Référendum sur fond de combats en Syrie

par Alistair Lyon

BEYROUTH (Reuters) - Au moins 59 civils et soldats syriens ont été tués dans les affrontements, dimanche, jour où une nouvelle Constitution, qui pourrait permettre à Bachar al Assad de se maintenir au pouvoir jusqu'en 2028, était soumise à référendum.

Un bombardement militaire contre les quartiers tenus par les insurgés à Homs a tué douze civils et trois personnes ont été tuées à Damas lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu sur une manifestation, a déclaré l'Observatoire syrien des droits de l'homme.

Selon cette organisation d'opposition en exil, 21 autres civils et 23 membres des forces de sécurité ont été tués dimanche dans des violences dans le reste de la Syrie.

Les opérations de vote étaient en cours pour le référendum sur une Constitution qui, d'après Assad, permettra la tenue d'élections législatives pluralistes dans trois mois. L'opposition évoque une farce de mauvais goût étant donné la poursuite des violences à travers le pays.

"Pour quoi devrions-nous voter, pour choisir entre la mort sous les bombardements ou la mort par balles? Voilà le seul choix qui se présente à nous", a déclaré un insurgé retranché dans le quartier de Khalidiah, à Homs.

"Nous sommes pris au piège dans nos maisons depuis 23 jours. Nous ne pouvons pas sortir, excepté dans certaines rues. Les marchés, les écoles et les administrations sont fermés, et rares sont ceux qui s'aventurent dans les rues à cause des tireurs embusqués", a-t-il témoigné.

Khalidiah et Bab Amro, autre quartier assiégé, sont privés d'eau courante et de vivres depuis trois jours. "Homs, de manière générale, est privé d'électricité 18 heures par jour".

Le ministère de l'Intérieur a reconnu indirectement que les violences perturbaient le déroulement du référendum.

"Le référendum sur une nouvelle Constitution se déroule normalement dans la majeure partie des provinces jusqu'à présent, avec une forte participation, excepté dans certaines régions", a-t-il assuré.

MISE EN GARDE DE CLINTON

Prié de réagir à l'appel au boycottage lancé par l'opposition, le Premier ministre syrien, Adel Safar, a estimé que cette attitude traduisait un refus du dialogue.

"Certaines organisations servent les intérêts de l'Occident et de l'étranger et ne veulent pas des réformes en Syrie. Elles cherchent à détourner l'attention de la détermination de la Syrie", a-t-il dit aux journalistes à Damas.

"Cela ne nous préoccupe pas beaucoup. Ce qui nous intéresse, c'est la démocratisation et la liberté dans le pays", a ajouté Safar.

Le chef de la diplomatie allemande, Guido Westerwelle, a taxé le référendum de "rien de plus qu'une farce". "Assad doit mettre un terme aux violences et favoriser une transition politique", a-t-il dit.

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a mis en garde dimanche contre les limites d'une intervention étrangère.

"Je pense qu'il y a un risque de guerre civile. Une intervention étrangère ne l'empêcherait pas. Au contraire, elle l'attiserait sans doute", a-t-elle dit dans une interview à la BBC-télévision.

"Il y a dans cette région un certain nombre de groupes très dangereux: Al Qaïda, le Hamas et ceux qui figurent sur notre liste de terroristes et prétendent soutenir l'opposition. Beaucoup de Syriens s'inquiètent fortement de ce qui viendrait après (...)", a-t-elle expliqué.

Un peu plus tard, à Rabat, elle a appelé "ceux qui soutiennent le régime syrien" à user de leur influence auprès du régime de Damas pour qu'il autorise une aide humanitaire aux secteurs touchés par les combats.

Les pilonnages de l'armée contre certains quartiers de Homs ont plongé la population dans des conditions atroces. "Il est tard ce soir et Bab Amro est toujours sous les bombardements. On ne peut rien faire pour cet enfant", déclare un médecin sur une vidéo diffusée sur YouTube, à propos d'un adolescent de 15 ans atteint au cou par un éclat d'obus et qui perd son sang.

"MÉDICALEMENT URGENT"

Les négociations entre les autorités syriennes, l'opposition, le Comité international de la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge syrien pour parvenir à l'évacuation des blessés à Homs se sont soldées par un échec, a indiqué samedi soir le porte-parole du CICR, Hisham Hassan.

Dimanche, le CICR a déclaré n'avoir reçu pour l'heure aucune réponse des autorités syriennes à sa demande d'un cessez-le-feu d'une durée de deux heures chaque jour, destiné à permettre l'évacuation des blessés à Homs.

A Paris, le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, a estimé que la journaliste française Edith Bouvier, blessée mercredi à Homs et bloquée sur place, était dans un état sérieux et que son rapatriement était "médicalement urgent".

"Hier soir, nous avons eu un espoir déçu, nous étions confiants dans sa possible libération et son possible retour en France. Nous continuons à travailler d'arrache-pied, tout est mis en oeuvre pour qu'elle puisse rentrer, cela devient médicalement urgent", a-t-il dit sur Radio J.

"Il est urgent que les parties prenantes arrivent à un accord afin que nous puissions la rapatrier vers un lieu où elle soit soignée dans les meilleures conditions. S'il est besoin d'envoyer un avion là-bas, un avion sera envoyé", a-t-il ajouté.

Selon des groupes de défense des droits de l'homme, des explosions ont retenti à Homs, Hama, Deir al Zor, Deraa et plusieurs autres villes plus petites du pays avant l'ouverture des bureaux de vote.

A Damas, un journaliste de Reuters a vu des dizaines de personnes attendant dans une file d'attente devant deux bureaux de vote. "Je suis venu pour voter en faveur du président Bachar, que Dieu le protège et lui permette de vaincre ses ennemis", a dit Samah Turkmani, la cinquantaine.

Confronté depuis près d'un an à des manifestations antigouvernementales, Bachar al Assad s'est engagé à organiser des élections législatives dans un délai de trois mois en cas de victoire du "oui" au référendum. Le nouveau texte supprime un article qui consacre le rôle dirigeant du parti Baas, ouvrant la voie au pluralisme et limitant à deux le nombre de mandats présidentiels.

Il s'agit du troisième référendum organisé par Bachar al Assad depuis son accession au pouvoir en 2000. Cette année-là, 97,29% des votants avaient voté "oui" pour qu'il prenne la succession de son père Hafez à la présidence du pays. En 2007, 97,62% des électeurs lui avait apporté son soutien pour un nouveau mandat de sept ans.

Benjamin Massot, Eric Faye et Marine Pennetier pour le service français


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