La droite française sera ferme avec Londres

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Si les Français élisent au printemps 2017 Alain Juppé, comme le prédisent les sondages, le gouvernement conservateur britannique doit s'attendre à une attitude au moins aussi ferme dans la gestion du Brexit que celle affichée par Paris aujourd'hui.

Son principal rival à droite, Nicolas Sarkozy, avait, lui, suggéré avant le référendum britannique de juin d'en profiter pour proposer un nouveau traité européen et offrir ainsi au Royaume-Uni une autre issue que sortir de l'Union européenne.

Une "occasion manquée", convient aujourd'hui l'entourage de l'ancien chef de l'Etat, contraint de prendre acte de la volonté exprimée par une majorité de Britanniques, même s'il juge plus que jamais nécessaire et urgente une "refondation de l'Europe".

"Pour lui, l'Europe doit d'abord se refonder pour elle-même, parce que c'est une question de survie", souligne son conseiller diplomatique, Pierre Régent. "Pas pour les Britanniques."

Les deux principaux candidats à la primaire de droite affichent donc une même exigence de "cohérence" : pas question de permettre au Royaume-Uni de continuer à bénéficier des avantages du marché unique européen tout en s'affranchissant notamment de la libre circulation des personnes.

"Theresa May dit 'Brexit is Brexit'. Nous disons 'out is out'", souligne l'ancien ministre des Affaires européennes Alain Lamassoure, le "Monsieur Europe" d'Alain Juppé.

"Il ne s'agit pas de punir les Anglais (...) Mais on ne sacrifie pas les principes sur lesquels la famille est fondée pour rendre le divorce moins douloureux à celui qui s'en va."

Les deux hommes souhaitent en outre attirer en France les sociétés internationales aujourd'hui installées à Londres et enjamber le plus vite possible l'étape ouverte par le référendum britannique, pour se pencher sur les maux de l'UE réduite à 27.

"Je suis prêt à une négociation pragmatique, organisant de manière ordonnée la sortie du Royaume-Uni (de l'UE) mais non à un marchandage interminable, qui absorberait toute l'énergie des Européens", a déclaré Alain Juppé lundi à l'Institut Montaigne.

UNE DIPLOMATIE BRITANNIQUE "REDOUTABLE"

Il est urgent que les 27 exposent clairement leurs lignes rouges, explique l'eurodéputé Alain Lamassoure, un inspirateur de l'article 50 du traité européen de Lisbonne, que Londres doit invoquer pour déclencher la procédure de retrait de l'UE.

"Il ne faut pas se contenter d'attendre ce que sera la position du gouvernement britannique", souligne-t-il. "Ce serait tactiquement une très grave erreur" compte tenu de "l'habileté redoutable" de la diplomatie du Royaume-Uni.

Le principal enjeu des négociations à venir est le maintien ou non du Royaume-Uni dans le marché unique européen.

L'exigence de respect de la liberté de circulation des personnes, pendant de celle des biens, des services et des capitaux fait déjà l'objet d'un quasi-consensus à 27.

Il serait par ailleurs "totalement inacceptable" que Londres parvienne à "continuer d'inspirer la législation européenne de l'extérieur alors que les Britanniques ont choisi de partir", explique Alain Lamassoure.

Selon lui, ils feront tout pour rester dans le marché unique tout en prétendant "participer au processus de décision", fût-ce indirectement par le biais d'un processus de consultation sur les sujets touchant à leurs intérêts.

Un "danger" selon lui encore mal perçu, alors que c'est le type de disposition "qu'on signe assez facilement après 48 heures de négociation non stop, à deux heures du matin".

Pour Alain Juppé, le maintien dans le marché unique n'est acceptable que sous la forme accordée aux Norvégiens et aux Suisses, avec une cotisation annuelle au budget européen (qui pourrait être plus élevée que la contribution britannique actuelle) et le respect de toutes les législations européennes présentes et futures sans participer à leur élaboration.

NOUVEAU TRAITÉ OU TRAITÉ DE LISBONNE ?

Pour Nicolas Sarkozy, il ne s'agit pas non plus de "laisser le Royaume-Uni conserver ce qui l'arrange et se débarrasser de ce qu'il ne veut plus", explique à Reuters Pierre Régent.

L'ex-chef de l'Etat estime cependant que "la vraie priorité pour l'Europe aujourd'hui c'est de se refonder" et entend aller à Berlin proposer cette refondation après son élection, s'il revient à l'Elysée, confie son conseiller.

"Sa conviction est que beaucoup d'autres peuples européens interrogés dans les mêmes circonstances que les Britanniques auraient pu donner une réponse similaire", ajoute-t-il.

Il a aussi promis d'aller à Londres après son éventuelle élection pour négocier un nouvel accord sur les migrants qui affluent à Calais dans l'espoir de se rendre au Royaume-Uni.

"A cette occasion, il sera bien entendu amené à parler aussi du Brexit (...) et de sa proposition de refondation de l'UE avec Theresa May", souligne Pierre Régent.

Nicolas Sarkozy défend toujours l'idée d'un nouveau traité instaurant une "Europe des frontières" et un gouvernement de la zone euro, tout en ramenant les compétences de la Commission et de l'Union européenne à un nombre réduit de priorités.

"Libre aux dirigeants du Royaume-Uni, le moment venu, une fois l'Europe refondée, de reposer s'ils le souhaitent aux Britanniques la question de leur appartenance à l'Union", fait valoir son conseiller diplomatique.

Là réside une des principales divergences entre l'ancien chef de l'Etat et le maire de Bordeaux, qui juge un nouveau traité inutile et trop long à négocier et à ratifier.

"Le traité de Lisbonne est une boîte à outils sous-utilisée dans laquelle nous avons tout ce qu'il faut pour conduire les politiques dont nous avons besoin", dit Alain Lamassoure.

Selon lui, Alain Juppé estime que la sortie du Royaume-Uni de l'UE rendra possible des avancées européennes jusqu'ici impossibles à cause de l'opposition des Britanniques.

Si Alain Juppé remporte la primaire le 27 novembre, à quelques mois d'élections générales en Allemagne, il souhaite ainsi sceller avec la chancelière Angela Merkel un accord sur "au moins deux ou trois points" européens afin "d'avoir des éléments de programme commun avec la CDU", dit Alain Lamassoure.

(Edité par Yves Clarisse)


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