François Bayrou prend ses distances avec Nicolas Sarkozy

PARIS (Reuters) - François Bayrou, qui réserve son choix pour le second tour de l'élection présidentielle, a jugé mercredi "absurdes" et "offensants" les propos de Nicolas Sarkozy dressant un parallèle entre ses électeurs centristes et ceux du Front national.

Une position interprétée comme un choix avant l'heure, une prise de distance avec le président sortant dont il fustige la chasse aux thèses du FN. L'adversaire de Nicolas Sarkozy, le socialiste François Hollande, s'est toutefois refusé à en déduire un soutien implicite à sa candidature.

Nicolas Sarkozy, dans une interview accordée à l'Association des journaux de l'Est de la France, affirme qu'"il n'y a aucune contradiction entre le souhait de François Bayrou de réduire les déficits publics et celui de Marine Le Pen de contrôler l'immigration qui pèse sur les comptes sociaux".

Le président sortant, qui aborde le second tour avec une faible réserve de voix, tente de capter dans cette campagne d'entre-deux-tours les voix du FN (17,9%) et du MoDem (9,13%) en alternant thématiques d'extrême droite, avec insistance, et thématiques centristes, avec une moindre constance.

"Les propos de Nicolas Sarkozy tendant à confondre les électeurs qui ont voté pour moi et ceux de Marine le Pen sont absurdes et offensants", écrit François Bayrou sur Twitter.

Il estime que "valider" ainsi la thèse du FN sur l'immigration, "c'est renier un demi-siècle de politique sociale".

BAYROU "DIT DES MOTS JUSTES"

François Bayrou, relégué en cinquième position à l'issue du premier tour après avoir divisé par deux son score de 2007, s'est engagé à "prendre es responsabilités" dans le duel opposant le socialiste au président sortant.

Le dirigeant centriste devait leur adresser un courrier appelant leurs réponses sur les priorités qu'il a défendues durant la campagne : désendettement, moralisation de la vie publique, lutte contre la désindustrialisation, éducation.

Interrogé lors d'une conférence de presse sur les critiques du dirigeant centriste envers Nicolas Sarkozy, François Hollande a souligné mercredi qu'il aurait "pu dire la même chose" sur la "course" du président-candidat pour "attraper les thèses, des mots, des phrases" de Marine Le Pen.

François Bayrou "dit des mots justes concernant Nicolas Sarkozy, mais il en dira peut-être d'autres à mon égard. Donc, je ne veux surtout pas donner l'impression de tirer un propos pour un compte personnel", a-t-il expliqué. "C'est à lui de donner son choix lorsqu'il le jugera utile".

Le député de Corrèze a précisé ne pas avoir reçu la lettre du dirigeant centriste.

Une fois connues les réponses des finalistes, François Bayrou donnera une éventuelle consigne de vote le 3 mai, au lendemain du débat télévisé entre les deux candidats.

MISE EN GARDE DE COHN-BENDIT

Mais ses soutiens n'ont pas attendu pour faire valoir leurs intentions personnelles, du vice-président du MoDem Jean-Luc Bennahmias, qui votera François Hollande, au sénateur Jean Arthuis, qui appelle à voter Nicolas Sarkozy.

Cette dernière annonce - ajoutée à celles des deux conseillers économiques de François Bayrou, l'eurodéputé Robert Rochefort, qui "ne votera pas Nicolas Sarkozy", et Jean Peyrelevade, qui se prononce nommément pour François Hollande - a irrité François Bayrou, qui s'est engagé cette année à une décision "collégiale" après le cavalier seul de 2007.

Mercredi, c'est le ministre centriste de la Justice Michel Mercier, ex-trésorier du MoDem, qui invite à voter Nicolas Sarkozy le 6 mai avec les deux sénateurs centristes du Rhône, Muguette Dini et Jean-Jacques Pignard.

François Bayrou avait refusé de trancher en 2007 entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, provoquant la désertion de la majorité de ses soutiens. Il a promis "un choix clair" pour 2012, qui pourrait se résumer à une position de neutralité, selon plusieurs membres du MoDem.

Dans une interview au Parisien-Aujourd'hui en France, l'eurodéputé d'Europe Ecologie-Les Verts Daniel Cohn-Bendit met en garde le centriste contre un non-choix qui reconduirait Nicolas Sarkozy au pouvoir.

"L'intérêt de la France, dont Bayrou parle tout le temps, c'est maintenant d'en finir avec la présidence de l'UMP. Sarkozy allant de plus en plus à droite, c'est au nom de l'intérêt national qu'il doit être battu", analyse-t-il.

Sophie Louet, édité par Yves Clarisse


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