par Khaled Yacoub Oweis
AMMAN (Reuters) - L'opposition à Bachar al Assad accuse l'armée syrienne de s'être livrée à un massacre à Daraya, localité de la banlieue de Damas tenue par les rebelles et récemment reprise par les troupes gouvernementales.
Au moins 200 cadavres, principalement des femmes et des enfants, ont été retrouvés dans des maisons et dans des caves dans les environs de Daraya. Selon les insurgés, les victimes ont été exécutées de manière sommaire par les soldats lorsqu'ils ont repris le contrôle de la ville maison par maison.
Ces décès porteraient à 270 morts le bilan de l'offensive lancée par les forces gouvernementales contre cette localité majoritairement sunnite située au sud de Damas, selon l'opposition.
Les chiffres fournis par les opposants à Assad n'ont pas pu être vérifiés de manière indépendante.
"L'armée d'Assad a commis un massacre à Daraya", a dit Abou Kinan, un insurgé de la localité, utilisant un pseudonyme afin de protéger son identité.
Une vidéo réalisée par les insurgés montre de nombreux cadavres de jeunes hommes, touchés par balle à la tête et à la poitrine, alignés les uns à côté des autres dans la mosquée Abou Souleiman al Darani.
"Un massacre", commente la voix de l'homme qui semble avoir pris ces images. "Vous voyez là la revanche des forces d'Assad, plus de 150 corps sur le sol de cette mosquée".
De son côté, l'agence de presse officielle syrienne a annoncé: "nos forces armées héroïques ont nettoyé Daraya des derniers groupes armés terroristes qui ont commis des crimes contre les fils de la ville et ont saboté et détruit des biens publics et privés".
EXÉCUTIONS DANS LES DEUX CAMPS
Le comité de coordination de Daraya, qui tente d'organiser l'opposition locale, affirme dans un communiqué que huit membres d'une même famille, les Kassaa, figurent parmi les personnes tuées de balles dans la tête: trois enfants, leur père, leur mère et trois autres parents.
Mohamed Hour, un autre activiste de Daraya, a déclaré que 36 cadavres de jeunes hommes avaient été découverts durant la matinée dans un bâtiment, où se trouvaient aussi de nombreuses personnes grièvement blessées. Ces dernières n'ont pas pu être transférées dans les hôpitaux de la région, qui sont gardés par l'armée, a ajouté cet opposant.
"Nous sommes en train d'identifier les corps et de déterminer comment ils sont morts. Selon les premiers éléments, ils ont pour la plupart été tués de balles tirées à bout portant au visage, dans le cou et dans la tête, à la manière d'exécutions", a- t-il déclaré par téléphone.
"Des femmes appartenant à au moins deux familles ont dit que les soldats avaient tué leurs frères sous leurs yeux", a-t-il ajouté.
L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), basé à Londres et dirigé par Rami Abdelrahman, membre de l'opposition, a déclaré avoir été informé de la découverte de dizaines de corps à Daraya sans avoir pu déterminer de manière certaine la façon dont les victimes avaient été tuées.
L'armée est entrée vendredi dans le centre de Daraya, une des villes à majorité sunnite de la banlieue de Damas, après trois jours de pilonnage.
Un rapport établi par les observateurs de l'Onu note que les deux parties en conflit en Syrie se livrent à des exécutions sommaires mais que les troupes gouvernementales et les milices loyalistes utilisent cette pratique de manière plus systématique.
Le rapport indique que les soldats syriens ont massacré plus de 100 civils dans la ville d'Houla en mai, exactions dont le gouvernement a ensuite imputé la responsabilité à des "terroristes" islamistes.
Selon un décompte de l'Onu, plus de 18.000 personnes, principalement des sunnites opposés au régime d'Assad, ont péri depuis le début du soulèvement en Syrie il y a 18 mois.
Agathe Machecourt, Marine Pennetier et Bertrand Boucey pour le service français
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