Marchés : la finance américaine vacille

(Boursier.com) -- Ceux qui estimaient qu'un gros poisson finirait par se retrouver empêtré dans les mailles du filet de la crise financière née des prêts hypothécaires à risques ("subprime") aux Etats-Unis ne s'étaient pas trompés. Bear Stearns, la cinquième plus importante banque d'affaires américaine, va en effet être rachetée par sa concurrente JP Morgan pour un prix que les marchés auraient encore jugé dérisoire en fin de semaine dernière : 240 Millions de Dollars, ou 2 dollars par action. A titre indicatif, c'est 15 fois moins que sa dernière valeur boursière à Wall Street (30$), mais surtout 30 fois moins que son cours de bourse d'il y a une semaine (63$), avant que les rumeurs n'enfoncent le dossier dans les profondeurs de la cote.

Vendredi, la banque vieille de 85 ans, qui va perdre son indépendance pour la première fois de son histoire, avait douché les marchés financiers en annonçant qu'elle devait faire appel à la concurrence pour stabiliser une situation financière précaire. Alan Schwartz, le président de Bear Stearns, avait alors indiqué que son établissement "a été victime d'une multitude de rumeurs de marché au sujet de sa liquidité", poursuivant "nous avons tenté de démentir et dissiper les rumeurs... mais du fait des bruits de marché, notre position liquide ces dernières 24 heures s'est considérablement dégradée". JP Morgan avait alors accepté de fournir l'aide financière nécessaire, soutenu par les autorités monétaires américaines. Mais la situation de Bear Stearns est devenue intenable au cours du week-end, le marché évoquant 17 Milliards de Dollars retirés par les investisseurs en deux jours. Acculée, la banque n'a eu d'autre choix que de s'adosser, à vil prix pour ses actionnaires, à son soutien de vendredi.

La nouvelle a eu un retentissement énorme dans la communauté financière. Les spécialistes estiment que la Réserve Fédérale américaine a sommé Bear Stearns de se laisser racheter pour tenter de préserver le système financier d'une réaction en chaîne. "Les actionnaires de Bear Stearns paient les pots cassés", pour un gérant américain qui pense cependant que la décision est salutaire. La situation n'est cependant pas encore stabilisée, loin de là. Pour la première fois depuis 30 ans, la "Fed" est intervenue au cours du week-end pour tenter de rassurer les investisseurs, en abaissant son taux d'escompte, celui auquel elle prête aux banques commerciales. Une mesure de plus pour le gouverneur Ben Bernanke qui ne cesse de tenter de colmater les brèches qui s'ouvrent désormais quotidiennement dans le système financier. Il a du reste précisé qu'il était prêt à ouvrir en grand les vannes du crédit pour éviter le pire. Autant dire que la situation est extrêmement difficile et que les rumeurs vont bon train. La dernière en date concernait Lehman Brothers, la quatrième banque d'affaires américaine, dont on dit qu'elle éprouverait elle aussi quelques tensions de liquidités. L'intervention musclée de la Fed au cours du week-end pourrait au mieux avoir dissipé quelques doutes, mais l'heure est à la chasse aux sorcières.

Le marché du crédit donne l'impression d'être une énorme cuve sous pression dont la surface laisse apparaître des fissures de plus en plus importantes, alors que les pompiers de service, Fed en tête, commencent à manquer de ressources devant l'ampleur du problème. Car outre la (très) mauvaise visibilité des autorités monétaires sur les implications de la crise, les multiples réactions en urgence de ces derniers mois le prouvent, ces événements interviennent dans un contexte global dégradé, ceci expliquant sans doute cela. Les événements du week-end ont enfoncé un peu plus le dollar contre l'euro, avec un record à 1,5903 contre la monnaie européenne (record historique), à 1,03 contre le Franc Suisse (record historique) et à 95,76 contre le Yen (plus bas de 13 ans). Les indices boursiers paient évidemment un lourd tribut à ces mauvaises nouvelles, avec des chutes conséquentes à Wall Street vendredi (-2,1% pour l'indice S&P500), ce matin en Asie (-3,7% pour le Nikkei à Tokyo) et en Europe (le CAC40 plonge de 2,6% peu après l'ouverture). La prochaine échéance d'importance, sauf nouveau coup de théâtre aujourd'hui, est la réunion bimestrielle de la Réserve Fédérale américaine, dont les économistes attendent qu'elle coupe une fois encore dans ses taux directeurs, pour la sixième fois depuis septembre, mardi. Jusque-là, ces baisses de taux, pas plus que les mesures exceptionnelles prises en complément, n'ont permis de sécuriser la liquidité sur les marchés.

A.B. - ©2008, 2012 www.boursier.com

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