Le marché sanctionne à peine la France après Moody's

PARIS (Reuters) - La décision de Moody's de priver à son tour la France de son "triple A" n'a mardi qu'un impact très limité sur les marchés financiers même si, aux yeux de nombreux observateurs, elle accroît la pression sur le gouvernement Ayrault pour poursuivre l'assainissement budgétaire et les réformes structurelles.

Dix mois après Standard & Poor's, Moody's a abaissé lundi soir d'un échelon la note souveraine de l'Etat français, de Aaa à Aa1, et elle maintient une perspective négative, ce qui sous-entend qu'elle n'exclut pas de la dégrader de nouveau d'ici 18 mois à deux ans.

Largement anticipée par les marchés financiers (la note attribuée par Moody's était sous perspective négative depuis février), la nouvelle a été sanctionnée par une petite baisse de la Bourse et une petite hausse des coûts de financement de l'Etat.

A 10h50 GMT, l'indice CAC 40 cédait 0,1% après une hausse de près de 3% la veille, à comparer à une hausse de 0,04% de l'indice Stoxx50 des valeurs vedettes de la zone euro. Le rendement des obligations à 10 ans émises par Paris s'affichait à 2,11% sur la plate-forme de transactions Tradeweb, contre 2,08% lundi, un niveau guère éloigné des plus bas historiques.

Parallèlement, les CDS à 5 ans (credit default swaps) sur la dette française, un produit financier permettant à un investisseur de se garantir contre un risque de défaut à un horizon de cinq ans, augmentaient de quatre points de base à 93 points alors qu'ils atteignaient 250 points il y a un an.

"Le marché de la dette française est très liquide et reste un placement de référence pour les investisseurs internationaux, notamment dans un univers financier où le 'AA' devient la norme dans les grands pays occidentaux", explique Franklin Pichard, directeur de Barclays Bourse.

SCHÄUBLE DÉDRAMATISE

Reste que Paris s'éloigne un peu plus du "club" des Etats souverains encore notés "triple A" par les trois grandes agences de notation (Moody's, Standard & Poor's et Fitch Ratings), dont font partie entre autres l'Allemagne, les Pays-Bas, la Finlande et le Royaume-Uni.

Pour justifier sa décision, Moody's argue notamment de la perte continue de compétitivité de l'économie française, de la dégradation de ses perspectives de croissance, des rigidités de son marché du travail ainsi que de l'exposition de ses banques aux pays de la zone euro en difficulté.

L'agence précise cependant que l'ampleur limitée du déclassement prend en considération le programme de réformes annoncé par le gouvernement.

Un élément sur lequel a rebondi le ministre de l'Economie Pierre Moscovici, mettant la décision de Moody's au débit de la gestion du pays par la droite ces dernières années.

"Je prend acte de cette décision même si je la déplore, mais elle sanctionne avant tout la situation dont nous avons héritée et qui n'a pas cessé de se dégrader depuis dix ans", a-t-il déclaré mardi matin lors d'une conférence de presse.

Il a reçu peu après le soutien de son homologue allemand Wolfgang Schäuble, qui a mis en garde contre la tentation de "dramatiser" la décision de Moody's.

Pierre Moscovici a en outre réaffirmé la volonté du gouvernement de contenir le déficit public à 3% du produit intérieur brut (PIB) l'an prochain. Un objectif dont doute visiblement Moody's puisque l'agence juge "exagérément optimistes" les hypothèses de croissance sur lesquelles cette prévision est fondée.

"ALARME" CONFIRMÉE, JUGE LE PATRONAT FRANÇAIS

Au-delà du seuil des 3%, c'est sur la capacité de la France à se réformer que se concentre le débat, deux semaines tout juste après la présentation du plan de compétitivité du gouvernement de Jean-Marc Ayrault.

Dans son argumentaire, Moody's "reconnaît que les mesures annoncées récemment par le gouvernement visent à répondre à certains de ces défis structurels".

Mais c'est pour ajouter que "ces mesures seules ne vont sans doute pas assez loin pour restaurer la compétitivité" et que "l'historique des gouvernements français successifs en matière de mise en oeuvre de telles mesures au cours des dernières décennies a été faible".

Un scepticisme auquel a répondu Pierre Moscovici en déclarant : "Aux uns et aux autres, et je pense aussi aux investisseurs, je veux dire que le gouvernement est pleinement engagé dans un programme sans précédent de réformes."

"Nous voulons aller vite, fort, résolument", a-t-il ajouté.

De son côté, la présidente du Medef Laurence Parisot a vu dans la décision de Moody's la confirmation de son diagnostic sur l'économie française et un soutien à ses revendications.

"Il est évident que cette dégradation, faisant suite à celle prononcée par Standard & Poor's en janvier, fait peser sur nous tous une pression particulière, plus forte encore que celle que nous avions déjà sur nos épaules", a-t-elle dit lors de sa conférence de presse mensuelle.

Le patronat est actuellement engagé dans des pourparlers complexes avec les syndicats sur la "sécurisation de l'emploi", qu'il espère voir déboucher sur un assouplissement des règles des contrats de travail et une réforme des allocations-chômage. Le président François Hollande s'est engagé à légiférer sur ces sujets en cas d'échec des négociations.

Les autorités françaises restent donc bel et bien sous la pression des agences : à la perspective négative maintenue par S&P et Moody's s'ajoute le risque de voir Fitch abaisser à son tour sa note au cours des prochains mois, ce qui solderait pour de bon le "triple A" français.

Marc Angrand, avec Jean-Baptiste Vey et Alexandre Boksenbaum-Granier, Leigh Thomas et Noah Barkin à Berlin, édité par Dominique Rodriguez


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