Wall Street a cédé du terrain malgré l'envolée du pétrole

par Caroline Valetkevitch

NEW YORK (Reuters) - La Bourse de New York a fini sur une note mitigée mercredi, l'envolée des valeurs pétrolières à la suite d'un accord sur la réduction de la production de brut conclu par l'Opep ayant notamment été contre-balancée par la chute des "utilities", valeurs sensibles à la hausse des taux d'intérêt.

L'indice Dow Jones a gagné 0,01%, soit 1,98 point à 19.123,58, inscrivant en séance un nouveau pic historique à 19.225,29.

Le S&P-500, plus large, a finalement perdu 5,85 points, soit 0,27%, à 2.198,81 après également enregistré une session un nouveau record à 2.214,10. Et le Nasdaq Composite a reculé de son côté de 56,24 points (-1,05%) à 5.323,68.

Sur l'ensemble du mois de novembre, surtout caractérisé par la victoire inattendue de Donald Trump à l'élection présidentielle américaine du 8 novembre, le Dow Jones a gagné 5,4%, le S&P 500 3,4% et le Nasdaq Composite 2,6%. Il s'agit de la meilleure performance mensuelle du Dow Jones depuis mars.

Après avoir longtemps redouté l'accession de Donald Trump à la Maison blanche, les investisseurs pensent désormais que ce dernier prendra des mesures favorables au marché actions, retenant notamment les promesses d'une hausse des dépenses dans les infrastructures et celles d'une simplification de la réglementation dans le secteur bancaire ou encore celui de la santé.

Steven Mnuchin, choisi par Donald Trump pour le poste de secrétaire au Trésor, a déclaré dans la journée que la réforme de la fiscalité et la remise en cause de certains accords commerciaux seraient les priorités économiques de la future administration, avec pour objectif d'atteindre 3% à 4% de croissance.

"On a ce cycle haussier post-électoral (...) Les actions ont fait plus que monter, elles ont connu une ascension verticale", a déclaré Mark Luschini, chargé de la stratégie investissements chez Janney Montgomery Scott.

Le sentiment que la croissance américaine va s'accélérer sous une administration Trump a donné un nouveau coup de fouet au dollar, avec un gain de 0,6% du billet vert face à un panier de devises internationales, qui reprend sa marche en avant vers un pic de 14 ans.

BOND DU PÉTROLE

Sur la seule séance de ce mercredi, ce sont surtout les valeurs pétrolières qui se sont distinguées, avec l'indice S&P les regroupant terminant sur une hausse de 4,82%.

L'Opep a conclu mercredi le premier accord de réduction de sa production depuis 2008, un compromis qui aura nécessité des mois de pourparlers et au final un effort particulier de l'Arabie saoudite ainsi que des concessions à l'Iran pour tenter de faire remonter les cours.

La Russie, qui ne fait pas partie du cartel, participera elle aussi à la réduction de l'offre excédentaire mondiale, du jamais vu depuis 15 ans.

L'effet sur le prix du baril a été spectaculaire avec un Brent qui a clôturé à 50,47 dollars, en hausse de 8,82%, tandis que le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) a pris 9,31% à 49,44 dollars.

Derrière l'indice pétrolier, le compartiment financier, dopé par les propos de Steven Mnuchin, a pris 1,33% et celui réunissant les valeurs liées aux matières premières 1,07%.

Mais les sept autres grands indices sectoriels du S&P 500 ont terminé dans le rouge, avec notamment un recul de 3,18% de celui regroupant les "utilities" et de 2,12% du compartiment télécoms.

Les actions des entreprises de ces secteurs, qui versent généralement de généreux dividendes, tendent à baisser quand les taux d'intérêt augmentent.

"(...) A mesure que la croissance économique gagne en vigueur, la possibilité de voir la Fed accélérer son rythme de hausses des taux augmente. Il peut s'agir d'une réallocation du capital", a déclaré Tim Ghriskey, chargé des investissements chez Solaris Group.

Les courtiers estiment actuellement à 89% les chances d'une hausse des taux à l'issue de la prochaine réunion de comité de politique monétaire de la Réserve fédérale, prévue dans deux semaines.

"Depuis l'élection, les perspectives d'une hausse des taux se sont précisées et les données macro-économiques publiées aujourd'hui étaient bonnes", a noté Randy Frederick, vice-président du courtage et des dérivés chez Charles Schwab.

Parmi les indicateurs du jours a notamment figuré l'enquête ADP sur l'emploi dans le secteur privé aux Etats-Unis, qui a montré que ce dernier avait créé 216.000 emplois en novembre, un chiffre au plus haut depuis le mois de juin et supérieur aux estimations les plus optimistes des économistes.

Le bond du pétrole ainsi que les statistiques meilleures que prévu ont déclenché un mouvement de ventes des emprunts du Trésor américain, le rendement du papier à 10 ans, évoluant inversement par rapport au prix, a ainsi atteint un pic depuis juillet 2015.

Quelque 9,5 milliards d'actions ont été échangés au cours de la séance, un total nettement plus élevé que la moyenne quotidienne de 7,9 milliards enregistrée au cours des 20 dernières sessions, selon des données Thomson Reuters.

(Benoit Van Overstraeten pour le service français)


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