(Boursier.com) -- Wall Street limite désormais ses pertes ce vendredi, après une bonne surprise sur l'indice de confiance du Michigan. La place américaine avait débuté en forte baisse suite à une déception sur les ventes de détail du mois passé et sur fond d'inquiétudes persistantes sur le compartiment financier, les deux dossiers sensibles du moment étant toujours Lehman Brothers et Washington Mutual. Le Dow Jones ne perd plus que 0,42% à 11.385 pts suite à l'indice de confiance, alors que le Nasdaq abandonne 0,15% à 2.255 pts.
Selon le Département au Commerce US ce vendredi, les ventes de détail d'août ajustées des variations saisonnières ont reculé de 0,3% aux États-Unis, ce qui constitue une mauvaise surprise alors que le consensus des économistes était une hausse de +0,4% environ. En fait, le plongeon des prix de l'essence en août explique une bonne partie de la baisse globale de la consommation américaine. Notons aussi que les ventes de détail des deux mois antérieurs ont été revues en baisse. Hors automobile cette fois, les ventes d'août auraient reculé de 0,7%, moins bonne performance de l'année 2008. Hors essence, enfin, les ventes d'août auraient été stables.
D'après le Département au Travail américain ce jour, l'indice des prix à la production d'août 2008 a affiché un déclin prononcé de 0,9% aux États-Unis, soit une baisse supérieure au consensus. Les prix de l'énergie expliquent la performance. En juillet, l'indice des prix à la production US avait augmenté de 1,2%. Hors alimentation et énergie, éléments volatils, l'indice des prix à la production d'août a augmenté de 0,2%, en ligne avec les attentes des économistes.
Selon la dernière étude Université du Michigan / Reuters sur le sentiment des consommateurs américains dévoilée ce vendredi, l'indice du sentiment des consommateurs a augmenté au plus haut de l'année 2008 sur le mois de septembre, consécutivement à la chute prononcée des prix du pétrole et donc à la baisse des prix de l'essence à la pompe. L'indice de confiance a atteint 73,1 selon sa lecture préliminaire de septembre, contre 63 en août. Le consensus de place est donc amplement dépassé.
Sur le Nymex américain, le baril de brut pour octobre se stabilise tant bien que mal vers les 101$. Les craintes de ralentissement économique durable continuent de peser, mais la menace de l'ouragan Ike sur le Texas tend à fournir un peu de soutien aux cours de l'or noir.
VALEURS DU JOUR
Lehman Brothers (-14%). La banque d'investissement new-yorkaise Lehman Brothers, qui publiait cette semaine des comptes préliminaires en pertes de 3,9 Mds$ au T3 et des plans stratégiques diversement appréciés, "continue de négocier sa propre cession à d'importantes banques commerciales", croit savoir CNBC ce vendredi. "Ces banques comprennent Barclays, Bank of America et HSBC", ajoute l'agence de presse de la chaîne, citant des sources proches des discussions. Des responsables de Lehman tentent ainsi de mettre en place un accord pouvant être annoncé dès dimanche soir. Des dirigeants de la Fed américaine et du Trésor US seraient impliqués dans les négociations, mais à ce stade, il n'y aurait pas de plans du gouvernement destinés à fournir une assistance financière pour faciliter un rachat de Lehman (à l'image des garanties apportées par la Fed dans le cadre du rachat de Bear Stearns par JP Morgan Chase en mars). Les spéculations relatives à l'annonce imminente d'un accord de Lehman avec un établissement financier majeur portent quoi qu'il en soit les marchés boursiers ce vendredi.
"Bank of America (+2%) est perçu comme le sauveur le plus probable pour la firme vieille de 158 ans, selon différents rapports et analystes", ajoute CNBC, qui n'a obtenu évidemment aucun commentaire de la part de BofA. "Je pense que Bank of America remportera l'enchère pour Lehman Brothers. Il y a une complémentarité naturelle entre les deux compagnies", selon Richard Bove, analyste chez Ladenburg Thalmann, qui consacre une note au dossier. CNBC nuance le propos en expliquant qu'il n'y a aucune assurance qu'un accord soit trouvé, et que sans un tel deal, le titre Lehman pourrait encore souffrir, y compris depuis ses niveaux actuellement déjà très faibles. CNBC fait aussi état d'une spéculation sur un accord en trois volets, qui verrait des firmes de private equity prendre le contrôle de l'activité de gestion d'actifs de Neuberger Berman (fleuron de Lehman), Bank of America acquérir l'unité d'investissement, et quelqu'un d'autre racheter "la mauvaise dette", "peut-être Goldman Sachs"... De son côté, le Wall Street Journal confirme aussi la crédibilité de la piste Bank of America, et évoque le nom de Barclays de manière moins probable.
Lehman Brothers. Le Financial Times revient aussi à la charge ce vendredi sur le dossier. Il évoque la piste d'une offre de Bank of America, épaulée par JC Flowers & Co, l'investisseur financier, et le fonds souverain chinois CIC (China Investment Co.). Ainsi, les trois alliés considèreraient une possible offre commune sur Lehman, à en croire le Financial Times. Selon des proches de la question cités par le FT, le consortium mené par l'américain BofA compte parmi ceux qui examinent un "sauvetage" de Lehman Brothers, qui tente de trouver un acquéreur alors qu'actionnaires, créditeurs et autres intervenants mettent grandement en doute les efforts de la firme pour survivre en tant qu'acteur indépendant. Barclays, la banque britannique, serait aussi intéressée par Lehman selon le FT. Une vente forcée de Lehman Brothers à un prix cassé semble être "l'option la plus probable consécutivement à la chute massive du cours de bourse de Lehman au cours des derniers jours", insiste le FT, citant des personnes proches de la question. "La seule question désormais est 'à quel prix?'", selon le FT, citant une source ayant discuté avec Lehman de cessions d'actifs et s'étant entretenu avec les régulateurs US. Le Financial Times ajoute que si les détails d'une offre du groupement de Bank of America restent à préciser, le deal impliquerait des pertes pour les détenteurs de la dette et les actionnaires. En outre, les régulateurs, devraient rester en dehors de l'accord.
Washington Mutual (+14%). L'agence de notation financière Moody's Investors Service a donc déclassé hier soir ses notations concernant l'établissement financier américain Washington Mutual, "WaMu", l'un des dossiers les plus sensibles du moment à Wall Street. L'agence évoque le manque de flexibilité financière de WaMu, l'érosion attendue de sa franchise et la moindre qualité des actifs. La note de dette senior non-garantie passe ainsi sous le niveau dit "d'investissement", à "Ba2", contre "Baa3". Les notations de long terme d'émetteur et de dépôt de l'activité bancaire ont été abaissées à "Baa3". Les perspectives associées aux notes sont par ailleurs négatives, signalant l'éventualité de futures dégradations. WaMu, pour sa part, s'étonne grandement de la décision de l'agence, qui serait sans cohérence avec ses positions financières du moment. Le Groupe juge que les actions opérées par l'agence de notation semblent être motivées par l'incertitude du contexte actuel de marché, plus que par l'étude approfondie des propres opérations du Groupe...
Washington Mutual. Hier, Standard & Poor's avait déjà abaissé sa perspective à "négative" sur les notations de Washington Mutual. S&P affiche une note long terme "BBB-" et une note court terme de contrepartie "A-3". S&P précisait hier que la révision de perspective reflétait des marchés immobiliers et mortgage de plus en plus difficiles, qui devraient impacter sur les opérations de WaMu... De son côté, Fitch Ratings a dégradé ses notes... Le Groupe de Seattle WaMu constitue l'un des dossiers mortgage les plus préoccupants à l'heure actuelle, avec des milliards de dépréciations encore attendus et une continuité de l'activité mise en doute par certains analystes. Lundi, WaMu a annoncé le départ de son PDG Kerry Killinger, remplacé par Alan Fishman, qui devra naviguer dans ces eaux troubles. Hier soir, WaMu a fourni une mise au point sur sa santé financière. Le Groupe s'estimait alors bien capitalisé, ajoutant que sa provision pour pertes de crédit devrait reculer sur le 3ème trimestre, en comparaison du trimestre antérieur. Ainsi, les ratios de capitaux de WaMu à la fin du T3 devraient rester "significativement supérieurs aux niveaux des institutions bien capitalisées", insistait le Groupe, jugeant disposer des liquidités et capitaux nécessaires pour soutenir ses activités et retrouver la rentabilité. La provision pour pertes de crédit au 3ème trimestre est attendue à 4,5 Mds$, contre 5,9 Mds$ au second trimestre.
JN.L. - ©2008, 2012 www.boursier.com

