"Petite musique de campagne" à gauche, en attendant Hollande

par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - Les choses s'organisent par petites touches au Parti socialiste pour les élections présidentielle et législatives du printemps 2017, sans attendre la décision finale de François Hollande quant à une nouvelle candidature, à la fin de l'année.

Après le temps du bilan sur fond de "ça va mieux", étayé vendredi par les bons chiffres du budget de la Sécurité sociale, vient celui des projets à long terme sur des thèmes aussi clivants que possible avec la droite, plongée dans le bain de sa primaire interne de la fin novembre.

Sur ce terrain, Manuel Valls est en première ligne. Prenant le contre-pied du discours de droite ciblant les "assistés", le Premier ministre a relancé la semaine dernière l'idée d'un "revenu universel", allocation unique ouverte à tous, à partir de 18 ans, pour remplacer la dizaine de minima sociaux existant.

Le ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, s'est lui aussi projeté dans l'avenir en anticipant la construction de 10.000 et 16.000 cellules d'ici 2025.

Dans l'éducation, thème de gauche par excellence, la ministre Najat Vallaud-Belkacem met sur le métier un ouvrage d'envergure : l'école obligatoire de trois à 18 ans.

"Ce n'est pas une proposition du candidat François Hollande, c'est une proposition que j'ai mise dans le débat public", expliquait jeudi sur RMC et BFM TV celle que l'on présente déjà comme la future directrice de campagne du président-candidat.

DISCOURS SUR LA DÉMOCRATIE LE 6 OCTOBRE

L'intéressée a démenti.

"En revanche, vous pouvez dire que je serai très impliquée dans la campagne présidentielle qui viendra", a dit la jeune ministre, qui doit son envolée politique à François Hollande.

Centrée sur l'électorat de gauche, l'idée d'une scolarité prolongée fait partie de ce qu'un proche du président décrit comme "de la petite musique de campagne".

Un refrain entonné par le président lui-même dans son discours du 8 septembre à Paris, où il a attaqué de front une droite accusée de vouloir abaisser la démocratie et liquider le modèle social français.

François Hollande s'exprimera la semaine prochaine sur les thèmes de la recherche et de l'enseignement supérieur, puis sur la démocratie le 6 octobre à l'hôtel de Lassay, à l'invitation du président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone.

Si la réforme des institutions est évoquée comme l'un des thèmes potentiellement importants de la campagne, le président se pose plus facilement en garant de l'Etat de droit qu'en rénovateur téméraire.

"Il faudrait diminuer drastiquement le nombre de parlementaires, mieux représenter les différents courants politiques, favoriser le référendum. Mais sur ces sujets, François Hollande, pur produit de la Ve République, est d'une prudence de sioux", commente un ami de longue date.

L'automne présidentiel sera jalonné de discours thématiques, de longs entretiens dans les médias et d'une grande conférence de presse qui reste à confirmer.

"NOUVEAUX AXES" POUR UNE "ÉVENTUELLE CAMPAGNE"

"En plein dans le débat politique et à distance du débat politicien", résume un autre proche, qui prédit des interventions sur l'Europe, l'égalité ou encore l'environnement.

Il décrit ainsi l'état d'esprit à l'Elysée : "Le président a décidé qu'il prendrait sa décision au début du mois de décembre. En revanche, le message qu'il a fait passer à ses proches, c'est que quand il prendrait sa décision, tout devrait être prêt pour une éventuelle campagne."

Malgré le boulet de l'impopularité et des candidatures hostiles à son égard qui fleurissent à gauche, François Hollande imagine une candidature "pas seulement sur un bilan, pas sur une évaluation de tel ou tel sondage mais sur une capacité de proposer de nouveaux axes", ajoute ce même ami.

Un "visiteur du soir" du chef de l'Etat appelle quant à lui de ses voeux une "réflexion sur la manière de faire évoluer la politique et la République. Une évolution plus qu'une rupture".

Cet élu voit Ségolène Royal, mère des enfants de François Hollande, ex-candidate à la présidentielle en 2007 et actuelle ministre de l'Environnement, comme un personnage "central" de la bataille à venir aux côtés du président.

"Elle a l'ingénierie politique, elle sent les choses, elle va l'aider. Et en plus il la croira plus que nous !", sourit-il. "Ils se connaissent par coeur, et elle a l'expérience d'un second tour contre Nicolas Sarkozy..."

(Edité par Yves Clarisse)


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