par Andrés González
MADRID (Reuters) - Le gouvernement espagnol a annoncé jeudi un calendrier détaillé de réformes économiques et un projet de budget privilégiant la baisse des dépenses, une démarche qui vise aux yeux des observateurs à anticiper sur les conditions d'une aide financière extérieure jugée de plus en plus probable.
Les dépenses des ministères seront amputées de 8,9% l'an prochain pour réduire le déficit budgétaire, l'un des plus élevés de la zone euro rapporté au poids de l'économie.
La préparation du budget par le gouvernement de Mariano Rajoy a été compliquée par la baisse des recettes fiscales, conséquence de la récession prolongée qui frappe le pays.
Le gouvernement a néanmoins assuré que ces recettes dépasseraient cette année les prévisions initiales et qu'elles augmenteraient de 3,8% l'année prochaine.
Les mesures de réduction des dépenses publiques représenteront 0,77 point de produit intérieur brut (PIB) l'année prochain tandis que l'ajustement des recettes atteindra 0,56 point de PIB.
"Il s'agit d'un budget de crise qui vise à sortir de la crise (...) Dans ce budget, l'ajustement des dépenses est supérieur à celui des revenus", a déclaré la vice-présidente du gouvernement, Soraya Saenz de Santamaria, lors d'une conférence de presse à l'issue d'un conseil des ministres qui aura duré six heures.
L'Espagne, quatrième économie de la zone euro, est depuis plusieurs semaines le principal foyer de la crise de la région. Les investisseurs craignent en effet de voir Madrid perdre le contrôle de ses finances publiques et doutent de la capacité de Mariano Rajoy, le chef du gouvernement, à prendre la totalité des mesures nécessaires, forcément impopulaires.
Madrid continue d'étudier les conditions d'un éventuel plan d'aide européen qui permettrait à la Banque centrale européenne (BCE) de mettre en oeuvre son nouveau plan d'achats d'obligations souveraines afin de faire baisser les coûts de financement de la dette publique espagnole.
BRUXELLES SALUE L'EFFORT DE RÉFORME
Soraya Saenz de Santamaria a souligné que le gouvernement présenterait 43 réformes économiques au cours des six prochains mois. Une réforme des retraites - l'un des principaux postes de dépenses de l'Etat - doit notamment être lancée avant la fin de cette année.
Le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, a salué les annonces espagnoles en notant que les réformes envisagées allaient au-delà de ce que Bruxelles avait demandé à Madrid.
Les premières réactions des investisseurs étaient plus circonspectes.
"La première impression est favorable, avec la priorité donnée à un ajustement des dépenses plutôt que des recettes", a estimé Jose Luis Martinez, de Citigroup à Madrid. "En revanche, nous considérons comme trop optimiste la prévision macroéconomique d'une récession de 0,5% l'an prochain."
Luis De Guindos, le ministre de l'Economie, a assuré que l'objectif de déficit 2012 - soit 6,3% du PIB - serait atteint grâce à la hausse des recettes fiscales mais cette prévision est mise en doute par de nombreux économistes.
L'incertitude sur l'éventualité d'une demande d'aide de l'Espagne à l'Union européenne a contribué ces derniers jours à faire remonter le rendement à dix ans de la dette espagnole à plus de 6% sur le marché secondaire, son plus haut niveau depuis l'annonce par la BCE de son plan d'achat d'obligations, le 6 septembre.
Autre motif de préoccupation pour les observateurs : les tensions entre Madrid et certaines des 17 communautés autonomes, dont certaines sont en difficulté financière.
Le ministre du Trésor, Cristobal Montoro, a déclaré jeudi qu'il était inutile d'abonder le fonds de 18 milliards d'euros créé pour soutenir les finances publiques des régions.
La communauté de Castille-La Manche a annoncé jeudi qu'elle aurait besoin de ce fonds pour boucler son budget cette année, ajoutant son nom à une liste qui en compte désormais cinq.
Les besoins déclarés des communautés avoisinent désormais 15 milliards d'euros.
Avec Julien Toyer, Marc Angrand pour le service français, édité par Véronique Tison
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