Europe / Eco : S&P minimise l'impact d'une sortie de la Grèce de la zone euro... sauf pour la Grèce elle-même !

(Boursier.com) — "Quelle est la probabilité de voir la Grèce quitter la zone euro ?". "Au moins 33%", répond Standard & Poor's dans un document spécial "questions-réponses" sur la crise européenne, dévoilé hier soir. L'agence pense que l'incertitude qui règne autour de l'issue des élections du 17 juin prochain est suffisante pour créer un risque conséquent. "Les sondages laissent entendre qu'une large majorité de grecs est favorable au maintien dans la zone euro, mais les réformes fiscales et structurelles qui ont été décidées avec la Troïka sont devenues extrêmement impopulaires à mesure que l'économie et l'emploi se dégradaient, que les salaires baissaient et qu'un retour à la croissance apparaissait de plus en plus compliqué. Dans la mesure où plus d'un quart de la population est employé par le secteur public, nous anticipons qu'un large segment des votants sera enclin à s'opposer à tout parti qui soutiendrait le programme actuel UE/FMI, qui prévoit l'élimination de 150.000 emplois publics, soit 15% du total, ainsi que la réduction des dépenses publiques", explique l'agence, qui pense qu'il existe un risque pour que les élections accouchent d'un gouvernement fondamentalement opposé au programme de soutien actuel, à l'heure même où les partenaires du pays semblent de moins en moins souples vis-à-vis d'Athènes.

Quoi qu'il en soit, toute sortie de la zone euro serait une décision de politique interne à la Grèce, car S&P a cru comprendre qu'aucun mécanisme ne permet d'exclure un membre de l'union économique et monétaire. Cependant, la BCE aurait le pouvoir de contraindre la Grèce à cette décision en refusant la dette du pays en collatéral dans ses opérations, indique l'agence, qui y voit cependant une issue extrême car la banque centrale est très exposée aux obligations grecques, qu'elle soutient à bout de bras depuis plusieurs trimestres. Si la Grèce venait malgré tout à ne plus bénéficier d'aide internationale, les conséquences seraient multiples et graves pour le pays, estime le bureau d'études, qui rappelle qu'Athènes affiche toujours un déficit budgétaire conséquent, même en supprimant la charge liée au service de la dette, si bien qu'il faudra rapidement rééquilibrer son budget, ce qui ne sera pas une sinécure au regard des difficultés du pays à mobiliser ses ressources. Il pourrait en résulter des retards de paiement aux fournisseurs, aux fonctionnaires et aux retraités, ce qui ajouterait encore au désordre social et accroîtrait le risque de radicalisation politique. Plus globalement, le déclin économique grec accélérerait, avec de nouvelles pertes d'emplois dans le secteur privé. Le secteur bancaire serait à nouveau ébranlé. Une telle confluence d'événements pourrait amener au pouvoir des partis populistes, et donc entraîner une sortie de la monnaie unique. Certes, le pays pourrait alors dévaluer et monétiser son déficit, mais Standard & Poor's pense que cela créerait une forte poussée inflationniste rapide, et une nouvelle baisse du revenu réel. En résumé, l'agence estime que le coût d'une sortie de la zone euro serait très élevé pour le peuple grec, d'autant qu'elle ne réglerait en rien les problèmes structurels de l'économie du pays.

Quant à la question de savoir si d'autres membres de la zone euro emboîteraient le pas de la Grèce si elle venait à la quitter, la réponse de S&P est plutôt négative, pour plusieurs raisons. D'abord, il ne semble pas y avoir dans la périphérie de la région de partis politiques suffisamment puissants à l'appui d'une telle décision. En outre, la situation que subira la population grecque aura un effet dissuasif sur les autres nations. La dimension politique n'est pas non plus à négliger, car les décideurs européens voudront s'attacher à démontrer que le cas de la Grèce était unique, si bien qu'ils auront à coeur d'apporter leur soutien aux autres membres de la région. Il faut ajouter à cela que le bureau d'études n'est pas si négatif que l'on aurait pu le croire (du moins pour les autres pays) quant aux conséquences d'un abandon de l'euro par la Grèce : il pense que cette situation ne pèserait pas nécessairement sur les autres pays périphériques de la zone euro dans leur choix de s'y maintenir. Le scénario de base de S&P repose d'ailleurs sur le postulat selon lequel la sortie de la Grèce par elle-même n'entraînera pas automatiquement une nouvelle série de dégradations de notations souveraines à l'extérieur. Évidemment, les conséquences dépendront pour beaucoup de la réaction politique de l'union économique et monétaire. S'il fallait dresser la liste des pays les plus risqués, Chypre (BB+/ Négative/B) serait en première ligne à cause de l'exposition directe et conséquente de son système bancaire à l'économie grecque. Le Portugal (BB/ Négative/B), l'Irlande (BBB+/ Négative/A-2), et l'Espagne (BBB+/ Négative/A-2) sont également caractérisés par un secteur bancaire affaibli. D'autres pays comme l'Italie (BBB+/ Négative/A-2), demeurent vulnérables au sentiment de marché et à la hausse du coût de financement de la dette.

Quant à l'Eurosystème (et son coeur la BCE), son exposition à la Grèce est évaluée à 200 milliards d'euros, ce qui ne représente qu'à peine plus de 2% du PIB de la zone euro. La BCE s'expose à des dépréciations, mais les banques centrales n'ont pas besoin de respecter de ratios prudentiels particuliers et la charge serait divisée entre les banques centrales nationales composant l'Eurosystème. Cependant, concèdent les rédacteurs de l'enquête, l'érosion de la base de capital de la BCE pourrait affaiblir sa crédibilité, rendant sa tâche future plus compliquée. A l'heure actuelle, Standard & Poor's pense que la notation crédit non sollicitée de la BCE ne serait pas affectée par un nouveau défaut grec, car l'agence juge qu'une telle issue ne devrait pas trop décrédibiliser l'institution, sa flexibilité monétaire ou le statut de monnaie de réserve de l'euro. À plus long terme, la monnaie unique pourrait même être renforcée par le départ de son maillon le plus faible...

— ©2012-2014, Boursier.com

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