Le régime syrien et la Russie intensifient l'offensive à Alep

par Ellen Francis et Tom Perry

BEYROUTH (Reuters) - D'intenses bombardements aériens ont à nouveau visé les quartiers rebelles d'Alep vendredi, faisant plusieurs dizaines de morts quelques heures après l'annonce par l'armée syrienne d'une offensive pour reprendre la plus grande ville de Syrie, rapportent les services de secours de la ville et l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

L'armée de Bachar al Assad, appuyée par la Russie, a appelé les civils à évacuer les quartiers Est d'Alep, où vivraient encore quelque 250.000 habitants et qui avaient déjà été la cible jeudi des plus violents bombardements depuis des mois.

Selon Ammar al Selmo, qui dirige les "casques blancs" de la Défense civile syrienne à Alep, les bombardements aériens sur les quartiers de la ville tenus par les rebelles ont fait plus de 70 morts depuis vendredi matin et détruit une quarantaine de bâtiments. Il a précisé qu'il s'agissait d'un bilan provisoire.

D'autres frappes ont été menées dans la nuit précédente.

Le directeur d'un hôpital dans les secteurs sous contrôle rebelle, Hamza al Khatib, a parlé, lui, de 91 morts. L'OSDH, qui s'appuie sur un réseau d'informateurs, a pour sa part avancé un bilan de 27 morts.

Ammar al Selmo a précisé que trois des quatre centres de son organisation de secours avaient été directement visés par des bombardements, reflétant la volonté du pouvoir et de ses alliés de priver la population de toute aide possible et de la contraindre à quitter la zone.

LA DIPLOMATIE À L'ARRÊT

Les raids de vendredi font suite à l'échec d'une réunion du Groupe international de soutien à la Syrie (GISS) à New York, où les Etats-Unis et la Russie n'ont pas réussi à s'entendre sur une réinstauration de la trêve qu'ils avaient négociée au début du mois.

Les contacts diplomatiques se sont toutefois poursuivis vendredi en marge de l'Assemblée générale annuelle des Nations unies, mais le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Guennadi Gatilov, cité par l'agence Interfax, a prévenu qu'il ne fallait pas en attendre de décision, encore moins d'accord.

Bassma Kodmani, représentante de l'opposition syrienne elle aussi présente à New York, a jugé pour sa part que rien n'indiquait que la Russie, qui soutient militairement le régime de Bachar al Assad depuis un an, a intérêt à la mise en oeuvre d'un nouveau cessez-le-feu en Syrie.

Rencontrant la presse à l'Onu, le chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault, a dit redouter qu'"avec le bombardement d'Alep des dernières heures, le régime joue la carte d'une partition de la Syrie". "Et ses soutiens la laissent faire", a-t-il dit.

Il a de nouveau appelé à élargir le cercle des pays impliqués dans la recherche d'une solution diplomatique pour sortir du face-à-face entre la Russie et les Etats-Unis dont, a-t-il dit, "les discussions se prolongent mais semblent interminables".

"ANÉANTISSEMENT"

A Alep, divisée depuis l'été 2012, les témoignages évoquent des bombardements sans précédent.

"Ce qui se déroule actuellement, c'est une véritable opération d'anéantissement, dans tous les sens du terme", a déclaré Ammar al Selmo, dont l'organisation de volontaires a reçu jeudi le "prix Nobel alternatif" en Suède.

Des rebelles et l'OSDH affirment que les raids aériens ont été menés par des avions aux technologies de pointe ne pouvant appartenir qu'à la Russie. Des habitants évoquent la présence d'hélicoptères larguant des barils d'explosifs, une tactique habituellement utilisée par le régime de Damas.

"Vous les entendez ? Le quartier est visé en ce moment par des missiles. On entend les avions", a déclaré à Reuters Mohammed Abou Radjab, un radiologue. "Les avions, hélicoptères, bombardiers ne quittent pas le ciel."

Dans un communiqué publié jeudi soir, l'armée syrienne a annoncé "le lancement d'une opération sur les quartiers-Est d'Alep" et demandé à la population de se tenir éloignée des "quartiers-généraux et positions des bandes terroristes".

L'état-major ne donnait pas de précisions sur l'opération, notamment si elle comprendrait une composante terrestre, mais de source militaire syrienne on assurait vendredi qu'il y aurait des forces au sol engagées une fois le terrain préparé par l'artillerie et l'aviation. "Comme toute opération militaire, ça débute avec des barrages d'artillerie et des raids aériens, puis les troupes au sol agissent en fonction des résultats des frappes et de leur impact", expliquait-on.

Le régime de Damas et ses alliés russe et iranien ont fait de la reconquête d'Alep, la capitale économique du pays avant le début du conflit, leur priorité absolue. Reprendre le contrôle de cette ville qu'ils encerclent totalement depuis cet été serait pour Assad et ses alliés leur plus importante victoire à ce jour depuis la début de la guerre civile en 2011.

Mais les Occidentaux redoutent un bain de sang. "La seule manière de reprendre Alep-Est passe par une atrocité si monstrueuse que cela résonnerait pendant des générations", estime un diplomate occidental.

"Alep ne peut pas être le Guernica du XXIe siècle", a martelé Jean-Marc Ayrault, en faisant allusion au bombardement de cette ville basque en 1937 pendant la guerre civile espagnole qui a marqué les esprits par le nombre de victimes.

Le ministre français des Affaires étrangères a toutefois estimé que "la situation peut être légitimement qualifiée de désespérée".

(Avec John Irish et Yara Bayoumi à New York, Tangi Salaün, Nicolas Delame et Henri-Pierre André pour le service français, édité par Danielle Rouquié et Gilles Trequesser)


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