12/05/2008 à 19h55
PARIS (Reuters) - L'ONG Reporters sans frontières (RSF) a manifesté lundi son inquiétude après la
proposition de Christine Albanel de demander à l'Agence France-Presse de créer un service publiant
exclusivement les communiqués officiels des partis politiques et des syndicats.
Cette proposition, formulée dans le "Journal du dimanche" (JDD) par la ministre de la Culture, fait
suite à des propos virulents contre la presse prêtés au chef de l'Etat, qui se serait notamment plaint de
voir l'AFP négliger un communiqué sur un litige du travail opposant Ségolène Royal à des anciennes
collaboratrices.
Christine Albanel entend débattre de sa proposition avec la direction de l'AFP cette semaine. Le projet
pourrait être inclus dans un projet de loi sur la protection des sources.
Le P-DG de l'AFP Pierre Louette a salué une "volonté louable de sortir par le haut de la polémique" et
déclaré au Point.fr qu'il n'excluait pas de mettre en oeuvre la mesure, à condition que la responsabilité
juridique de l'agence soit dégagée sur les communiqués, qu'ils ne soient pas intégrés dans le "fil"
d'informations et qu'une sélection soit faite.
"La liste ne peut s'étendre à l'infini. Si les grandes villes veulent à leur tour poster leurs communiqués,
on n'en sortira plus", dit-il.
La discussion intervient alors que l'AFP, qui compte des représentants de l'Etat à son conseil
d'administration et qui tire 40% de son chiffre d'affaires d'abonnements publics, négocie un plan de
développement avec l'Etat, avec à la clef d'éventuelles subventions.
"INQUIÉTANT"
"Cette proposition est inquiétante et ressemble à un déni du journalisme dans la mesure où les médias ne
seraient plus que des tableaux d'affichage pour le gouvernement, les partis politiques ou encore les
syndicats", déclare RSF dans un communiqué.
"C'est également une défiance par rapport aux journalistes que le gouvernement et la majorité
parlementaire ne pensent pas capables de juger de l'intérêt d'une information. Dans un pays démocratique,
un communiqué officiel ne tient pas lieu d'information", ajoute-t-elle.
RSF rappelle par ailleurs que les partis politiques français et les syndicats disposent de sites internet
où ils publient librement leurs communiqués.
Après la proposition de Christine Albanel, la Société des rédacteurs de l'AFP a parlé d'une idée "un
peu curieuse et pas très pratique." Le Parti socialiste a accusé la droite de chercher à intimider les
journalistes.
Durant le week-end, Catherine Pégard, ancienne journaliste devenue conseillère politique à l'Elysée, est
venue sur Canal+ expliquer que le chef de l'Etat acceptait d'être critiqué mais pas d'être "caricaturé", ce
qui selon elle est le cas actuellement.
Les opposants de Nicolas Sarkozy estiment de leur côté que le président fait plutôt l'objet depuis le
début de sa course pour l'Elysée d'un traitement de faveur des médias.
Ils rappellent fréquemment que l'un des témoins de son deuxième mariage et le parrain de son plus jeune
fils, Louis, est Martin Bouygues, P-DG de TF1, première chaîne européenne, que l'un de ses meilleurs amis
est Arnaud Lagardère, patron du plus puissant groupe de presse et d'édition d'Europe, propriétaire du
JDD et d'Europe 1.
Ils soulignent aussi que son second témoin de mariage de 1996, Bernard Arnault, patron du groupe de
luxe LVMH, vient de prendre le contrôle du premier quotidien économique français, les Echos et que
Vincent Bolloré, qui a en partie financé ses vacances l'été dernier, a entrepris de monter un groupe de
presse, avec des quotidiens gratuits.
Thierry Lévêque
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