Economie : où l'on reparle des "subprimes"

le 28/10/2009 à 13h45

(Boursier.com) -- Les "subprimes", vous vous rappelez ? A l'été 2007, le commun des mortels tombait des nues en apprenant l'existence de ces "produits structurés" montés à partir de prêts immobiliers octroyés à des ménages américains plutôt exsangues financièrement pour leur permettre de devenir propriétaires. Une fois le crédit accordé, le prêt partait directement dans un service spécialisé qui le complétait avec d'autres produits financiers pour le transformer en une nouvelle classe d'actifs, généralement qualifié de "MBS" (mortgage-backed securities, ou produit financier adossé à une hypothèque), dans le cadre d'une opération de titrisation. Ce joli produit était alors placé sur les marchés financiers auprès d'investisseurs qui récupéraient ainsi un titre hybride, peu onéreux et plutôt rémunérateur. Les banques, de leurs côté, arrivaient ainsi à transférer le risque que représentaient ces prêts à des emprunteurs peu solvables vers des professionnels de la spéculation. Tout ce système a fonctionné à merveille tant que l'expansion économique était présente et que le prix des actifs immobiliers flambait. Mais la machine, plutôt malsaine au demeurant, s'est grippée quand la politique de hausse des taux aux Etats-Unis a étranglé les débiteurs les plus fragiles, qui avaient emprunté à taux variables. Les défauts de paiements ont commencé à se multiplier et les prix de l'immobilier s'en sont rapidement ressentis. L'apparition de clignotants rouges ça et là a poussé les investisseurs à la prudence, et la poule aux oeufs d'or que constituait le marché des MBS et leurs avatars a commencé à faire peur. Tellement peur, qu'il s'est retrouvé complètement bloqué, avec les effets boule de neige que l'on connaît sur les marchés à l'été 2007, puis sur le reste de l'économie par la suite.

Avec l'apparition des MBS, les banques avaient peu à peu délaissé le terrain de la détention de prêts immobiliers au profit des investisseurs financiers. Dans une étude publiée tout récemment, l'économiste John Krainer, de la Réserve Fédérale de San Francisco aux Etats-Unis (l'une des antennes régionales de la banque centrale américaine), souligne que les banques détenaient encore quelque 75% des actifs hypothécaires au milieu des années 70, mais que leur part ne représentait plus que 35% en 2008. Une partie du déclin s'explique par la place grandissante prise par les institutions de refinancement hypothécaire, tels que Fannie Mae, Freddie Mac et Ginnie Mae. Ces entreprises, qui bénéficient de prêts à taux très attractifs du Trésor américain, ont pour mission de racheter aux banques leurs prêts hypothécaires et de protéger les MBS contre le risque. Elles permettent ainsi au secteur financier américain de dégager des liquidités et donc de fluidifier les échanges. En temps normal, c'est-à-dire quand les taux de défaut sur les emprunts sont faibles, la mission est plutôt tranquille.

Mais Fannie Mae et consorts ont à leur tour été concurrencés à la fin des années 1990 par l'apparition d'intermédiaires (banques, courtiers... etc.) qui avaient flairé là un bon filon et qui se sont lancés dans la création de produits structurés de plus en plus complexes. La différence fondamentale entre les institutions de refinancement officielles et les acteurs privés est que ces derniers, outre le risque crédit classique, subissaient également le risque de marché. Leur succès a été rapide, souligne John Krainer, puisque lors du pic de fin 2007, les acteurs indépendants représentaient près de 20% de la totalité du crédit hypothécaire. Mais avec la crise, ces intermédiaires ont été les premiers à quitter le navire, si bien qu'actuellement 95% des nouveaux prêts hypothécaires sont détenus ou garantis par Fannie Mae, Freddie Mac et Ginnie Mae, des organismes qui ont été sauvés du naufrage à renforts de dizaines de milliards de dollars par les autorités américaines et qui sont à ce titre les seuls acteurs encore à peu près valides pour assurer cette mission essentielle pour l'économie américaine.

La crise a également profondément modifié la répartition des bénéficiaires de prêts immobiliers, explique l'économiste de la Fed de San Francisco, du moins l'a-t-elle fait momentanément. Les travaux du spécialiste montrent en effet qu'en 2006, environ 20% des titrisations provenaient de prêts "subprime", c'est-à-dire à des ménages dits à risque. Un taux qui a plongé près de zéro début 2008, alors que les intermédiaires financiers étaient affolés par les pertes abyssales que commençaient à afficher leurs bilans. Mais depuis et contre toute attente, ce segment a repris des couleurs, au point que... les prêts à des populations jugées à risque selon le classement officiel américain représentent à nouveau un peu plus de 20% du marché !

On continue donc à prêter aux ménages à risque aux Etats-Unis, et pas moins qu'avant, du moins en proportion puisque les volumes sont évidemment plus faibles, crise du marché immobilier oblige. Les américains auraient-ils la mémoire courte ? Pas forcément selon John Krainer. D'abord, la jungle des produits structurés s'est éclaircie et les critères fixés par les trois organismes de refinancement hypothécaires sont plus stricts que ce qui était pratiqué en 2006. Ensuite, les prêts à taux variables, qui ont fait tant de dégâts, étaient la norme chez les acteurs privés, ce qui n'est pas le cas chez les trois "Mae". En d'autres termes, les dossiers à risque traités actuellement sont de meilleure qualité qu'ils ne l'étaient voilà 3 ans. Mais la présence d'acteurs devenus quasi-publics aux sources de l'industrie du financement immobilier n'est pas pour autant une source d'embellie. "La faiblesse de l'offre de crédit, cependant, apparaît toujours comme le principal frein au marché immobilier", affirme Krainer, qui conclut "avec une grande majorité des prêts hypothécaires actuels désormais pris en charge d'une façon ou d'une autre par les établissements soutenus par l'Etat, il sera difficile pour le marché immobilier de revenir à la normale"...

A.B. - ©2009, 2012 www.boursier.com

7 réactions à cet article : participez à la discussion

  1. le 28/10/2009 à 17h40 Par milletp2

    BRAVO pour cette savante démonstration! C'est exactement ça...

  2. le 28/10/2009 à 17h00 Par IMPEGA

    L'mmobilier & les singes

    Dans un village, un homme apparut et annonça aux villageois qu’il achèterait des singes pour 10 $ chacun.
    Les villageois, sachant qu’il y avait des singes dans la région, partirent dans la forêt et commencèrent à attraper les singes. L’homme en acheta des centaines à 10$ pièce et comme la population de singes diminuait, les villageois arrêtèrent leurs efforts.
    Alors, l’homme annonça qu’il achetait désormais les singes à 15$. Les villageois recommencèrent à chasser les singes. Mais bientôt le stock s’épuisa et les habitants du village retournèrent à leurs occupations.
    L’offre monta à 20$ et la population de singes devient si petite qu’il devint rare de voir un singe, encore moins en attraper un. L’homme annonça alors qu’il achèterait les singes 50$ chacun. Cependant, comme il devait aller en ville pour affaires, son assistant s’occuperait des achats.
    L’homme étant parti, son assistant rassembla les villageois et leur dit : « Regardez ces cages avec tous ces singes que l’homme vous a achetés.Je vous les vends 35$ pièce et lorsqu’il reviendra, vous pourrez les lui vendre à 50$. »
    Les villageois réunirent tout l’argent qu’ils avaient, certains vendirent tout ce qu’ils possédaient, et achetèrent tous les singes.
    La nuit venue, l’assistant disparut.
    On ne le revit jamais, ni lui ni son patron ; que des singes (actions) qui couraient dans tous les sens.

    SI TU VIENT DE NAITRE, Bienvenue dans le monde des hommes !!!!

  3. le 28/10/2009 à 16h30 Par loloaml

    Ouais... Ho ! Tant que les "gens" (nous et tous le autres) auront des craintes sur leur avenir... Ils n'achèteront pas de logement ! (pas de gagnole, pas de... etc !)

  4. le 28/10/2009 à 14h12 Par devilers.henry

    Additif: dans la mesure où cette info date de Lundi sinon Vendredi dernier, il est étonnant que, jusqu'à
    présent ce NOUVEAU paramètre n'aît pas été intégré pour expliquer le peu de relance, à ce jour, de l'immobilier exemple: cette aprés midi avec les logements neufs!!!! Faut il voir, derrière cette "ABSENCE"
    un mauvais coup des bear????? A méditer !!!!!

  5. le 28/10/2009 à 14h10 Par ussor

    Les " subprimes " ou produits toxiques (titrisés ou non) sont toujours bien présents dans l'Economie mondiale.

    Les grosses banques recommencent comme si rien n'avait eu lieu d'autant que les clients attendent.

Nombre de caractères autorisé : 500

Déjà inscrit? Connectez-vous!

Pas encore inscrit? Inscrivez-vous en quelques secondes!

L'AMF rappelle que les utilisateurs postant des messages en nombre et/ou directionnels sur une valeur donnée, ont l'obligation d'indiquer dans leurs messages leur position sur cette valeur. Faute de quoi, cette omission est susceptible de constituer un manquement de diffusion de fausse information. Lire l'avertissement de l'AMF.
Forums
Valeurs les plus actives
  • Alcatel-LucentAcitivité: 10
  • TheoliaAcitivité: 2
  • CAC 40Acitivité: 2
  • Air France KLMAcitivité: 2
  • Geci InternationalAcitivité: 2
  • GDF SUEZAcitivité: 1
  • RenaultAcitivité: 1
Sujets à la une
  • Alcatel-Lucent : 316 ME de résultat d'exploitation ajusté au 4ème trimestre 26
  • Economie : l'Europe perd patience avec la Grèce 54
  • Total : un budget d'investissements nets de 20 Milliards de dollars cette année 3
  • Les "vraies-fausses" révélations du FBI sur Steve Jobs... 3
  • Tous les forums
Partenaires

Demandez la documentation des partenaires recommandés par Boursier.com