Collision entre deux sous-marins nucléaires français et anglais

16/02/2009 à 18h20

par Peter Griffiths

PARIS/LONDRES (Reuters) - Deux sous-marins nucléaires français et britannique sont entrés en collision début février au cours de leurs manoeuvres respectives dans l'Atlantique, ont déclaré les marines des deux pays, confirmant des informations de presse.

Pour plusieurs experts, le choc aurait pu provoquer une catastrophe majeure en cas de rupture des coques, de déclenchement d'une munition conventionnelle ou d'un incendie, même si le risque d'une explosion nucléaire était quasiment nul.

Les munitions des deux submersibles, le Triomphant et le Vanguard, n'ont pas été endommagées, a déclaré l'amiral Jonathon Band, chef d'état-major de la Royal Navy, lors d'une conférence de presse à Londres.

Aucun responsable des deux pays n'a jusqu'ici expliqué comment deux engins aussi sophistiqués avaient pu entrer en collision en pleine mer, un événement rarissime.

Les sous-marins "sont entrés en contact brièvement à très basse vitesse alors qu'ils étaient en plongée. Il n'y a eu aucun blessé. Ni leurs missions de dissuasion ni la sûreté nucléaire n'ont été affectées", a souligné la marine nationale française dans un communiqué, une version reprise par l'amiral Band.

Les autorités britanniques ont indiqué dans un communiqué que "la capacité de dissuasion du Royaume-Uni n'a jamais été diminuée et que la sécurité nucléaire n'a pas été compromise".

Des quotidiens britanniques ont déclaré que les deux sous-marins avaient été fortement endommagés, des informations que ni Band, ni les ministères de la Défense des deux pays n'ont souhaité commenter.

Selon le Sun, le Vanguard, opérationnel depuis 1992, est revenu dans sa base de Faslane, dans l'est de l'Ecosse, avec la coque bosselée et des rayures. Le Vanguard est l'un des quatre sous-marins britanniques équipés du missile nucléaire Trident, composante du système de dissuasion du Royaume-Uni.

16 MISSILES NUCLÉAIRES

Dans un communiqué publié il y a dix jours, la marine nationale française avait déclaré que le Triomphant était entré en collision avec "un objet immergé (probablement un conteneur)" et que son dôme sonar avait été endommagé mais qu'il avait pu regagner par ses propres moyens la base de l'Ile-Longue à Brest.

Le Triomphant, entré en service en 1997, abrite 16 missiles nucléaires. C'est l'un des quatre sous-marins de la flotte française équipés de l'arme atomique.

Selon John Large, un expert indépendant spécialisé dans les questions nucléaires, l'incident aurait pu être bien plus dramatique. "Le vrai risque est d'avoir un incendie à bord provoqué par l'impact", a-t-il souligné. "Chaque ogive est dotée d'une charge explosive de 30 à 50 kilos."

La proximité des deux engins s'explique par le fait qu'ils ont des cibles similaires et doivent rester à portée de leurs bases respectives, dit-il.

Lee Willett, de l'institut royal pour les études de défense et de sécurité, l'incident est en partie due à la conception même des sous-marins. "Un sous-marin dissuasif doit par essence être le plus discret possible, afin de ne pas être repéré. Il n'est donc pas surprenant qu'ils ne puissent s'entendre."

La technologie anti-sonar est devenue si efficace qu'il est possible que les deux sous-marins ne se soient mutuellement pas détectés, a également supposé The Sun.

Un député du Parti national écossais, Angus Robertson, s'est demandé "comment il est possible qu'un sous-marin transportant des armes de destruction massive heurte un autre sous-marin transportant des armes de destruction massive dans le deuxième océan le plus vaste de la planète".

Les militants antinucléaires ont également donné de la voix. Le mouvement britannique Campaign for Nuclear Disarmament a déclaré qu'il s'agissait du pire accident impliquant un sous-marin nucléaire depuis le naufrage du submersible russe Koursk en 2000.

En France, le réseau Sortir du nucléaire a constaté que "c'est seulement après la révélation des faits par le quotidien britannique The Sun que le ministère de la défense a reconnu la collision entre sous-marins atomiques".

"Il apparaît donc clairement que, une fois de plus, le premier réflexe du lobby nucléaire est de cacher la vérité."

Avec Jean-Baptiste Vey à Paris, version française Jean-Stéphane Brosse


read below for restriction ©2012 Reuters  Reuters

6 réactions à cet article : participez à la discussion

  1. le 19/02/2009 à 12h50 Par carlesien

    Selon le journal Ouest France, la collision a endommagé non seulement le dôme protégeant le sonar , mais également le kiosque du sous-marin et sa barre de plongée (aileron horizontal ) tribord.

    Les dégâts subis par Le Triomphant n'ont pas encore pu être expertisés précisément car toutes les cales sèches de l'Ile Longue, base des SNLE français près de Brest, sont actuellement occupées.

    Ouest-France relève que cette immobilisation sans doute longue du Triomphant fragilise le dispositif de dissuasion nucléaire de la France, qui ne dispose plus que de deux SNLE utilisables pour assurer ses patrouilles .......

    Interrogé , le ministère de la Défense n'a pas commenté immédiatement l'information.

  2. le 18/02/2009 à 13h04 Par carlesien

  3. le 17/02/2009 à 15h03 Par carlesien

    Selon la Marine et au vu des dégâts sur les deux bateaux, le choc s'est produit à l'avant - c'est-à-dire que les deux sous-marins naviguaient à la même profondeur en direction l'un de l'autre. Le choc n'a pas été complètement frontal, mais à un angle très faible, le Vanguard "glissant" contre le Triomphant après avoir percuté son dôme-sonar.
    La trajectoire fontale des deux sous-marins permet de mieux comprendre pourquoi ils ne sont pas repérés, c'est-à-dire "entendus" : le bruit d'un sous-marin, même très faible, provient surtout de l'arrière, où se trouve son hélice. Celle-ci produit un effet de cavitation (micro-bulles), qui peut être entendu à distance

    L'incident ne s'est pas produit au cours d'une patrouille durant laquelle les sous-marins alliés occupent, en principe, des carreaux (zones maritimes) différents. Le Triomphant était sur la route du retour, prenant un cap qui le ramenait vers la pointe du Finistère, passant donc au large des îles britanniques.

    La discrétion acoustique de ce type de sous-marins est très grande. On estime que les SNLE français de nouvelle génération (comme le Triomphant) sont plusieurs centaines de fois plus discrets que leurs prédécesseurs (classe Redoutable). Il en va de même pour les sous-marins britanniques comme le Vanguard.

  4. le 17/02/2009 à 08h47 Par carlesien

    Fallait-il dire que notre Triomphant a heurté sous l'eau un SNLE britannique? Pas si sûr... en nous narrant, l'autre semaine, la douce faribole du conteneur immergé, l'état-major de la Marine nous offrait ce que l'on appelle un pieux mensonge. L'essentiel avait été dit: un choc, des dégâts matériels, pas de risque nucléaire ni de pertes humaines.

    Les marins français n'avaient alors pas souhaité détailler cet accident, aussi inimaginable que le choc, il y a quelques jours, de deux satellites dans l'espace. Sans doute grâce à la Royal Navy incapable de tenir un secret, sauf quand il concerne ses manoeuvres le jour du naufrage du Bugaled Breizh, nous saurons un jour ce qui s'est passé. Mais l'idée selon laquelle les deux sous-marins ne se seraient pas «entendus», alors que le museau de l'un venait titiller la poupe de l'autre, ne sera crue que par ceux qui aiment les histoires de sirènes. Osons donc l'hypothèse que les commandants de ces deux navires jouaient en quelque sorte au chat et à la souris, l'un arrivant par derrière pour ne laisser son homologue le découvrir qu'à la dernière seconde! Et patatras... Les SNLE sous la mer n'ont qu'une hantise: être découverts par les sous-marins nucléaires d'attaque. Alors, ils passent leur temps à fuir et à éviter les rencontres. En surfant au coeur des zones de convergence et en n'utilisant que leur sonar passif, qui n'émet rien mais entend tout, des galets qui roulent aux crevettes qui craquent. Sans oublier les sous-marins de sa très gracieuse Majesté. Dans ce choc qui n'a pas touché-nous dit-on- les coques épaisses des submersibles, aucune vie -nous dit-on- n'a été mise en danger. Des risques ont-ils été pris qui n'auraient pas dû l'être? Peut-être. Mais soyons clairs: si certains secrets militaires n'ont aucune raison d'être et ne servent à cacher que des turpitudes, on n'est pas ici dans ce cas. Les méthodes d'action et d'entraînement des SNLE, leurs capacités techniques et opérationnelles, leurs déboires aussi s'ils sont mineurs, n'ont pas à être précisés.

    Jean Guis

  5. le 16/02/2009 à 22h31 Par zoubirimichel

    Les sous marins jouaient à colin maillard, un nouvelle forme de maneuvre de l'union européenne

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