier fait partie des compartiments les plus massacrés depuis le début de la crise... Pensez-vous que les établissements européens vont faire face à des besoins de capitaux ?
C.C. : La encore, la question est très politique. Si la Grèce fait défaut et qu'il n'y a pas de contagion aux autres pays, la situation est tout à fait gérable avec les niveaux de fonds propres actuels des banques.
Boursier.com : Quelle stratégie d'investissement mettez-vous en place dans ces périodes chahutées ?
C.C. : Nous faisons du stock picking. Lorsque l'on rencontre les dirigeants et que l'on étudie les niveaux de valorisation des sociétés, on a plutôt envie d'acheter. On a même trop d'idées d'investissements ! Les niveaux de valorisation sont complètement déconnectés des fondamentaux.
Boursier.com : Des exemples ?
C.C. : Dans les grandes valeurs, parmi les sociétés bien positionnées qui présentent une bonne visibilité, on peut citer Michelin, Schneider Electric, Alstom, Saint-Gobain ou encore Sanofi. Dans les valeurs moyennes, on apprécie Ipsos, Rexel ou Seb qui connait un remarquable développement dans les pays émergents et qui est valorisé de manière très raisonnable. Dans les petites sociétés, Neurones a publié récemment des résultats excellents et ne vaut que 4 fois son résultat d'exploitation. Parrot, Pharmagest, 1000mercis, Naturex ou encore Trigano présentent aussi des bonnes opportunités.
Boursier.com : Quel est votre point de vue sur le secteur du luxe qui résiste bien depuis le début de la crise ?
C.C : Les niveaux d'activité sont excellents ! Ces sociétés ouvrent beaucoup de magasins dans les pays émergents où l'appétit de consommation est très fort, de la part de la Chine en particulier. Les perspectives de croissance sont aussi très bonnes. Cependant, les niveaux de valorisation ont très bien tenu et n'offrent pas de décote particulière par rapport aux multiples historiques...
Boursier.com : Concernant le secteur bancaire, quelle attitude adoptez-vous ?
C.C. : Les niveaux de valorisation sont tentants ! S'il n'y a pas de "catastrophe" sur les dettes souveraines, si le défaut se limite à la Grèce, alors des titres bancaires pourront rebondir très fortement. Mais la visibilité reste encore faible...
Propos recueillis par Laurence Vallet - ©2011, 2012 www.boursier.com

