TOULOUSE/PARIS (Reuters) - Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour violation du secret de l'instruction après la diffusion d'enregistrements audio de Mohamed Merah, qui a tué en mars sept personnes en se réclamant d'Al Qaïda, a-t-on appris lundi auprès d'un avocat des parties civiles.
Me Jean Tamalet, qui défend Atim Ibn Ziaten, frère du premier militaire assassiné par le "djihadiste" toulousain, a précisé que les familles se concertaient et que plusieurs plaintes devraient être déposées.
TF1 a diffusé dimanche dans l'émission de reportages "Sept à huit" des extraits des enregistrements réalisés par les policiers qui discutaient avec le jeune Français le 21 mars lors du siège de son logement qui devait conduire le lendemain à sa mort.
La chaîne a expliqué que ces documents contenaient "des informations très importantes" sur la façon dont les policiers avaient négocié jusqu'au bout pour que Mohamed Merah se rende" et a mis en avant leur "valeur informative".
Cette divulgation a cependant indigné les familles des victimes et une partie de la classe politique.
Or, la bande sonore, qui venait d'être expertisée, avait été placée sous scellés et les avocats n'en avaient toujours pas reçu copie, justement pour empêcher sa divulgation.
Me Tamalet s'est interrogé sur le fait de savoir si la fuite ne venait pas d'un service de police.
LA POLICE EN CAUSE ?
"Nous savons que cet enregistrement n'est pas entre les mains du parquet et des avocats et qu'il n'est actuellement physiquement détenu que par la police scientifique et par les services en charge de l'enquête", c'est-à-dire la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) et la Sous-direction antiterroriste, a-t-il dit à Reuters.
"Par déduction, est-ce qu'on ne peut pas légitimement se demander si c'est la DCRI, la SDAT ou le laboratoire de police scientifique qui a eu à un moment ou un autre intérêt (...) à transmettre la copie à la presse ?", a-t-il demandé.
"On n'en est plus au stade de l'ouverture d'une information judiciaire. Le fait de diffuser un élément couvert par le secret de l'instruction signifie un recel",a dit pour sa part à Reuters Me Mehana Mouhou, avocat de la famille d'Imad Ibn Ziaten, le premier militaire tué.
"Le procureur peut mettre le PDG de TF1 (Nonce Paolini, NDLR) et le producteur de l'émission (Emmanuel Chain) en garde à vue et solliciter leur mise en examen", fait valoir Me Mouhou.
Il a exhorté le procureur "à prendre ses responsabilités" et a dit ne pas exclure d'en appeler à la ministre de la Justice Christiane Taubira.
L'avocat a mis en avant l'impossibilité pour les familles de faire leur deuil face à ce qu'il a qualifié d'"horreur absolue".
"La mère d'Imad, lorsqu'elle a vu le début de l'émission, a été malade toute la nuit. Cette famille est déjà abîmée par le crime, tout cela rajoute du traumatisme", a-t-il estimé.
Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a demandé aux autres chaînes de télévision de ne pas diffuser les enregistrements.
La Société des journalistes de TF1 estime dans un communiqué que la diffusion des enregistrements par la chaîne est "parfaitement légitime".
"Nous respectons l'émotion des familles des victimes. Mais ce document contient des informations importantes et rien ne saurait s'opposer à sa publication. Cette diffusion relève du droit à l'information", dit le communiqué.
"La liberté d'informer n'est pas en cause mais cette liberté n'exonère pas de la réflexion sur l'opportunité de diffuser ce document audio à ce moment, de cette manière, avant même le procès où la parole de tous et en particulier des victimes et familles de victimes viendra donner un éclairage sur la monstruosité des actes de Mohamed Merah", a déclaré pour sa part David Assouline, secrétaire national du Parti socialiste.
Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, s'était étonné dimanche de la diffusion de ces enregistrements, qu'il a dit regretter au nom du respect des familles de victimes.
Jean Décotte et Gérard Bon, édité par Patrick Vignal
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