Paris dévoile sa stratégie pour sa présidence de l'UE et l'euro

BRUXELLES (Reuters) - Le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, a dévoilé la stratégie de la France pour obtenir une meilleure gouvernance de l'euro et pour la présidence française de l'UE.

Ce ministre socialiste, qui représente une facette de l'ouverture politique chère à Nicolas Sarkozy, a insisté sur le début de réconciliation des Français avec la construction européenne, deux ans après le "non" à la Constitution.

"Il y a bien un retour de l'Europe en France qui accompagne un retour de la France en Europe", a-t-il déclaré devant le European Policy Centre (EPC), un centre de réflexion bruxellois.

Le point le plus bas a été selon lui la réunion, le 26 janvier à Madrid, des 18 pays qui avaient ratifié ce texte.

L'événement a laissé un souvenir cuisant à cet ancien haut fonctionnaire européen, chef de cabinet de Jacques Delors, puisque "c'était la première réunion importante pour la construction européenne dont la France ne faisait pas partie."

Ensuite, dès l'élection présidentielle, la conclusion d'un accord sur un nouveau traité européen, l'appui donné par l'UE à la candidature de Dominique Strauss-Kahn pour la direction générale du Fonds monétaire international (FMI) et la présence du président français à l'Eurogroupe pour y expliquer sa stratégie budgétaire ont constitué un enchaînement inattendu.

Mais l'Europe revient aussi en France.

La photo officielle de Sarkozy mêle les drapeaux français et européen, ce dernier flotte désormais de manière permanente sur le Quai d'Orsay, les 27 armées de l'UE ont défilé le 14 juillet et, pour la première fois depuis deux ans, les sondages montrent qu'une majorité des Français refont confiance à l'Europe.

DÉBAT RAISONNABLE SUR L'EURO

Pour autant, le travail de réconciliation n'est pas terminé.

La France prône ainsi une réforme du fonctionnement de l'Eurogroupe, le forum de coordination des politiques économiques de la zone euro, pour obtenir une meilleure gouvernance de la monnaie unique partagée par 13 pays.

"La zone euro ne doit pas en rester à un seul examen de la politique budgétaire des Etats membres", a expliqué Jouyet et il faut y aborder "toutes les questions d'intérêt commun."

Il ne s'agit pas de porter atteinte à l'indépendance de la Banque centrale européenne (BCE), jalousement gardée par l'Allemagne et que le France ne veut pas remettre en cause.

"Mais dès lors que nous partageons la même monnaie, il est incompréhensible que le champ des questions qui sont évoquées entre les Etats membres soit aussi réduit", a-t-il dit.

Il faut donc parler de soutenabilité des finances publiques face au défi du vieillissement de la population, de la réforme du marché du travail, de la hausse du marché immobilier qui inquiète tant la BCE, de l'organisation financière de la zone euro et des compétences du président de l'Eurogroupe.

Ce dernier "doit être plus visible au plan international", a souligné le ministre français en expliquant que les Chinois ne s'y retrouvent plus entre les différents interlocuteurs.

Mais, surtout, il faut organiser un dialogue entre le président de la BCE et les ministres.

MODÈLE ALLEMAND

Le Conseil européen, conformément aux traités, doit pouvoir débattre de la question des taux de change au moment où le yen japonais et le yuan chinois sont "manifestement sous-évalués."

"Ce dont il est question, c'est de faire en sorte que les questions d'intérêt commun puissent être discutées de manière discrète et raisonnable, comme cela se fait dans n'importe quelle zone", a-t-il expliqué devant l'EPC.

Le débat aurait lieu au niveau des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE mais, jusqu'à présent, ces propositions n'ont pas vraiment suscité l'enthousiasme de ses partenaires.

La France prépare également de manière active sa future présidence de l'UE, au second semestre de 2008, un rendez-vous d'autant plus important qu'il ne reviendra plus avant... 2022.

L'exemple est la présidence allemande d'Angela Merkel, qui s'est achevée en juin dernier sur de nombreux succès.

"Nous essayons d'avoir le même type d'organisation", a déclaré Jouyet en soulignant qu'un secrétariat général de la présidence de l'UE avait été créé sous la direction de l'ambassadeur Claude Blanchemaison, un diplomate chevronné.

La réforme de l'Eurogroupe, la stimulation de la croissance et de l'emploi, le renforcement de la sécurité énergétique, la lutte contre le changement climatique, la préparation de l'Europe du futur et les relations avec les pays voisins, notamment du Sud de la Méditerranée, selon au centre des débats.

Dans ce cadre, les relations avec la Turquie qui, selon Nicolas Sarkozy, ne fait pas partie de l'Europe, seront un test de la volonté française d'aller à la crise sur ce sujet.

Mais la France, qui a accepté que les négociations d'adhésion avec Ankara se poursuivent sur le plan technique en attendant un débat sur les frontières de l'Europe que Sarkozy appelle de ses voeux pour le mois de décembre, semble prête à modérer ses ambitions face aux réticences de l'UE.

"Nous verrons avec nos partenaires à la fin de l'année sur c'est suffisamment mûr pour être mis sur la table", a dit Jouyet, selon lequel l'Union méditerranéenne chère à Nicolas Sarkozy n'est pas une alternative pour la Turquie. /YC


read below for restriction ©2012 Reuters  Reuters

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