(Boursier.com) -- Wall Street demeure assez bien orienté ce lundi, les marchés affichant un certain réconfort suite aux nouvelles venues des Emirats arabes unis, avec le sauvetage de Dubaï. Dans l'actualité entreprises, Citigroup a confirmé un accord avec le gouvernement américain sur le remboursement des aides, alors qu'Exxon Mobil a fait état d'un très grosse acquisition. Citi et Exxon consolident lourdement et pèsent sur le DJIA, mais l'indice historique américain gagne tout de même un léger +0,23% à 10.496 pts, alors que le Nasdaq grimpe de 0,48% à 2.201 pts.
12 banques américaines majeures et firmes financières sont reçues ce lundi par le Président des Etats-Unis, Barack Obama, afin de discuter de régulation financière et de dégel du crédit aux petites et moyennes entreprises. Citigroup, Goldman Sachs, JP Morgan Chase, Bank of America, Wells Fargo, Capital One Financial, American Express, Bank of New York Mellon, Morgan Stanley, PNC Financial, US Bancorp et State Street sont ainsi conviées à la Maison Blanche. Le "meeting" se produit après que la Chambre des représentants US a voté en faveur d'un large package de régulation financière, comprenant la création d'un fonds de 150 Mds$ alimenté par les banques, et destiné à financer le démantèlement des entreprises financières "trop importantes pour défaillir". Les nouvelles règles votées passent donc par des commissions imposées aux banques, des limitations en matière de prise de risque, une plus grande influence des actionnaires concernant la rémunération des dirigeants, de nouveaux organes de protection des investisseurs, une agence de protection des consommateurs active sur les segments mortgage et cartes de crédit, une exigence d'audit du bilan de la Fed d'ici deux ans...
La réunion avec les banquiers prend une tournure plutôt musclée après l'intervention d'Obama, qui, lors d'une interview sur "60 Minutes" (CBS), a lourdement critiqué l'attitude des financiers qui persistent à ne pas tirer les leçons de la crise et à s'attribuer généreusement des bonus millionnaires. Le Président américain s'est ainsi élevé contre les pratiques de ceux qui récupèreront encore 10 ou 20 M$ de bonus après que l'Amérique a traversé la pire crise depuis des décennies. Obama juge que des "fat cats" ('chats gras') de banquiers, peu scrupuleux, créent un sentiment de frustration au sein de l'opinion publique, profitant de la sortie d'une crise - crise qu'ils ont provoquée - pour aussi vite reprendre leurs mauvaises habitudes.
Alors que les marchés craignaient que Dubaï World ne fasse défaut aujourd'hui sur le remboursement d'un "sukuk" (obligation islamique) de 3,5 Milliards de dollars, l'Emirat d'Abou Dabi a volé au secours de son voisin en difficulté... Le gouvernement d'Abou Dabi va ainsi fournir 10 Milliards de dollars, qui serviront à rembourser le 'sukuk' arrivant aujourd'hui à échéance, ainsi qu'à payer les fournisseurs et les sous-traitants et à rembourser les intérêts de la dette et à financer le fond de roulement jusqu'au 30 avril 2010 a annoncé le gouvernement de Dubaï dans un communiqué.
L'obligation islamique, contractée par Nakheel, la filiale immobilière de Dubaï World en charge notamment de la construction du méga-projet de Palm Island, sera remboursée dans les deux prochaines semaines.
L'intervention d'Abou Dabi arrivé à point pour calmer les esprits au sujet du risque de défaut de Dubaï World, du moins jusqu'à la fin avril 2010... Le gouvernement de Dubaï, qui détient 100% de Dubaï World mais a refusé de garantir sa dette, a aussi affirmé qu'il annoncera aujourd'hui une "loi de réorganisation générale basée sur les standards internationaux de transparence et de protection des créanciers". Cette loi sera applicable en cas d'échec du plan de restructuration de la dette en cours de négociation, précise Dubaï...
Depuis l'annonce d'un moratoire de trois mois sur la dette de Dubaï World, fin novembre, les créanciers de l'Emirat se sont plaints amèrement du manque d'informations et de transparence sur les comptes de Dubaï World et de ses filiales. Le Groupe s'est engagé à restructurer d'urgence 26 Milliards de dollars de dettes (sur un total de 59 Mds$), mais pour l'instant, il n'a donné aucune précision, en particulier sur les actifs qu'il pourrait céder pour y parvenir.
VALEURS DU JOUR
Google (+1%). Selon le Wall Street Journal, toujours très bien informé, Google envisagerait de se lancer dans la vente de téléphones mobiles directe, autrement dit sans passer par un opérateur. Selon le journal américain qui cite des sources proches du dossier, l'appareil dénommé "Nexus One", pourrait être commercialisé dès l'année prochaine. Conçu par Google, qui cherche à se développer au-delà des services internet, le téléphone devrait être vendu, au moins initialement, sans être subventionné. Si le prix du téléphone n'a pas été dévoilé, le moteur de recherche online, se positionne clairement en tant que concurrent de Nokia, Samsung ou encore Apple.
Oracle (+3%), le géant des logiciels américain, annonce le franchissement d'une étape importante afin d'obtenir l'approbation de l'Union européenne pour son projet d'acquisition de Sun Microsystems (+10%) pour près de 7,4 Milliards de dollars. La Commission européenne a confirmé avoir engagé des discussions constructives avec Oracle concernant l'acquisition de la base de données MySQL détenues par Sun Microsystems. "L'annonce faite aujourd'hui par Oracle d'une série de garanties faites aux clients, développeurs et utilisateurs de MySQL est un nouvel élément important à prendre en compte dans les procédures en cours", explique la Commission qui se dit "optimiste" quant au succès de l'opération. La Commission européenne avait menacé de bloquer l'accord en raison des préoccupations pesant sur une éventuelle suppression de MySQL. Mais le Groupe de Redwood a indiqué ce lundi vouloir accroitre les investissements dans MySQL et être résolu à maintenir le régime d'octroi de licences open-source MySQL.
Morgan Stanley (stable) a annoncé ce lundi la nomination de Gregory Fleming en tant que Président de la division Morgan Stanley Investment Management et de l'activité de recherche globale. Fleming prendra ses nouvelles fonctions en février. Il a officié en tant que DG opérationnel de Merrill Lynch et travaille actuellement à l'Université de Yale.
Citigroup (-5%) a annoncé un accord avec le gouvernement américain et les régulateurs US sur le remboursement des fonds du TARP, programme de sauvetage de l'industrie financière. Citi se montre confiant et juge qu'après les opérations, les ratios de capitaux et la liquidité de l'établissement compteront parmi les plus solides de l'industrie. Citi entend émettre pour 17 Mds$ d'actions ordinaires et 3,5 Mds$ de TEU ("Tangible Equity Units"), ce qui représente comme prévu une levée de fonds voisine de 20 Mds$. Ainsi, grâce à ces transactions, Citi envisage de rembourser 20 Mds$ de fonds du TARP (Trust Preferred Securities). L'accord conclu avec le gouvernement américain et les régulateurs mettra par ailleurs un terme à l'accord de partage de pertes conclu précédemment. Le Trésor US prévoit de son côté de céder jusqu'à 5 Mds$ de ses actions ordinaires Citi par une offre secondaire, et vise une "sortie ordonnée". Dès 2010, Citi cessera d'être bénéficiaire de l'assistance financière exceptionnelle du TARP. Vikram Pandit, PDG de Citi, se réjouit de cet accord et souligne la "dette de gratitude" du Groupe vis-à-vis des contribuables américains. Il reconnaît aussi l'obligation de la banque de soutenir la reprise de l'économie en prêtant et en assistant les propriétaires immobiliers et d'autres emprunteurs.
Citigroup va émettre 20,5 Mds$ de capital et dette. L'offre en actions ordinaires porte donc sur 17 Mds$, assortie d'une option de surallocation de 2,55 Mds$. L'offre de 3,5 Mds$ en TEU se traduit par l'émission de 2,8 Mds$ de contrats equity et 0,7 Md$ d'obligations subordonnées. Après une première cession de 5 Mds$ de titres ordinaires par une offre secondaire, le Trésor américain vendra le reste de ses actions de manière ordonnée sur les prochains 6 à 12 mois. Comptablement, le remboursement par Citi de 20 Mds$ de fonds du TARP se traduira par une perte avant imposition d'environ 8 Mds$, soit 5,1 Mds$ après impôt. La fin de l'accord de partage de pertes avec le gouvernement et l'annulation de 1,8 Md$ des 7,1 Mds$ de trust preferred securities initialement émis dans le cadre de cet accord, se traduiront par 2,1 Mds$ de pertes avant imposition (1,3 Md$ après). Avec les levées de fonds et le remboursement de 20 Mds$ au gouvernement, Citi estime que son ratio de capital Tier 1 pro forma aurait été de 11% en fin de troisième trimestre contre 12,8% annoncé. Citi précise encore qu'il a indiqué aux régulateurs qu'il prévoyait, afin de soutenir sa solidité de capital, d'émettre aussi jusqu'à 3 Mds$ de trust preferred securities durant le 1er trimestre 2010.
Exxon Mobil (-4%), le colosse pétrolier texan, a frappé fort ce lundi puisqu'il vient d'annoncer un accord avec XTO Energy Inc. en vue de son acquisition dans le cadre d'une transaction en actions valorisée 41 Mds$. L'accord est soumis à l'approbation des actionnaires de XTO et aux approbations des régulateurs. La fusion va renforcer la position d'Exxon dans le développement de ressources non-conventionnelles en pétrole et gaz naturel, commente le géant d'Irving. D'après les termes de l'accord approuvé par les Conseils d'administration des deux compagnies, Exxon a accepté d'émettre 0,7098 action ordinaire pour chaque titre XTO. Cela représente une prime de 25% pour les actionnaires de XTO. La valeur de transaction tient compte des 10 Mds$ de dette existante de la proie d'Exxon. Rex W. Tillerson, chairman et chief executive officer d'Exxon Mobil Corporation, se réjouit qu'Exxon et XTO soient parvenus à cet accord. Le dirigeant ajoute que l'accord est une bonne nouvelle pour l'économie des Etats-Unis, puisqu'il favorisera les opportunités de créations d'emplois et d'investissement. Après finalisation de la transaction, Exxon Mobil prévoit de mettre en place une nouvelle organisation en amont afin de gérer le développement global et la production des ressources dites non-conventionnelles. La nouvelle organisation sera basée à Fort Worth, au Texas, dans les bureaux actuels de XTO. Bob R. Simpson, chairman et fondateur de XTO, juge que durant l'histoire de 23 ans du Groupe, XTO a développé une expertise technique et assemblé une base de ressources significative, diverse et de haute qualité dans des bassins de production à travers les Etats-Unis. La finalisation du deal est attendue au second trimestre 2010.
AOL (+6%), la division Internet de Time Warner tout juste réintroduite en bourse américaine, pourrait selon le Wall Street Journal céder son activité ICQ de messagerie instantanée à Digital Sky Technologies. Citant des sources anonymes proches du sujet, le WSJ évoque un prix potentiel de 200-300 M$. Le Russe Digital Sky, friand d'investissements Internet, possède déjà des parts dans Facebook.
JN.L. - ©2009, 2012 www.boursier.com

