Boursier.com : La zone euro peut-elle éclater selon vous ?
C.R : On ne peut pas exclure cette hypothèse car on voit très bien que la situation se tend... Les marchés doutent de la solidité des engagements pris par les différents gouvernements. Il y a également un problème de calendrier : En effet, si les engagements venaient à être tenus, cela prendrait du temps et les marchés ont un rythme de fonctionnement qui n'est pas celui du politique. Néanmoins ce n'est pas notre scénario de base. On a l'impression qu'il y a encore des marges de négociation et la possibilité d'améliorer la situation.
Boursier.com : Quelles sont les solutions pour sortir de la crise selon vous ?
C.R : Il nous semble qu'il y a plusieurs éléments qui doivent converger pour trouver une solution... Du côté technique immédiat, pour arrêter la montée des taux d'intérêts, il doit y avoir un prêteur en dernier ressort qui se mette en face du marché et qui apparaisse comme assez solide pour pouvoir acheter tous les papiers qui se présenteraient. Pour que ceci ait lieu, il doit y avoir de l'autre côté des engagements. C'est là que se situe le point de discussion. La BCE, quoi que toujours indépendante, est sous l'influence de l'Allemagne qui lui demande de ne pas remplir ce rôle sans engagements fermes des pays les plus fragiles à réduire leurs dettes.
Boursier.com : Au niveau de la France, le "triple A" est-il en danger ?
C.R : D'une certaine façon, le triple A est devenu symbolique car tant qu'il n'y a pas d'engagements solides pour faire tout ce qui est nécessaire pour réduire les déficits, les marchés douteront. L'évolution des taux d'intérêt est d'ailleurs là pour le démontrer.
Boursier.com : Quelle est votre opinion sur la situation aux Etats-Unis, notamment du point de vue de l'endettement ?
C.R : La position des marchés financiers n'est pas de regarder la masse de la dette en tant que telle mais la capacité à la rembourser. Aujourd'hui, même si la dette américaine est en train de dériver vers des niveaux jamais observés et donc sur lesquels on peut se poser des questions, les Etats-Unis possèdent un meilleur taux de croissance, d'une meilleure vitalité...et donc disposent d'une certaine confiance de ceux qui ont besoin de prêter. Les Etats-Unis ont une croissance économique, qui bien que peu brillante, permet d'augmenter la probabilité de remboursement de la dette, à l'inverse de l'Europe.
Boursier.com : Au niveau mondial, la récession est-elle envisageable ?
C.R : On évitera la récession grâce à la croissance américaine et asiatique. En revanche, nous pensons que nous sommes déjà en récession n Europe et même en France. Même s'il faudra attendre encore quelques mois pour le vérifier.
Boursier.com : Quelle allocation d'actifs choisir dans cet environnement ?
C.R : Nous sommes encore très prudents... Il nous semble qu'on ne peut pas parier contre les marchés. Ce n'est pas parce que tout le monde est négatif qu'il faut devenir positif ! Il y a parfois des moments dans les marchés ou on a l'impression qu'on a exagéré les valorisations. Aujourd'hui, les marchés apparaissent attrayants quand on regarde les valeurs fondamentales, notamment des entreprises, c'est également vrai pour la dette et des marchés actions. Mais de l'autre côté, si on considère qu'il y a peu de chances de trouver des solutions rapides au problème de l'endettement et une récession dont on ne connait pas encore la profondeur, il est nécessaire d'être prudent. Avec un horizon d'investissement long, voire très long, nous pensons néanmoins qu'il existe des opportunités pour prendre des positions sur des actifs dits risqués.
Propos recueillis par Jean-Baptiste André - ©2011, 2012 www.boursier.com

