Municipales partielles en Italie sur fond de défiance

ROME (Reuters) - Les Italiens ont commencé à voter dimanche aux élections municipales partielles à l'occasion du premier scrutin de l'ère Mario Monti, le président du Conseil, dans un climat politique marqué par les scandales qui agitent la Ligue du Nord.

Les soupçons entretenus par les Italiens sur leurs dirigeants politiques ne sont jamais bien loin, mais une série de scandales les a relancés quelques jours avant les élections municipales partielles qui se terminent lundi.

Le premier scrutin de l'après-Silvio Berlusconi, qui sera aussi le premier test pour le gouvernement d'experts de Mario Monti en pleine cure d'austérité, devrait donc confirmer la défiance de l'électorat à l'égard des grands partis.

Plus de neuf millions d'électeurs, soit 20% du corps électoral, sont appelés aux urnes pour élire 800 conseils municipaux, parmi lesquels ceux de Palerme, de Gênes, de Parme et de Vérone, à quelques mois des législatives de 2013. Les bureaux de vote ont ouvert à 08h00 dimanche matin et doivent fermer à 15h00 lundi.

Comme le vote-sanction, l'abstention pourrait être importante. Selon un sondage publié la semaine dernière, indécis et abstentionnistes représentent 48% de l'électorat.

Le scrutin sera sans conséquence directe pour le président du Conseil, qui s'est engagé à poursuivre sur la voie des réformes structurelles jugées nécessaires pour relancer une économie stagnante et combler une dette pharaonique.

Une partie de la classe politique s'alarme toutefois de cette crise de confiance qui fait notamment le jeu de Beppe Grillo, un comédien dont le mouvement est en lice dans plusieurs municipalités.

"Il y a une grande défiance et beaucoup de mépris à l'égard des politiques en Italie. Malheureusement, cela crée de l'espace pour les dangereux phénomènes populistes tels que Grillo, pas seulement en Italie mais dans beaucoup d'autres pays européens", observe Franco Frattini, ancien chef de la diplomatie et pilier du Parti de la Liberté (PDL) emmené par Silvio Berlusconi.

UN DEMI-MILLIER DE CANDIDATS À ACERRA

A Acerra, localité proche de Naples où la suspicion est particulièrement prégnante, la campagne a été marquée par une série d'incidents qui témoignent de l'ampleur de la corruption dans cette région de Campanie.

"Je rentrais à la maison. Il pleuvait assez fort. Deux personnes portant des casques de moto ont tapé sur la vitre de ma voiture avec la crosse d'un pistolet pour me dire de mettre fin à ma campagne et de renoncer", raconte Andrea De Chiara, candidate aux municipales sous les couleurs d'Italia Popolare.

Dans ce fief de la Camorra, la mafia napolitaine, le suspect est tout trouvé, mais la police et le parti de la victime jugent que cet acte est le fruit d'un mal bien plus insidieux.

A leurs yeux, la piste de petits gangs locaux au service d'intérêts financiers qui peuvent recouper ceux de la mafia est beaucoup plus plausible. Un demi-millier de candidats sont en lice dans cette ville de 52.000 habitants.

A l'échelle nationale, la confiance accordée aux grands partis est tombée à 5% et leurs représentants ne se sont guère mobilisés pour changer la donne. Depuis sa démission, en novembre, "Il Cavaliere" fait profil bas et son PDL souffre toujours des erreurs de gestion qui lui ont été imputées.

La première force parlementaire reste par ailleurs à la recherche d'un nouveau chef de file après deux décennies émaillées de scandales.

Ses vieux alliés de la Ligue du Nord, arrivés dans le paysage politique avec l'ambition d'éradiquer la corruption des élites romaines, sont à leur tour éclaboussés par des soupçons de détournement de fonds. Umberto Bossi, fondateur du mouvement, nie toute malversation, mais a été contraint à la démission. Le score de la "Lega" dans les régions septentrionales sera suivi avec beaucoup d'attention.

La Ligue et le PDL n'ont pas fait cause commune pour ces municipales, dont le Parti démocrate (PD), donné gagnant depuis des mois, devrait tirer parti.

Reste à savoir si la gauche traditionnellement fragmentée saura transformer l'essai en présentant un front uni lors des élections législatives.

James Mackenzie, Jean-Philippe Lefief et Benjamin Massot pour le service français


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