Hollande et Valls jouent l'apaisement après avoir frôlé la crise

par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - François Hollande et Manuel Valls se sont efforcés lundi de faire baisser la tension née la veille des propos du Premier ministre évoquant sa candidature à l'élection présidentielle.

Au terme d'un week-end de forte tension, un déjeuner entre les deux hommes à l'Elysée avait notamment pour objectif de clarifier la stratégie de la majorité pour 2017, alors que le chef de l'Etat, impopulaire et affaibli, doit annoncer prochainement s'il brigue ou non un second mandat.

Pour Manuel Valls, cité par son entourage, "il ne peut pas y avoir de crise institutionnelle" dans un pays où règne la menace terroriste.

"Il a expliqué qu'il ne pouvait pas y avoir, dans ce moment très précis pour la France, de confrontation politique entre un président de la République et un Premier ministre", a-t-on ajouté. "Et ce, encore moins entre deux personnalités dont les rapports sont basés sur la confiance."

Aux dires d'un membre de l'entourage de François Hollande, l'"explication claire et franche" réclamée en début de journée par le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, s'est transformée en discussion "cordiale et studieuse".

"C'EST LE PRÉSIDENT QUI DÉCIDE"

Après un déjeuner en tête-à-tête, président et Premier ministre ont été rejoints pour le café par la directrice de cabinet de Manuel Valls, Véronique Bedague-Hamilius, et le secrétaire général de l'Elysée, Jean-Pierre Jouyet.

François Hollande et Manuel Valls sont apparus souriants au moment du départ du Premier ministre, qui s'est ensuite envolé pour la Tunisie.

Cette mise au point est intervenue au terme de semaines de tension au sommet de l'Etat sur fond de pression de la part des proches de Manuel Valls, qui a déclaré dans le Journal du dimanche qu'il était "prêt" à participer à la primaire que la gauche organise en janvier pour l'élection présidentielle. Des propos considérés par le camp "hollandais" comme un affront au chef de l'Etat.

"Ce que fait Valls n'est pas clair car on n'est pas au bout de la séquence", analysait lundi un proche de François Hollande. "Cela fait longtemps que le Premier ministre considère que le président doit réfléchir avant de se lancer, ce qui d'un certain point de vue n'est pas faux. Mais c'est le président qui décide, et c'est lui parlera", a-t-il fait valoir.

Lundi matin sur Europe 1, Stéphane Le Foll a écarté l'idée d'une confrontation Hollande-Valls à la primaire PS, dans une allusion au président de l'Assemblée nationale Claude Bartolone, qui a émis le souhait que les deux têtes de l'exécutif participent à un scrutin le plus ouvert possible.

"Ça n'existe pas, ça ne peut pas s'imaginer, sauf dans des esprits qui ont un peu tendance à confondre leur ressentiment personnel avec l'intérêt général", a-t-il dit.

Une explication entre les locataires de l'Elysée et de Matignon s'imposait pour tenter de redonner un cap à une gauche balkanisée, alors même que la droite vient de désigner François Fillon pour la représenter en 2017, à l'issue d'une primaire populaire et incontestée.

"RIEN D'IRRÉPARABLE N'A ÉTÉ DIT"

Elle était aussi réclamée par le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, à la tête d'un parti aux abois particulièrement indiscipliné.

Sur France 2, le patron des socialistes a tenté de calmer les esprits, préférant parler de "discussion" plutôt que de "crise" au sein de l'exécutif.

"Rien d'irréparable n'a été dit", a-t-il souligné.

Pour Stéphane Le Foll, une entrée effective de Manuel Valls dans la course à l'Elysée se traduirait forcément par un départ de Matignon. "A ce moment-là, il n'est plus Premier ministre, c'est aussi simple que ça", a-t-il dit.

Signe de la nervosité ambiante, l'Elysée a formellement démenti dimanche soir les rumeurs de changement de Premier ministre, réclamé par certains proches du président et des candidats déclarés à la présidentielle comme Arnaud Montebourg et Emmanuel Macron.

Ce week-end politiquement embouteillé a aussi vu l'annonce de la candidature à l'Elysée de la représentante du Parti radical de gauche, Sylvia Pinel, et le soutien du Parti communiste au candidat de "France insoumise", Jean-Luc Mélenchon. Deux candidatures annoncées hors primaire du PS.

Cette semaine de tous les dangers pour le couple exécutif doit s'achever samedi par un rassemblement de la Belle alliance populaire, mouvement lancé par le PS pour tenter de mettre en ordre de bataille une primaire "ouverte" désormais compromise.

(Avec Jean-Baptiste Vey et Yann Le Guernigou, édité par Yves Clarisse)


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