29/04/2008 à 22h46
par Sylvia Westall
AMSTETTEN, Autriche (Reuters) - Josef Fritzl, un Autrichien de 73 ans qui a reconnu avoir
séquestré et violé sa fille pendant 24 ans dans un sous-sol et avoir eu avec elle sept enfants, a
été confondu par des tests ADN et placé en détention provisoire par un juge de Sankt-Pölten.
Le vieil homme refuse de s'exprimer, sur les conseils de son avocat, et le juge a autorisé la
police à le maintenir en détention pendant la durée de l'enquête.
Des tests ADN, dont les résultats ont été communiqués mardi par la police, prouvent que
Fritzl est bien le père des six enfants encore en vie mis au monde par sa fille Elisabeth.
Le septième, dont Fritzl a avoué avoir incinéré le cadavre, est décédé peu de temps après sa
naissance.
"Les résultats montrent que les six enfants auxquels la malheureuse Elisabeth Fritzl a donné
naissance dans la cave sont sans aucun doute de son propre père, Josef Fritzl", a déclaré lors
d'une conférence de presse Franz Polzer, chef de l'unité d'enquête criminelle chargée de
l'affaire.
L'ancien électricien de 73 ans a passé la nuit de lundi à mardi dans la prison de Sankt-Pölten,
chef lieu de la province de Basse-Autriche, où il a été placé dans une grande cellule de deux
personnes et surveillé en permanence afin de s'assurer qu'il ne tente pas de se suicider, a
déclaré le directeur de l'établissement, Günther Mörwald.
Parallèlement, les enquêteurs poursuivaient mardi leurs recherches dans le sous-sol de 60
mètres carrés où Fritzl séquestrait depuis 1984 sa fille Elisabeth, âgée de 42 ans.
"UN MILLION DE QUESTIONS SANS REPONSES"
Elisabeth Fritzl a déclaré dimanche à la police que son père, Josef Fritzl, l'avait attirée en
1984 dans la cave de l'immeuble où ils vivaient, l'avait droguée puis menottée avant de la
séquestrer et de la violer à de nombreuses reprises.
De ces relations incestueuses sont nés sept enfants, dont trois, âgés de 19, 18 et 5 ans, ont
vécu enfermés toute leur vie dans la cave avec leur mère. Trois autres ont été élevés par
Josef Fritzl et sa femme, le dernier étant décédé peu de temps après sa naissance.
Elisabeth et ses six enfants se sont retrouvés dimanche et cette rencontre s'est
"incroyablement" bien déroulée, a témoigné mardi Berthold Kepplinger, directeur de la clinique
provinciale de Basse-Autriche, lors d'une conférence de presse. "Les enfants vont bien", a-t-il
souligné.
Les autorités et la presse autrichiennes se demandent comment de tels événements ont pu
se produire sans éveiller la curiosité des voisins, alors que la maison des Fritzl est située dans
une rue commerçante et animée de la petite ville d'Amstetten, à 180 km à l'ouest de Vienne.
Deux-cents habitants munis de cierges se sont rassemblés sur la place centrale pour
exprimer leur soutien à la famille.
"Le monde extérieur semble croire qu'Amstetten est une ville abominable et que ses
habitants se fichent les uns des autres. Nous voulons montrer que ce n'est pas vrai", a déclaré
Elisabeth Anderson, organisatrice du rassemblement.
La police croit que la femme de Josef, Rosemarie, ignorait tout, son mari lui ayant affirmé au
moment de la disparition de leur fille que celle-ci avait fui pour rejoindre une secte avant
"d'abandonner" trois de ses enfants recueillis par le couple.
Josef Fritzl avait ensuite forcé Elisabeth à écrire des lettres de sa propre main pour
rendre crédible ce scénario, a précisé la police.
DES DESSINS D'ENFANTS SUR LE SOL
L'affaire a éclaté lorsque l'aînée des enfants est tombée gravement malade et a été
hospitalisée à Amstetten, vendredi dernier.
Le médecin qui soigne la jeune fille, le dr Albert Reiter, a déclaré mardi que son état était
toujours critique et qu'elle devait être maintenue dans un coma artificiel encore plusieurs jours.
"Le pronostic vital de notre patiente est sérieusement engagé car elle a été victime d'un
manque d'oxygène à un moment, entre mercredi et vendredi derniers", a-t-il déclaré à la
télévision allemande N24.
"Outre vingt ans passés sous terre, vingt ans sans lumière du jour, vingt ans de stress
psychologique, il y a d'autres facteurs comme une infection", a ajouté le médecin.
Après l'hospitalisation de l'aînée, Josef Fritzl avait sorti Elisabeth et les deux autres
enfants séquestrés de la cave, déclarant simplement à sa femme que leur fille avait décidé de
rentrer à la maison.
Des photographies du sous-sol, qui n'excédait pas 1,70m de hauteur par endroit, montrent un
passage étroit conduisant à plusieurs pièces dont un espace pour faire la cuisine, une zone
aménagée pour le sommeil et une petite salle de bain avec une douche. Sur le sol, on aperçoit
des dessins d'enfants.
Le ministre de la Justice a présenté mardi un projet de loi pour renforcer la "protection
légale des victimes", en particulier dans les affaires de sévices sexuels.
Version française Clément Dossin
read below for restriction ©2012 Reuters
