Sarkozy bouscule Juppé

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - A moins de deux mois de la primaire de la droite, Nicolas Sarkozy avance à marche forcée vers le premier tour en cristallisant la campagne autour des thèmes du Front national, une stratégie à la Donald Trump censée circonscrire Alain Juppé.

L'ancien président ne s'en est jamais caché, le candidat républicain à la présidence américaine, qui affrontera le verdict des urnes le 8 novembre, est une source d'inspiration.

"On ne gagne pas au centre, mais en clivant", répète Brice Hortefeux, principal lieutenant sarkozyste.

L'arithmétique avantageant Alain Juppé, favori des intentions de vote pour le second tour, le calcul est de susciter une dynamique au premier tour afin de virer en tête et de peser sur les reports de voix.

Et dans la posture du "maverick" ("franc-tireur") américain, Nicolas Sarkozy entend retourner à son profit le "Tout sauf Sarkozy" qui paraît s'installer dans la compétition interne.

"Ce sont des mots qui sont censés nourrir une stratégie assez cynique de dérive identitaire, pour essayer, un peu comme le fait Trump (...) de rallier une partie de notre population qui est aujourd'hui exaspérée", a expliqué jeudi sur RFI l'un de ses anciens conseillers, Frédéric Lefebvre.

"J'aimerais qu'on ne 'Trump' pas les Français", a réagi pour sa part au Talk Le Figaro le conseiller (Les Républicains) de Paris Pierre-Yves Bournazel, soutien d'Alain Juppé.

Nicolas Sarkozy a balayé jeudi soir la comparaison, affirmant qu'en 2007 ses détracteurs l'assimilaient à George W. Bush "alors que j'étais ami et que je connaissais déjà Barack Obama". "Il se trouve que moi je suis l'ami de Mme Clinton, qu'est-ce que j'ai à voir avec M. Trump?", a-t-il lancé sur BFM TV.

"JEU DANGEREUX"

Virage climato-sceptique, polémiques sur les "ancêtres gaulois", "l'identité heureuse", le regroupement familial, les migrants : le "candidat du peuple" s'acharne à défier le "candidat du système" sur le "ring", selon ses propres termes.

Il est de fait parvenu à bousculer Alain Juppé, qui aime pourtant à se présenter comme le "bonze de Bordeaux", en monopolisant le débat politico-médiatique.

Le maire de Bordeaux s'est ainsi emporté jeudi matin dans un tweet qui vise clairement Nicolas Sarkozy: "Nullité du débat politique que soulèvent certains à droite et à gauche : on débat des Gaulois!! Et si l'on parlait d'avenir?", écrit-il.

"Faire campagne, ce n'est pas lâcher une incongruité tous les jours pour faire parler de soi", a-t-il déclaré par la suite en marge d'un déplacement à Tours.

"Je suis certain qu'Alain, avec les grandes qualités qui sont les siennes, va nous redresser ça à lui tout seul, je lui fais confiance", a ironisé Nicolas Sarkozy sur BFM TV.

Le porte-parole du gouvernement socialiste, Stéphane Le Foll, a évoqué jeudi le film des "Tontons flingueurs" à leur propos : "Le vitriol est sorti et on est dans le brutal."

Un proche d'Alain Juppé concède que face à la "surenchère" sarkozyste, le discours de l'ancien Premier ministre "imprime moins" mais il estime que ce dernier à tout à perdre à entrer dans "le jeu dangereux" de l'électoralisme.

"Cette course à droite devient de moins en moins propice à la levée en masse d'électeurs du centre gauche pour sauver le général Juppé", juge toutefois Jérôme Jaffré, le directeur du Cevipof, dans une interview publiée jeudi dans Le Figaro.

"Tout se passe comme si la primaire devait se dérouler en vase clos. La question est de savoir quel type d'électeurs vont se mobiliser, et Sarkozy donne l'impression d'avoir la plus grande aptitude à façonner ce corps électoral", ajoute-t-il.

UNE STRATEGIE QUI A SES LIMITES

Selon un récent sondage Harris Interactive pour France Télévisions, Nicolas Sarkozy est désormais à égalité avec Alain Juppé dans les intentions de vote pour le premier tour de la primaire (37%) et réduit son écart pour le second (48% contre 52% au maire de Bordeaux).

"Moi je ne suis pas candidat à la primaire de la droite, du centre et de la gauche réunis", a-t-il lancé début septembre au campus des Jeunes Républicains à La Baule.

Cette stratégie du repli a ses limites : comment aborder le second tour en position de force avec une assise électorale peu ou pas extensible?

François Fillon, "troisième homme" potentiel de la primaire, a d'ores et déjà laissé entendre qu'il n'appellerait pas à voter Nicolas Sarkozy au second tour, Jean-François Copé n'a toujours pas pardonné sa mise en cause dans l'affaire Bygmalion, Nathalie Kosciusko-Morizet a rompu depuis longtemps.

Hervé Mariton, recalé de la primaire, a annoncé jeudi qu'il se prononcerait dans les prochains jours pour un candidat. Il fustige de longue date les "effets de manche" de Nicolas Sarkozy. Bruno Le Maire renvoie lui dos à dos des candidats de "l'Ancien régime".

Autre facteur aggravant pour Nicolas Sarkozy, Jean-Christophe Lagarde, le chef de file des centristes de l'UDI qui ont refusé de participer à la primaire et n'ont pas encore pris position dans la campagne, a invité mercredi ses électeurs à participer au scrutin des 20 et 27 novembre et cité... Alain Juppé et François Fillon.

(Avec Elizabeth Pineau et Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse)


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