Violences en Syrie, Paris menace d'un recours à la force

BEYROUTH (Reuters) - La France et ses alliés envisagent un recours à la force si la médiation de l'Onu vient à échouer en Syrie, a dit mercredi le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé.

Plus de dix jours après l'annonce de l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu, les violences se poursuivent dans plusieurs villes de Syrie où la répression depuis un an des manifestations antigouvernementales a fait plus de 9.000 morts selon l'Onu.

"Ça ne peut pas durer indéfiniment. Nous souhaitons que les observateurs en nombre suffisant, au moins 300 (...) puissent se déployer dans les meilleurs délais", "dans la quinzaine", a dit Alain Juppé, à la presse à l'issue d'une rencontre à Paris avec des représentants de l'opposition syrienne.

Le rapport de l'envoyé spécial de l'Onu et de la Ligue arabe pour la Syrie, Kofi Annan, devant le Conseil de sécurité de l'Onu, le 5 mai, sera "le moment de vérité", a souligné le chef de la diplomatie française.

"Si ça ne fonctionne pas, on ne peut pas se laisser défier par le régime. Il faudra passer à une autre étape sous chapitre 7 des Nations unies pour franchir un nouveau pas pour l'arrêt de cette tragédie", a-t-il ajouté.

Le chapitre VII de la Charte des Nations Unies traite des conditions de l'action du Conseil de sécurité "en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d'actes d'agression".

"JOUER AVEC LES VIES SYRIENNES"

Face à la poursuite de violences, la lenteur du déploiement des observateurs chargés de veiller au respect du cessez-le-feu censé être en vigueur depuis le 12 avril, continue de faire grincer des dents dans les rangs de l'opposition qui accuse l'Onu de "jouer avec les vies syriennes".

La plupart des opposants ont accueilli avec un mélange de colère et de résignation l'annonce mardi par le secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix de l'Onu, Hervé Ladsous, que le déploiement de 100 observateurs prendrait encore un mois. "Il leur faut un mois pour arriver ? Ils viennent à cheval ?", s'est demandé un habitant de Homs.

Quinze observateurs, sur les 300 autorisés par le Conseil de sécurité de l'Onu, se trouvent déjà en Syrie.

Sur le terrain, une explosion dans un immeuble de la ville de Hama, dans le centre du pays, a fait au moins 12 morts et des dizaines de blessés, a déclaré l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

D'après le comité de coordination local, c'est une roquette tirée par les gouvernementaux qui a provoqué l'effondrement de l'immeuble. Ce comité avance un bilan de 54 morts, dont plusieurs enfants.

Un petit groupe d'observateurs de l'Onu se trouve actuellement à Hama, l'un des principaux centres de la révolte contre le pouvoir du président Bachar al Assad.

Toujours selon l'opposition, les forces de sécurité syriennes ont tué par balles quatre civils à bord d'un autocar dans la province d'Idlib, dans le nord du pays.

Ces quatre personnes ont été abattues alors que le car se trouvait à un poste de contrôle sur la grand-route reliant Alep, deuxième ville du pays, à la capitale Damas, a précisé l'OSDH.

COMBATS À DERAA

Les médias syriens, étroitement contrôlés par le régime du président Bachar al Assad, n'ont pas fait la moindre allusion à cet incident.

Les tirs contre les occupants de ce car sont survenus 48 heures après la mort de 31 personnes dans la ville de Hama juste après le départ d'observateurs du cessez-le-feu.

D'autres combats ont été signalés à Deraa, dans l'extrême sud du pays, où une personne âgée a été tuée.

Une femme qui s'est rendue mardi soir à Douma, ville farouchement anti-Assad, à l'est de Damas, a fait état de pilonnages sans relâche contre la ville, qui est privée d'eau courante et d'électricité. Les téléphones portables ne fonctionnent plus.

Un dirigeant de l'organisation libanaise Fatah al Islam, Abdel Ghani Djaouhar, a par ailleurs péri en Syrie alors qu'il déposait une bombe, dans le cadre de la lutte aux côtés des insurgés, dit-on de source proche des services de sécurité libanais. Djaouhar est mort vendredi dernier à Koussaïr, à quelques kilomètres de la frontière libanaise, ajoute-t-on.

Enfin, aucune arme n'a été trouvée sur un navire allemand soupçonné de transporter des munitions en Syrie, a indiqué une source gouvernementale allemande.

L'Atlantic Cruiser, qui appartient à l'armateur W.Bockstiegel, avait pris sa cargaison dans le port de Djibouti et faisait route vers la Syrie avant de changer de cap et de prendre la direction du port turc d'Iskenderun.

"Le ministère turc des Affaires étrangères a informé le gouvernement allemand mardi que l'inspection menée à bord de l'Atlantic Cruiser était terminée et que les autorités turques n'avaient trouvé aucune arme ou munition à destination de la Syrie à bord du navire", a dit cette source.

Oliver Holmes, avec John Irish à Paris, Julien Dury, Eric Faye, Marine Pennetier et Guy Kerivel pour le service français


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