03/01/2008 à 17h16
PARIS (Reuters) - La flambée du prix des carburants à la pompe alimente la controverse
entre le ministère de l'Economie, qui assure avoir réussi à calmer l'inflation, et une importante
organisation de consommateurs, qui affirme le contraire.
Selon le site internet de comparaison des prix créé en fin d'année dernière par le ministère
de l'Economie sur http://www.prix-carburants.gouv.fr, le prix du litre de carburant sans plomb
95 dépasse généralement les 1,45 euros à Paris, atteignant même les 1,6 euros au garage des
Halles dans le 1er arrondissement.
Dans une ville de province comme Belfort, dans l'est du pays, il est entre 1,31 euros et 1,42
euros.
Pour l'UFC-Que Choisir, ces prix élevés profitent de plus en plus aux distributeurs qui ont
gonflé leurs marges depuis la fin de l'année dernière, bafouant selon elle au passage les
promesses formulées lors d'une réunion à Bercy le 10 novembre dernier.
Lors de cette réunion avec la ministre de l'Economie Christine Lagarde, les distributeurs
s'étaient engagés, comme en 2005 et 2006, à ne pas profiter de la hausse des cours du brut
pour augmenter leurs profits. Ils promettaient de "lisser" les hausses à la pompe et de modérer
les marges.
"Depuis cette date, la marge de distribution, au lieu de diminuer, s'est accrue et a atteint des
niveaux historiquement élevés", dit l'UFC-Que Choisir dans un communiqué.
En décembre, selon elle, la différence entre la cotation "Rotterdam" du carburant, référence
européenne, et le prix hors taxe des carburants facturés en France était de 8,8 centimes au
litre pour l'essence et de 9,5 centimes au litre pour le gazole, contre des chiffres de 7 centimes
en octobre.
"En d'autres termes, la négociation ministérielle, qui visait à tasser les marges de distribution,
a produit l'effet exactement inverse (... ) Ces comportements témoignent de la vacuité des
réunions entre un ministre de l'Economie et des groupes pétroliers", dit l'UFC.
MISSION PARLEMENTAIRE ?
Elle demande la constitution d'une mission d'évaluation et de contrôle à l'Assemblée nationale
pour faire un bilan des engagements des groupes pétroliers et formuler des propositions sur les
prix, les investissements des pétroliers dans le raffinage et la recherche d'autres carburants
que le pétrole.
En visite dans une usine de sous-traitance automobile à Villeneuve-la-Garenne
(Hauts-de-Seine), Christine Lagarde a implicitement démenti ces affirmations. Interrogé par
Reuters, son cabinet a expliqué que les marges de distribution étaient très fluctuantes. Les
pétroliers n'auraient pas gonflé leurs profits mais répercuté des coûts de transport en hausse
en raison des grèves SNCF.
"Je suis contente qu'on ait négocié avec les producteurs-distributeurs de pétrole au mois de
novembre pour obtenir de leur part un engagement de répercuter les baisses immédiatement et
de lisser les hausses. C'est ce qu'ils font actuellement", a déclaré Christine Lagarde.
"Ils continuent à le faire. On va être extrêmement vigilant pour s'assurer que c'est bien le
cas", a-t-elle ajouté.
Elle estime que la France se place bien en Europe grâce à des approvisionnements en énergie
diversifiés et se prononce contre une modification du niveau de la TVA ou de la TIPP sur les
carburants. Les taxes représentent, suivant les cas, plus de la moitié, voire plus de 60% des prix
à la pompe.
"Je ne vous dirais pas aujourd'hui, il faut augmenter ou diminuer la TIPP ou la TVA sur les
produits pétroliers, ça serait totalement inexact et malhonnête intellectuellement parce qu'il
faut regarder tous les prélèvements ensemble", a-t-elle dit.
Thierry Lévêque, Jean-Baptiste Vey
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