Rebond du dollar : pas nécessairement une bonne nouvelle, pour JPMorgan AM
(Boursier.com) -- Le rapide rebond du dollar n'a pas manqué d'apporter une bouffée d'oxygène aux marchés d'actions. Cependant, étant donné les éléments structurels à l'oeuvre dans cette reprise, ce mouvement ne constitue pas nécessairement une bonne nouvelle pour le marché européen. Une étude du Global Multi-Asset Group de JPMorgan Asset Management met notamment en avant un phénomène de restriction des liquidités.
Pondérée par les flux commerciaux, la parité du dollar s'est globalement appréciée de 8% depuis son point bas du mois d'avril, observe JPMorgan AM. Vis-à-vis de l'euro, le dollar est sorti de la borne de fluctuation dont il ne semblait pas vouloir sortir depuis mars 2008, pour s'établir actuellement à EUR=$1,47.La question désormais est de savoir si ce mouvement marque le début d'une longue tendance haussière ou s'il ne s'agit que d'un rebond technique dans un marché toujours baissier.
Il est possible que le billet vert ait bénéficié de facteurs géopolitiques, avec l'incursion des armées russes en Géorgie. Mais plusieurs facteurs stimulent en vérité le dollar, expliquent les spécialistes. Premièrement, sa valorisation reste très attrayante. Le taux de change réel (qui tient compte des différences de prix relatives entre les pays) a atteint son niveau le plus bas des 40 dernières années en avril dernier. Deuxièmement, la balance des paiements s'est considérablement redressée aux États-Unis, le déficit des comptes courants ayant été ramené de 6,6% du PIB au plus haut à moins de 5% à présent. Si l'on tient compte de la détérioration des termes d'échange pour les États-Unis, du fait de la vive hausse des prix du pétrole depuis 2-3 ans, l'amélioration de ces comptes courants hors énergie est encore plus spectaculaire. Cela suggère une bien moindre dépendance des États-Unis aux flux de capitaux de court terme pour financer leur déficit. Troisièmement, les perspectives de croissance relative évoluent en faveur des États-Unis. Bien qu'on ne puisse totalement exclure le risque d'une récession, les effets du plan de relance fiscale se dissipant peu à peu, les perspectives de l'économie américaine pour les douze prochains mois sont à priori plus favorables qu'en Europe ou au Japon, qui connaissent tous deux une contraction de leur économie.
Ceci se reflète dans les indices de surprise économique (qui visent à comparer les statistiques effectivement publiées aux prévisions correspondantes) pour les États-Unis et l'Europe. Il faut aussi considérer la capacité (ou l'incapacité dans le cas de la BCE, raille le spécialiste) d'assouplir la politique monétaire pour faire face à un ralentissement économique. Les marchés des changes pourraient privilégier les économies ayant fait l'objet d'un assouplissement monétaire, et sanctionner les devises des économies en ralentissement et sans réponse sur le plan monétaire, comme c'est le cas en Europe.
Le Global Multi-Asset Group détaille un certain nombre d'implications, en termes d'investissement, si le rebond du dollar devait perdurer. Premièrement, les devises et les marchés actions qui ont profité du dynamisme de l'activité mondiale pourraient sous-performer. L'euro est concerné, et des questions se posent sur les devises asiatiques.
Deuxièmement, il a été dit que le déficit des comptes courants américains a constitué un facteur clé de la croissance de la liquidité mondiale, les pays disposant de surplus (en Asie et au Moyen Orient) les ayant volontiers recyclé aux États-Unis, grâce à un mécanisme d'interventions visant à éviter toute appréciation des devises concernées. Cela a stimulé la croissance de la masse monétaire, localement et au niveau mondial.
L'amélioration de la balance extérieure aux États-Unis est susceptible à la marge de créer le phénomène inverse. De fait, la croissance de la masse monétaire et du crédit aux Etats-Unis a plongé au deuxième trimestre, suggérant un net durcissement des conditions monétaires -une raison suffisante pour expliquer la reprise du dollar. Toute restriction de la liquidité mondiale pourrait accroître la volatilité du marché des changes et, d'ailleurs, une mesure de leur volatilité implicite par JPMorgan AM est en forte hausse depuis fin juillet.
Cette situation a logiquement affecté les devises dites de portage. Si la liquidité mondiale continue de se contracter et la volatilité des devises de s'accroître, nous pourrions entrer dans une ère où les marchés sanctionneront les devises des pays ayant une balance des paiements dégradée (avec des comptes courants déficitaires financés par des capitaux de court terme). Cela met en lumière les tensions dans plusieurs pays d'Europe centrale et de l'Est, qui pourraient ainsi subir une crise des devises dans les 6 à 12 prochains mois.
Cela pourrait également affecter le Royaume-Uni, dans la mesure où la livre sterling s'est fortement affaiblie vis-à-vis du dollar.
Ainsi, concluent les analystes, un dollar plus fort n'est pas forcément positif.
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