PARIS (Reuters) - Jérôme Kerviel, le trader auquel la Société générale impute une perte record de 4,9 milliards
d'euros, a confirmé lundi devant les juges d'instruction avoir agi seul et condamne l'attitude de sa banque, apprend-on
de source judiciaire.
Lors d'une deuxième audition de huit heures devant les juges Renaud Van Ruymbeke et Françoise Desset, le jeune
homme, qui est désormais "protégé" ou surveillé par la police, a confirmé intégralement la version des faits déjà livrée
à la police, dit-on de sources concordantes.
Il a expliqué que "la banque cachait ses vraies pratiques en lui faisant porter seul la responsabilité de l'affaire",
a-t-on déclaré à Reuters. Il affirme toujours qu'il avait l'autorisation tacite de sa hiérarchie pour agir.
"Ça avance tranquillement, ça se passe bien. Il est en bonne santé et répond aux questions car il n'a rien à cacher",
a dit à Reuters Christophe Reille, spécialiste de la communication à son service. Comme avocat, le trader a conservé
Me Elisabeth Meyer mais a donné congé au bâtonnier Christian Charrière-Bournazel.
Christophe Reille, ex-journaliste, a déjà effectué des prestations de conseil pour l'oligarque russe Mikhaïl
Prokhorov, arrêté en janvier 2007 dans une affaire de proxénétisme et aussi Denis-Gautier Sauvagnac, ex-président
de l'organisation patronale UIMM, mis en examen pour abus de confiance.
Jérôme Kerviel, 31 ans, a admis en garde à vue les 26 et 27 janvier avoir pris des positions sur des produits
financiers liés à des indices boursiers européens pour un montant astronomique de 50 milliards d'euros.
Il admet aussi avoir caché par des faux le fait qu'il n'avait pas pris des engagements parallèles pour couvrir,
comme c'est, selon la Société générale, la règle.
"BOUC ÉMISSAIRE"
Il explique toutefois que sa hiérarchie fermait les yeux sur ses prises de risque et que ses pratiques étaient aussi
celles d'autres traders de la Société générale. C'est la banque, en liquidant les positions litigieuses du 21 au 23
janvier, en plein krach boursier, qui a matérialisé la perte, souligne-t-il.
Dans un entretien à l'Agence France Presse, que l'agence publie sur son site internet, le trader reconnait sa part
de responsabilité, mais accuse la Société générale.
"J'ai été désigné (comme unique responsable) par la Société Générale. J'assume ma part de responsabilité mais je
ne serai pas le bouc émissaire de la Société Générale", dit-il.
Les juges Renaud van Ruymbeke et Françoise Desset ne l'avaient entendu que très sommairement une première fois,
lors de sa mise en examen le 28 janvier pour "faux, usage de faux, abus de confiance, introduction dans un système de
traitement automatisé de données".
La chambre de l'instruction doit examiner vendredi l'appel du parquet contre sa remise en liberté sous contrôle
judiciaire.
Selon une source policière, des policiers sont chargés "discrètement" de le "protéger", sur demande du ministère
de l'Intérieur. Christophe Reille assure qu'il n'est pas au courant. "Il n'a demandé aucune protection", dit-il.
"Ce garçon fait l'objet de pressions des médias (...) de toute une série de gens qui veulent obtenir ces confidences,
il est naturel qu'il soit protégé", a déclaré sur RTL la ministre de l'Economie Christine Lagarde.
Cette mise sous contrôle policier, si elle est confirmée, serait à la frontière du droit, puisque le contrôle judiciaire
imposé au trader ne comporte par d'obligations à ce sujet.
Le parquet du tribunal évoque pour demander son emprisonnement des risques de pression de la Société générale
sur lui, des risques de concertation frauduleuse, de fuite à l'étranger et dit craindre un acte désespéré. Le cabinet du
procureur général Laurent Le Mesle, son supérieur, déclare qu'il est "trop tôt" pour savoir s'il appuiera cette
demande.
Parallèlement au cas Kerviel, les juges d'instruction et les policiers poursuivent les investigations à la Société
générale, dont plusieurs cadres ont été entendus.
Thierry Lévêque
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