La France n'a plus droit à l'erreur après la note de Moody's

par Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - La dégradation de la note de la France par Moody's prive le gouvernement de marge de manoeuvre dans sa politique de redressement des finances publiques et lui sert d'aiguillon pour lancer des réformes structurelles.

Le ministre de l'Economie et des Finances, Pierre Moscovici, s'est empressé dès lundi soir de réaffirmer l'objectif de ramener les déficits publics à 3% du produit intérieur brut en 2013, contre 4,5% attendu en 2012, un effort sans précédent.

"C'est aussi un encouragement à mettre en oeuvre rapidement et fortement les réformes que nous avons décidées", a-t-il dit de la décision de Moody's, en citant la stabilisation de la zone euro et le pacte de compétitivité récemment dévoilé.

Il a égratigné la droite en estimant que l'agence de notation, dix mois après Standard & Poor's, avait sanctionné "avant tout la situation dont nous avons héritée", même si sa décision a laissé de marbre des marchés qui l'anticipaient.

Le président UMP de la commission des Finances du Sénat, Philippe Marini, y a vu de son côté la sanction "d'un long historique" des gouvernements qui se succèdent depuis trente ans, les agences de notation pointant régulièrement, sans grand effet jusqu'ici, l'incapacité de la France à mener des réformes favorables à la croissance.

"Il y avait une sorte de bienveillance des observateurs étrangers et des investisseurs envers la France depuis cet été (...) on entre maintenant dans une autre période et la crédibilité de la gestion des dépenses publiques, avec le respect de l'objectif de 3% en 2013, est capitale", a-t-il dit à des journalistes.

"Le droit à l'erreur est complètement nul", a-t-il ajouté en soulignant que la France serait quasiment le premier émetteur de dette dans la zone euro l'an prochain.

La tâche est d'autant plus délicate que les économistes ne croient pas que la France parviendra à son objectif de réduction des déficits, faute d'une croissance économique suffisante, malgré le choc fiscal prévu dans le projet de budget 2013.

PURGE VIOLENTE

Ils anticipent en moyenne des déficits publics à 3,5% du PIB fin 2013, un seuil également envisagé par les économistes du Fonds monétaire international et de la Commission européenne.

Pour Alexandre Mirlicourtois, directeur des études de l'institut Xerfi, la pression était déjà là et n'augmente pas vraiment avec l'annonce de Moody's.

"La rapidité avec laquelle on fait la purge est quand même assez violente. L'effort budgétaire en France est équivalent a ce qui se fait au Royaume-Uni, aller beaucoup plus vite et plus fort encore risquerait de casser l'activité, donc l'assiette fiscale", a-t-il déclaré à Reuters.

De même, il souligne que la tonalité du rapport de Moody's n'est pas vraiment nouvelle quand l'agence pointe les difficultés de la France à mener des réformes de fond.

Certains économistes s'étonnent toutefois qu'elle ait agi peu après la présentation par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault d'un pacte de compétitivité de 20 milliards d'euros destiné aux entreprises, une première en France.

La conjonction de rapports attendus du FMI et de la Commission européenne sur l'économie française, en plus d'une décision de Moody's qui semblait inévitable, a peut-être poussé le gouvernement à agir sans attendre que les Français digèrent le rapport Gallois, qui pointait le manque criant de compétitivité de l'industrie.

"Il y a une convergence d'événements qui est un peu étrange", reconnaît Alexandre Mirlicourtois, "le gouvernement a peut-être voulu mettre en avant qu'il faisait des choses, qu'il prenait à bras-le-corps le problème".

UN OBJECTIF PLUS FACILE AVEC LA DROITE

La présidente du Medef, Laurence Parisot, a réclamé de son côté des "réformes plus profondes encore, des réformes décisives", pour "invalider" la dégradation de la note AAA de la France.

Mais pour la députée socialiste Karine Berger, Moody's a surtout mis en avant, plus que des réformes structurelles, deux éléments qui sont au coeur des préoccupations du gouvernement : la crédibilité de la trajectoire budgétaire et l'exposition importante de la France aux pays en crise de la zone euro.

Sur le premier point, elle déclare que la réponse apportée par la loi sur les finances publiques à cinq ans est "parfaitement satisfaisante".

Pour le second, elle insiste sur les efforts menés par François Hollande pour assurer l'unité et la solidarité de la zone euro, "sauver l'ensemble du système" et trouver une solution aux problèmes de l'Espagne et de l'Italie.

Avocat de longue date de l'orthodoxie budgétaire, le président UMP de la Commission des Finances de l'Assemblée nationale, Gilles Carrez, reconnaît qu'une dégradation de la note de la France aurait pu aussi intervenir si la droite avait été reconduite aux affaires au printemps dernier.

"Mais les 3% auraient été nettement plus simples à atteindre", dit-il en s'inquiétant que la gauche, de retour au pouvoir, se soit empressée d'annuler des mesures qui commençaient à faire leur effet" et de voter des dépenses qui ne se feront sentir que début 2013 dans les comptes publics.

Edité par Yves Clarisse


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