FRANCFORT/BERLIN (Reuters) - La Banque centrale européenne a promptement douché lundi les spéculations sur la forme que pourrait prendre le nouveau plan de rachats d'obligations qu'elle envisage, déclarant qu'il est "trompeur" de parler de décisions qui n'ont pas encore été prises.
Dimanche, le magazine allemand Der Spiegel a rapporté que la BCE envisageait de fixer des seuils de taux d'intérêt pour les obligations souveraines de pays en difficulté et qu'elle ne rachèterait ces obligations que si elles étaient assorties d'un taux dépassant un certain seuil de prime par rapport au rendement du Bund équivalent.
"Il est absolument trompeur d'évoquer des décisions qui n'ont pas encore été prises, pas plus qu'elles n'ont été discutées par le conseil des gouverneurs de la BCE, qui interviendra strictement dans le cadre de son mandat", a déclaré un porte-parole de la BCE.
"S'agissant des déclarations de responsables gouvernementaux, il est également erroné de spéculer sur la forme que pourraient prendre des interventions futures de la BCE. La politique monétaire est indépendante et décidée strictement dans le cadre du mandat de la BCE", a-t-il ajouté.
L'euro a perdu du terrain après la mise au point de la BCE, touchant des plus bas de séance sous 1,23 dollar.
Quant au rendement de l'emprunt d'Etat espagnol à 10 ans, repassé ces derniers temps très en deçà de la barre des 7% jugés insoutenables à long terme, il s'inscrivait à 6,275% contre 6,25% auparavant.
Malgré les réticences de la Bundesbank, la Banque centrale européenne a fait au début août un pas vers un nouveau programme de rachat d'obligations pour diminuer les coûts d'emprunt italiens et espagnols.
Son président Mario Draghi a cependant laissé entendre que la BCE n'interviendrait pas avant septembre au plus tôt et qu'il faudrait avant cela que les pays en difficulté sur les marchés de dette en fassent la demande et acceptent de souscrire à des conditions strictes, une supervision européenne notamment.
Avant la mise au point de la BCE, le ministère allemand des Finances avait déjà fait savoir lundi matin qu'il n'avait pas connaissance d'un projet de la banque centrale visant les écarts de rendement (spreads) des obligations des pays en difficulté de la zone euro.
"Je n'ai pas connaissance de tels projets et je n'en ai pas entendu parler", avait dit à la presse un porte-parole du ministère. "De façon purement théorique, en termes abstraits, un tel instrument serait certainement très problématique."
UNE FEUILLE DE ROUTE POUR ATHÈNES
Des responsables gouvernementaux allemands ont par ailleurs déclaré que les discussions prévues vendredi entre la chancelière Angela Merkel et le Premier ministre grec Antonis Samaras aboutiraient à une nouvelle feuille de route pour l'aide à Athènes.
"Nous savons que la question de la Grèce sera au centre des discussions, mais la base pour toutes les décisions sur la Grèce est la troïka" (BCE, UE et FMI), a dit le porte-parole du gouvernement Steffen Seibert.
Il a également souligné que les discussions sur la Grèce devaient être prises conjointement avec les partenaires européens de l'Allemagne.
Antonis Samaras, cible du mécontentement social et politique en Grèce, devrait demander lors de sa rencontre avec Angela Merkel une prolongation de deux ans du délai prévu pour instaurer des réformes d'austérité budgétaire imposées par ses créanciers internationaux.
Le Premier ministre grec rencontrera aussi cette semaine le président français François Hollande, samedi à l'Elysée.
En tant que première économie européenne, l'Allemagne est le principal contributeur aux plans de soutien mis en place par la zone euro. L'impatience concernant les aides financières grandit dans l'opinion publique et la classe politique allemandes.
Stephen Brown et Madeline Chambers, Nicolas Delame et Blandine Hénault pour le service français, édité par Dominique Rodriguez
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