La BCE renoncerait à son statut de créancier privilégié

FRANCFORT (Reuters) - La Banque centrale européenne est prête à renoncer à son statut de créancier privilégié dans le cadre du nouveau programme de rachats d'obligations qu'elle doit annoncer jeudi au terme de sa réunion mensuelle, a-t-on appris mercredi de sources proches de l'institution.

La BCE a annoncé en août qu'elle achèterait des obligations espagnoles et italiennes afin d'endiguer l'envolée des coûts d'emprunts de ces pays, à condition toutefois que Madrid et Rome demandent au préalable le soutien du fonds d'aide de la zone euro et se conforment à des conditions strictes.

Le président de la BCE, Mario Draghi, devrait dévoiler jeudi les modalités détaillées de ce plan très attendu par les marchés financiers.

"Il y a un problème si les banques centrales insistent sur le statut de créancier privilégié, parce que plus le secteur public interviendra sur le marché obligataire, moins le secteur privé y aura intérêt", a dit l'une des deux sources qui ont toutes les deux eu accès aux documents préparatoires de la réunion.

Les sources ont ajouté que la BCE chercherait à "stériliser" ses nouveaux achats d'obligations d'Etat, mais l'une d'elles a ajouté que cette mesure n'était qu'une option envisagée.

L'une des sources a ajouté que la réunion de jeudi serait dominée par le nouveau plan d'achat de dettes et qu'il n'y aurait donc "pas le temps de discuter des taux d'intérêt". L'autre source a ajouté ne pas s'attendre à une baisse des taux.

La BCE a jusqu'à présent neutralisé tous ses rachats d'obligations souveraines afin d'en limiter les effets inflationnistes, en offrant aux banques la possibilité de déposer auprès d'elle un montant constamment égal à celui des obligations d'Etat qu'elle détient.

Si elle ne neutralisait pas ses achats, la BCE ouvrirait la porte à une forme d'"assouplissement quantitatif" ou à des rachats fermes d'actifs, une politique encore plus accommodante que les Etats-Unis, le Japon, et la Grande-Bretagne utilisent déjà mais à laquelle s'oppose l'Allemagne.

La Bundesbank, la banque centrale nationale allemande, a déjà dit qu'elle s'opposait au nouveau plan de rachats d'actifs, estimant que cela briserait le tabou du financement direct des Etats.

Selon les sources, Mario Draghi ne devrait pas entrer jeudi dans le détail des procédures de rachat, ni annoncer d'objectifs précis de taux d'intérêt ou de montants maximaux de rachats.

L'une d'entre elles a expliqué que le conseil des gouverneurs souhaitait conserver une marge de manoeuvre afin d'être en mesure de prendre des décisions au cas par cas.

Ilona Wissenbach, Nicolas Delame pour le service français, édité par Marc Angrand


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