Bonne surprise pour l'emploi avant la présidentielle américaine

par Jason Lange

WASHINGTON (Reuters) - Les entreprises américaines ont accéléré leurs recrutements en octobre et l'amélioration de la conjoncture a incité un nombre accru de chômeurs à reprendre leur recherche d'emploi, faisant remonter le taux de chômage, deux signes encourageants pour la reprise économique à quatre jours du scrutin présidentiel.

Le département du Travail a recensé 171.000 créations de postes non-agricoles le mois dernier et il a revu à la hausse les chiffres des deux mois précédents, de 84.000 au total, dans son rapport mensuel sur l'emploi publié vendredi.

Les économistes interrogés par Reuters attendaient en moyenne 125.000 créations de postes après le chiffre de 114.000 annoncé initialement pour septembre.

Le taux de chômage a parallèlement augmenté d'un dixième de point pour remonter à 7,9%, conformément aux attentes, mais cette hausse traduit surtout la reprise de la recherche d'emploi par une partie des chômeurs. Seules les personnes ayant recherché activement un poste au cours des dernières semaines sont comptabilisées dans les statistiques.

Le rapport mensuel sur l'emploi est publié à quatre jours du scrutin présidentiel aux Etats-Unis alors que le président sortant, Barack Obama, est donné pratiquement à égalité avec son rival républicain Mitt Romney dans les enquêtes d'opinion.

Si la remontée du taux de chômage était prévisible, l'augmentation des recrutements a dépassé les pronostics les plus optimistes: la plus haute des estimations recueillies ne donnait que 168.000 créations pour octobre.

Les contrats à terme sur les indices de Wall Street ont bondi après les statistiques tandis que les cours des emprunts d'Etat reculaient.

Les statistiques d'octobre donnent toutefois des arguments aux deux prétendants à la Maison blanche: au rythme actuel, les créations d'emploi restent insuffisantes pour laisser espérer un reflux rapide du taux de chômage et plus généralement, les Etats-Unis semblent encore loin de bénéficier d'une reprise aussi dynamique que celle qui avait suivi la récession de 2007-2009.

Le chômage, qui avait culminé à 10% de la population fin 2009, reste supérieur de trois points à son niveau d'avant la récession.

L'EMPLOI RESTE LOIN D'UNE VÉRITABLE REPRISE

"Les créations d'emploi continuent d'évoluer en dents de scie. Si l'on regarde la moyenne mobile sur 12 mois, on reste incapable de dépasser les 150.000 par mois", note Ellen Zentner, économiste de Nomura Securities à New York.

Mitt Romney a fait de la faiblesse persistante du marché du travail l'un des axes de sa campagne présidentielle.

La dernière enquête Reuters-Ipsos sur les intentions de vote montrent que les deux candidats sont au coude à coude, l'écart qui les sépare se situant dans la marge d'erreur statistique.

L'impact des chiffres de l'emploi sur le scrutin de mardi prochain pourrait toutefois être limité, la plupart des électeurs ayant sans doute déjà arrêté leur jugement sur le bilan économique du mandat de Barack Obama.

De plus, même si elle maintient le rythme actuel des créations d'emploi, l'économie américaine n'est pas totalement assurée d'échapper à une rechute en récession l'année prochaine.

L'un des premiers dossiers chauds auxquels devra s'attaquer le vainqueur de la présidentielle est en effet celui du "mur budgétaire": sauf accord au Congrès, des hausses d'impôts et des coupes automatiques dans les dépenses publiques d'un montant global d'environ 600 milliards de dollars (466 milliards d'euros) risquent de s'appliquer dès le début 2013, donc de freiner brutalement l'activité.

A cela s'ajoute l'impact persistant de la crise de la dette dans la zone euro, qui a des répercussions partout dans le monde, le secteur industriel étant le plus touché.

En octobre, les entreprises manufacturières américaines ont créé 13.000 emplois après deux mois de baisse de leurs effectifs.

La faiblesse persistante de l'économie a conduit en septembre la Réserve fédérale à lancer un nouveau plan de soutien à l'activité, en promettant d'acheter chaque mois pour 40 milliards de dollars de titres sur les marchés financiers tant que le marché de l'emploi ne se sera pas durablement redressé.

"Nous sommes encore loin du niveau nécessaire pour ramener le taux de chômage au niveau auquel la Fed souhaiterait le voir", estime Kathy Jones, stratège obligataire du courtier Charles Schwab.

Marc Angrand pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat


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