25/01/2008 à 13h04
DUBLIN (Reuters) - Le fraudeur présumé de la Société générale doit se sentir soulagé d'avoir été démasqué après
avoir joué aussi gros, estime Nick Leeson, le trader britannique ayant causé la chute de la Barings dans les années 90.
"Je suis sûr qu'il a très peur", raconte-t-il à la télévision publique irlandaise RTE, premier média à diffuser les
commentaires de celui qui était jusqu'alors le plus célèbre fraudeur financier de la planète.
"J'imagine aussi qu'hier matin (quand le scandale a été révélé), il a dû ressentir un étrange soulagement parce qu'il
n'avait pas été capable d'arrêter tout ça tout seul", explique Nick Leeson, qui vit et travaille désormais dans l'ouest de
l'Irlande.
En février 1995, à 28 ans, il avait engagé près de 27 milliards de dollars sur les produits dérivés asiatiques,
provoquant 1,4 milliards de dollars de pertes pour la Barings (950 millions d'euros actuels).
La Société générale a révélé jeudi avoir été victime d'une fraude colossale, portant sur 40 à 50 milliards d'euros de
positions, entraînant une perte de 4,9 milliards.
Selon la direction de la deuxième banque française, le scandale serait le fait d'un trader solitaire que plusieurs
sources ont identifié comme Jérôme Kerviel, un trentenaire sans histoire apparente, aujourd'hui introuvable.
"CELA ARRIVE TOUS LES JOURS"
"Malheureusement aujourd'hui, son avenir est très incertain et je suis sûr qu'il passe par la prison", commente
l'ancien trader qui a passé trois ans et demi en prison à Singapour après l'effondrement de la Barings.
"D'une certaine façon, vous vous distancez des sommes" brassées, raconte celui dont l'histoire a été joué au cinéma
par Ewan McGregor. "Ça devient des chiffres sur un écran. Ça ne semble pas réel comme de l'argent qu'on se mettrait
dans la poche".
Pour lui, l'ampleur de la fraude "dépasse l'entendement". "Les gens du règlement chez SocGen auraient dû se rendre
compte que quelque chose n'allait pas", estime Nick Leeson, aujourd'hui président du club de football de Galway.
Mais ce genre de scandale est monnaie courante, assure-t-il. "Je pense même que cela arrive tous les jours. Ils se
font attraper rapidement et ils sont virés. Les banques n'en font pas la pub et tout le monde se remet au travail".
Jeudi, l'agent de Nick Leeson avait déclaré que son client ne donnerait qu'un nombre limité d'interviews et au plus
offrant.
De l'argent à considérer comme "des honoraires pour couvrir le fait qu'il doive chambouler son emploi du temps", a
expliqué Neil Martin sans préciser le prix que les deux grandes télévisions et le quotidien qui cherchaient à l'interroger
étaient prêts à payer.
Ses participations à des dîners-débats sont régulièrement facturées de 5 à 6.000 livres sterlings.
Jonathan Saul. Version française Laure Bretton
read below for restriction ©2012 Reuters
