par David Milliken et Glenn Sommerville
FRANCFORT/WASHINGTON (Reuters) - La Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne (BCE) ont injecté des fonds dans le système bancaire pour la deuxième journée d'affilée vendredi afin de prévenir une crise du crédit mondiale.
Au cours des dernières 48 heures, les banques centrales d'Europe, d'Amérique et d'Asie ont injecté au moins 323,3 milliards de dollars sur le marché monétaire.
La crise du crédit immobilier subprime aux Etats-Unis provoque une lame de fond qui touche les banques et fonds exposés à ce type d'investissement à risque, faisant craindre un tarissement du crédit bon marché qui jusqu'à présent a alimenté la croissance mondiale.
Les craintes relatives à un assèchement supposé du crédit se sont intensifiées jeudi lorsque BNP Paribas a annoncé la suspension de trois de ses fonds, investis notamment dans des parts d'actifs immobiliers américains titrisés.
La rumeur de troubles dans le secteur bancaire va bon train par ailleurs en Allemagne, depuis que des banques ont dû se mobiliser pour porter secours au prêteur IKB, ce dernier faisant d'ailleurs à présent l'objet d'une enquête judiciaire. Un deuxième prêteur, SachsenLB, est examiné par la Bafin, l'autorité des marchés financiers allemande.
La Fed a injecté 24 milliards de dollars dans le système bancaire américain jeudi et a récidivé le lendemain en injectant encore 35 milliards, en deux appels d'offres à trois jours de 19 et 16 milliards respectivement.
Elle a précisé quelle fournirait la liquidité nécessaire pour assurer un bon fonctionnement du marché et ramener le taux au jour le jour au niveau de son objectif de 5,25%, ce qui s'est effectivement produit.
La Maison Blanche elle-même est montée au créneau pour souligner que les fondamentaux économiques étaient solides et que le président George Bush et ses conseillers suivaient la situation de très près.
La BCE a injecté 94,8 milliards d'euros de liquidités à 24 heures jeudi, un montant record, et a enchaîné avec une nouvelle injection de 61,05 milliards d'euros, à trois jours cette fois-ci le lendemain, faisant savoir de plus qu'elle continuait de suivre les conditions du marché monétaire de l'euro attentivement, ce qu'a confirmé encore son président Jean-Claude Trichet dans les colonnes d'Ouest-France.
CHATEAU DE CARTES
Cela n'a pas empêché les marchés boursiers de souffrir, surtout en Europe. L'indice FTSEurofirst 300 perdait 3,04% en clôture. Le FTSE britannique lâchait 3,71%, le Dax allemand 1,48% et le CAC-40 3,13%.
Les indices boursiers américains ont subi de grosses pertes une bonne partie de la matinée mais il les avaient fortement réduites à la mi-journée et repassaient même dans le vert.
Les Bourses européennes ont subi leur perte la plus forte depuis février, quand la Bourse de Shanghaï propagea une onde de choc sur l'ensemble des places de la planète.
Le fait que la Fed ait éprouvé le besoin de publier un communiqué pour assurer les marchés qu'elle ferait son possible pour assurer leur bon fonctionnement est exceptionnel. Il faut remonter aux attentats du 11 septembre 2001 pour voir une intervention de ce type et avant cela au 20 octobre 1987, au lendemain du Lundi Noir.
La Banque du Canada, la Banque nationale suisse, la Banque du Japon ou encore la Banque de Réserve d'Australie ont pareillement pourvu les banques en appoints de liquidité.
La Malaisie, l'Indonésie, les Philippines et Taïwan sont entrées en scène pour défendre leurs monnaies respectives en vendant du dollar américain, les soucis qui plombent les marchés du crédit affectant les actifs à risque de la région.
Sur le marché des changes, l'euro a glissé contre le yen, à son niveau le plus bas en trois mois, les cambistes dénouant leurs positions de "carry trade", soit des investissements opérés par le biais d'emprunts très bon marché en yen.
Puis les parités dollar/yen et euro/yen sont revenues pratiquement inchangées, avant d'aller dans le positif en réaction à la remontée de Wall Street.
Curieusement, la Banque d'Angleterre n'a pas réagi du tout - ni financièrement ni même verbalement - au fait que le taux au jour le jour britannique soit monté à 6,5%, soit 75 points de base au-dessus de son taux de refinancement, ce qui n'a pas manqué d'étonner les professionnels.
Les actions des banques centrales ont relativement apaisé les marchés mais de nouveaux problèmes risquent de se faire jour dans les semaines qui viennent, pense Moe Ibrahim, gérant de fonds de l'Asia Debt Fund de Singapour.
"On peut envisager bien des scénarios, en partant du phénomène relativement contenu dans l'espace et le temps à quelque chose qui aurait des implications bien plus larges, provoquant un effondrement au niveau mondial, comme un château de cartes", dit-il.
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