La candidature Fillon à double tranchant pour le FN

par Simon Carraud et Ingrid Melander

PARIS (Reuters) - L'investiture de François Fillon à la présidentielle de 2017 réjouit en public le Front national (FN), qui a lancé sans attendre ses premières attaques contre le nouveau chef de file de la droite sur le terrain économique et social.

Mais les analystes se montrent plus circonspects sur l'effet Fillon, qui pourrait être à double tranchant pour la formation d'extrême droite, soudain concurrencée sur les thématiques régaliennes et auprès de certaines franges de l'électorat.

"C'est un excellent candidat pour nous", veut croire le vice-président du FN Florian Philippot en parlant de François Fillon, à qui les électeurs ont réservé dimanche un plébiscite au second tour de la primaire de la droite, avec environ deux tiers des suffrages, aux dépens d'Alain Juppé.

Selon l'eurodéputé frontiste, la victoire de Marine Le Pen face au porte-drapeau de la droite paraît "tout à fait jouable" dans l'hypothèse d'un duel en mai 2017.

Car il ne voit pas de risque que ce rival inattendu, longtemps éclipsé par Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, empiète sur les plates-bandes du FN, malgré son profil d'homme de droite orthodoxe, conservateur assumé et catholique revendiqué.

Au contraire, ajoute ce proche de Marine Le Pen, puisque l'ancien chef du gouvernement porte "l'entière responsabilité" du quinquennat 2007-2012 qu'il a intégralement passé à Matignon.

"La deuxième raison, et c'est peut-être la principale, c'est qu'il a un projet (...) qui est très dur, qui ne peut pas rassembler une majorité de Français", affirme Florian Philippot.

"Son programme économique et social est tellement rude qu'il ruine tous les efforts faits à côté", insiste-t-il, en citant des éléments comme la volonté d'augmenter la TVA de deux points, de supprimer 500.000 postes de fonctionnaires ou de "désétatiser" le système de santé.

"RISQUE"

Marine Le Pen a déclenché dès dimanche la première salve en dénonçant sur Europe 1 "le pire programme de casse sociale qui n'ait jamais existé".

"On va se trouver véritablement projet contre projet", a ajouté la présidente du FN.

Ce choix de faire apparaître François Fillon comme le champion d'une droite ultra-libérale et brutale sur le plan social sert en ce sens la stratégie présidentielle du FN, désireux de se positionner durant la campagne à venir comme le parti du rassemblement, par-delà le clivage gauche-droite.

Le parti a donc commencé à roder dès dimanche ses arguments anti-Fillon en publiant une vidéo du coordinateur de la campagne de Marine Le Pen, David Rachline, et en faisant circuler sur les réseaux sociaux des citations attribuées à l'ex-Premier ministre, assorties du mot-clef LeVraiFillon.

Mais l'investiture de l'ex-"collaborateur" de Nicolas Sarkozy, qui a opté durant la primaire pour une ligne plus à droite que son rival Alain Juppé, représente aussi un "risque", de l'aveu de Marion Maréchal-Le Pen.

"La grande différence entre Alain Juppé et François Fillon, c'est que l'un dit ce qu'il pense et l'autre pas et en tout cas veut faire croire qu'il appliquera une politique différente d'Alain Juppé", a-t-elle jugé la semaine dernière sur LCI.

"C'est là où il y a un risque de manipulation de l'électorat, notamment de cet électorat de droite qui est resté longtemps orphelin et qui pourrait avoir le sentiment de trouver là un recours", a ajouté la députée du Vaucluse.

"REVENIR AU BERCAIL"

La carte du vote Fillon au second tour met en évidence le succès de l'ancien Premier ministre dans les territoires où le parti d'extrême droite est le mieux implanté.

Il a par exemple rassemblé dans le Var 79,4% des suffrages, soit plus de dix points de plus qu'au niveau national, et réalisé des scores du même ordre dans le Vaucluse (73,3%), les Alpes-Maritimes (77,4%) ou le Pas-de-Calais (73%).

"Personnellement, je pense que (la désignation de François Fillon) est plutôt mauvaise pour le FN", juge Jérôme Fourquet, de l'Ifop.

"D'un côte le programme libéral clairement affiché, les coupes dans les services publics, combinés à la faiblesse de la gauche, peuvent pousser un certain nombre d'électeurs a se dire que seul le FN défend les services publics", relève-t-il.

"Mais il y a aussi un électorat qui vote un coup FN, un coup à droite, qui veut un tour de vis sécuritaire, un discours fort sur l'islam, et le discours de François Fillon peut les faire revenir au bercail", poursuit-il.

Sylvain Crépon, sociologue l'université François-Rabelais de Tours, fait une analyse proche : "il y a toute une partie d'un électorat assez droitier, traditionaliste, et Fillon peut mordre sur cet électorat."

Le premier sondage d'Harris Interactive publié dimanche, après le second tour de la primaire, prévoit à ce stade une large victoire de François Fillon en cas de duel avec la présidente du FN en mai 2017, avec 67% des intentions de vote contre 37% à son adversaire potentielle.

(Edité par Yves Clarisse)


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