Marchés : la planète Bourse navigue à vue
(Boursier.com) -- Wall Street a lourdement chuté hier, après 3 jours de rebond, sur de nouvelles inquiétudes liées au marché des crédits. Le Dow Jones a plongé de 2,83% à la clôture sur les 13.270 points, le Nasdaq ayant terminé en repli de 2,16% à 2.556 pts. En Asie ce matin, le tableau est tout aussi dégradé avec un Nikkei en baisse de 2,6% à Tokyo et les principaux autres indices asiatiques qui abandonnent 2,5 à près de 5% pour le KOSPI en Corée.
En pleine purge des marchés occidentaux hier, la Banque Centrale Européenne a injecté plus de 94 Milliards d'Euros dans le système bancaire pour éviter une crise de liquidités, alors que la demande faisait grimper les taux au jour le jour au-delà des limites habituelles. La Fed l'imitait un peu plus tard en débloquant 24 Milliards de Dollars. Ce matin, c'est la Banque du Japon qui répond présente en mettant sur le marché 1 Billion de Yens, soit 8,5 Milliards de Dollars, ainsi que la Banque d'Australie avec près de 5 Milliards de Dollars Australiens (un peu plus de 4 Mds$ US).
Dans l'actualité de la nuit, le numéro un américain du prêt immobilier, Countrywide Financial, a annoncé qu'il faisait actuellement face à une situation si exceptionnelle qu'elle pèsera sur ses comptes. Le groupe californien a expliqué qu'il peinait à obtenir des financements et que la demande s'était considérablement réduite, tarissant les deux bouts de la chaîne. "Le marché secondaire et la situation du financement liquide évolue rapidement, et l'impact potentiel sur l'entreprise est inconnu... Ces conditions pourraient se prolonger voire se détériorer dans le futur", a prévenu l'établissement financier. Celui-ci a cependant affirmé qu'il disposait des ressources suffisantes en cash pour gérer une crise de liquidités, et qu'il pourrait bénéficier de l'éclaircissement du secteur qui ne cesse de consolider et de perdre des membres. Les commentaires montrent bien que les acteurs du secteur, même les leaders, n'ont aucune idée de la tournure que vont prendre les événements.
La SEC, le régulateur financier et boursier américain, s'intéresserait de près aux bilans des grandes maisons de Wall Street pour être sûre de ne pas y trouver de traces tronquées de pertes issues du marché "subprime", selon le 'Wall Street Journal' ce matin, qui cite une source proche de l'enquête. La Commission s'intéresse notamment aux méthodes comptables utilisées pour répliquer les pertes et cherche à savoir si les firmes concernées infligent la même sanction à leurs réserves que celles qui frappent leurs clients, ajoute le quotidien financier.
La crise de confiance s'amplifie donc, les établissements financiers étant les premières victimes d'un système qu'ils ont contribué à entretenir en maintenant une grande opacité dans leurs opérations et leur exposition aux marchés les plus risqués. Il ressort des commentaires des stratèges ce matin que la totalité des acteurs navigue à vue, et que personne n'a vraiment d'idée de l'ampleur du risque auquel fait face le système financier. Ils sont désormais rares ceux qui voyaient dans la crise du marché du crédit "subprime" un événement isolé et "sous contrôle". La réaction des banques centrales hier et cette nuit laisse penser que la sérénité est loin de dominer. Comme c'est souvent le cas en pareille situation, l'optimisme candide a laissé place à un pessimisme forcené, avec une question qui revient souvent dans la presse du jour : un "gros poisson" se finira-t-il par se retrouver coincé dans les mailles du filet ?








