Euro: duel au sommet de l'aristocratie européenne

par Simon Evans

KIEV (Reuters) - La finale de l'Euro opposera dimanche deux membres éminents de l'aristocratie du football européen, avec d'un côté l'Espagne, déterminée à maintenir son hégémonie sur le continent, et de l'autre l'Italie, ragaillardie et prête à mettre fin au règne ibère.

Les clubs des deux nations ont raflé près de la moitié des titres de champions d'Europe - 25 - et se donnent rendez-vous tous les ans en Ligue des champions pour des affiches de gala.

Mais c'est la première fois que la Squadra Azzurra et la Roja s'affronteront directement dans une finale aux accents latins à Kiev (coup d'envoi à 18h45 GMT, ndlr), un trophée qui était convoité par seize équipes au début du mois de juin.

Aujourd'hui, personne ou presque ne remet en cause la légitimité des deux derniers rescapés du tournoi.

"Le vainqueur méritera d'être champion", a assuré le milieu de terrain espagnol Cesc Fabregas". "Nous avons été les deux équipes les plus régulières de la compétition."

Du haut des quatre Coupes du monde et de son titre européen vieux de 44 ans, l'Italie affiche le palmarès le plus riche, mais l'Espagne a imposé depuis quatre ans sa suprématie, à tel point qu'elle est aujourd'hui en mesure de faire tomber plusieurs records.

Jusqu'ici, aucune équipe n'a réussi à conserver son sacre européen. Et jusqu'ici, aucune équipe au monde n'a remporté trois trophées majeurs consécutifs. Pas même le Brésil, l'Argentine ou l'Allemagne du temps de leur splendeur.

L'Allemagne triomphante des années 1970 avait bien atteint la finale de l'Euro à trois reprises, mais elle avait trébuché sur la Tchécoslovaquie en 1976, entre deux sacres.

Couverte de gloire, la génération des Andres Iniesta, Xavi ou Sergio Ramos resterait, en cas de sacre à Kiev, dans les mémoires comme l'une des meilleures équipes de l'histoire du football.

En revanche, une défaite au terme d'un tournoi au cours duquel la Roja, adossée à une défense hermétique et jalouse de sa possession de balle, a rarement réussi à emballer le coeur des spectateurs, mettrait un frein brutal à sa glorieuse épopée. Et elle amènerait à relativiser la place de l'Espagne dans le panthéon du football.

Le défi qui se présente aux Espagnols est donc immense, d'autant que les Italiens, qui se sont subitement convertis aux vertus du jeu offensif, proposent depuis plusieurs semaines un jeu très séduisant.

"UN POINT LIMITE"

La finale offrira donc une opposition de style entre deux équipes à l'état d'esprit bien différent.

Pour se qualifier, l'Espagne a dû attendre l'éprouvante séance de tirs au but contre le Portugal au bout d'une demi-finale qui s'est soldée par un 0-0 après 120 minutes de jeu. L'Italie a, en revanche, dompté l'Allemagne (2-1), qui faisait jusque-là figure de prétendante très sérieuse.

Certes, les hommes de Vicente del Bosque n'ont cessé d'acquérir de l'expérience au plus haut niveau depuis quatre ans, mais leur éclat est quelque peu terni et l'usure guette des joueurs couverts de médailles.

"Les joueurs sont fatigués", a reconnu le stratège espagnol, qui avait porté la Roja sur le toit du monde en 2010.

"Nous sommes arrivés à un point limite. Ils sont usés par cette longue saison et j'espère qu'ils retrouveront la forme pour la finale", a ajouté Vicente del Bosque.

Les Italiens disposent, eux, d'un temps de repos écourté puisqu'ils ont joué leur demi-finale 24 heures après les Espagnols, mais ils ont démontré depuis le début du tournoi qu'ils étaient capables de surmonter toutes les épreuves.

Ils ont, en effet, fait une arrivée timide en Pologne après un revers cinglant contre la Russie le 1er juin (3-0) et un nouveau scandale de matches présumés truqués, si bien que peu d'observateurs auraient misé un euro sur une place de l'Italie en finale.

Il faut aussi se souvenir que les Azzurri ont été éliminés du Mondial sud-africain dès le premier tour, conclu par une défaite humiliante face à la Slovaquie.

L'Italie doit la résurrection de son équipe à Cesare Prandelli. En quelques semaines, le sélectionneur a réussi un tour de force que tous ses collègues doivent lui envier: insuffler à ses joueurs un esprit d'équipe.

L'alchimie a si bien pris que l'Italie a tenu tête à l'Espagne pour le premier match des deux équipes dans la compétition (1-1), le 10 juin dernier.

"Nous n'avons pas à les craindre", a prévenu l'entraîneur. "Nous avons encore progressé, à la fois physiquement et psychologiquement", a ajouté Cesare Prandelli en guise de mise en garde à l'adresse de ses futurs adversaires.

L'ancien entraîneur de la Fiorentina, qui a redonné vie à une équipe moribonde, n'est plus à un miracle près.

Simon Carraud pour le service français


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