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Face au FN, Fillon radicalise encore son discours

Face au FN, Fillon radicalise encore son discours

Face au FN, Fillon radicalise encore son discours
Crédit photo © Reuters

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - En fustigeant pour la première fois dans ses meetings "le racisme anti-français", François Fillon a non seulement franchi un pas rhétorique en empruntant au discours du Front national mais confirmé sa stratégie de radicalisation pour s'assurer le soutien du noyau dur de l'électorat de droite.

"J'exècre tous les racismes, dont le racisme anti-français", a déclaré jeudi soir le candidat de la droite et du centre à la présidentielle lors d'une réunion publique à Caen (Calvados), avant un long week-end destiné à préparer le premier débat télévisé d'avant le premier tour, lundi soir.

Les élans "patriotes" de l'ancien Premier ministre sont communs dans ses discours mais il s'était jusqu'à présent interdit d'utiliser cette expression popularisée en son temps par Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national.

"C'est un emprunt net à la sémantique de l'extrême droite. Néanmoins, on ne peut pas parler de basculement, parce que de tels propos s'inscrivent en réalité dans la continuité de l'évolution sémantique de la droite depuis de nombreuses années", relève l'historienne Valérie Igounet dans L'Obs.

Avant que la crise liée aux ennuis judiciaires de François Fillon ne s'empare de la droite et du centre, les éléments les plus modérés de l'équipe de campagne, au premier rang desquels les "juppéistes", s'étaient déjà inquiétés des thématiques prédominant dans le discours du candidat : lutte contre l'immigration "non contrôlée", encadrement "serré" du culte musulman, guerre contre les "voyous"...

"ÉQUATION SUICIDAIRE"

Le 6 mars, en annonçant qu'il renonçait à concourir à la place du candidat "balafré" au lendemain de sa démonstration de force du Trocadéro, Alain Juppé avait estimé que "le noyau des militants et sympathisants LR s’[était] radicalisé".

François Fillon lui avait répondu que les dizaines de milliers de manifestants du 5 mars n'étaient pas des "extrémistes" mais des "citoyens responsables".

"Contre Mme Le Pen, je suis le rempart d’une France qui a du bon sens, une France qui veut se redresser et pas s’appauvrir derrière ses frontières", avait-il lancé à Orléans.

"Le mot est blessant", avait poursuivi le député de Paris dans une récente interview aux Echos. "Il n'y a pas de radicalisation, le projet n'a pas changé, il n'est pas plus à droite. (...) Il n'y a pas de radicalisation, mais de la colère, oui."

"On est pris entre le marteau et l’enclume à court terme et on est menacés de disparition à moyen terme. A court terme, on est embarqués dans la campagne de François Fillon dont on partage 95% du programme mais de moins en moins les slogans et le populisme", explique un élu "juppéiste" qui pronostique une défaite.

Depuis le début de ses démêlés judiciaires, François Fillon a de fait "droitisé" sa campagne avec la volonté de juguler la fuite des sympathisants LR et de solidifier son socle électoral, autour de 20% dans les sondages, face à l'avance de Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Mais ce noyau ne suffit pas pour l'heure à garantir sa qualification pour le second tour.

"Après la défaite, (Laurent) Wauquiez et (François) Baroin vont prendre la main et radicaliseront encore la ligne. La droite modérée sera rendue responsable de la défaite. C’est une équation perdante et suicidaire", juge ce même élu "juppéiste".

Les ex-soutiens de Nicolas Sarkozy, qui était parvenu pour l'emporter en 2007 à "siphonner" une partie des suffrages du FN en cédant à un mimétisme rhétorique et thématique avec l'extrême droite, ont "pris le pouvoir" dans l'équipe de François Fillon depuis les défections en cascade provoquées par l'annonce de sa mise en examen, déplore un parlementaire "Les Républicains".

"REPLI NATIONALISTE"

"Laurent Wauquiez veut la direction du parti, il ne faut pas lui céder", déclare-t-il.

Dans la ligne des thèmes de campagne du FN, le président LR de la région Auvergne-Rhône-Alpes a pris la tête d'un combat identitaire en plaidant pour l'usage obligatoire du français sur les chantiers : "la clause Molière". Il a été imité dans d'autres régions contrôlées par la droite - Normandie, Hauts-de-France et Ile-de-France - mais aussi à gauche.

François Fillon a déclaré mercredi sur Radio classique ne pas "critique[r] ceux qui sont favorables à la clause Molière".

"Je désire aller plus loin. Je veux une remise en cause complète du statut de travailleur détaché. (...) Il ne doit pas y avoir de dumping social se traduisant par l’élimination de travailleurs français sur des chantiers français", a-t-il dit.

L'un de ses proches, le président LR du Sénat Gérard Larcher, a dit son opposition à cette mesure. "Que diraient les Lorrains qui travaillent au Luxembourg si ce pays leur demandait de parler luxembourgeois?", a-t-il notamment déclaré sur Public Sénat.

L'eurodéputée LR Elisabeth Morin-Chartier, qui a soutenu Alain Juppé durant la primaire de la droite et du centre, a mis en garde dans une lettre adressée le 10 mars à François Fillon contre "le piège du repli nationaliste".

"L'identité de notre famille politique se base sur l'impératif de responsabilité : c'est ce qui nous différenciera toujours des dérives du socialisme et des délires du Front national", écrit-elle.

(Avec Yves Clarisse, édité par Yann Le Guernigou)


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