(Boursier.com) -- A moins de trois mois de l'élection présidentielle, la Cour des Comptes lance un sévère avertissement à tous les candidats ! Dans son rapport annuel, la Cour estime ainsi que l'essentiel de l'effort de redressement des finances publiques reste à venir, même en intégrant les effets des plans de rigueur déjà entrepris.
De plus, jusqu'ici, ces plans ont surtout consisté à relever les impôts plutôt qu'à réduire les dépenses, ce qui devient de plus en plus urgent, estime la Cour... Elle renvoie ainsi implicitement dos à dos les deux principaux candidats présidentiels, Nicolas Sarkozy et François Hollande, qui excluent tous deux un troisième plan de rigueur en France...
Pour l'anecdote, l'hebdomadaire 'The Economist' faisait le même diagnostic dans sa dernière édition du 4 février. Un édito consacré à l'Hexagone, intitulé "Hé, gros dépensier !", estimait que MM. Sarkozy et Hollande semblaient tous deux vouloir réduire le déficit public en recourant essentiellement à des hausses d'impôts plutôt qu'à des réductions de dépenses publiques... Ces positions électoralistes rendront les inévitables réformes plus difficiles à faire passer auprès des Français, qui méritent qu'on leur dise ce qui les attend, jugeait l'hebdomadaire libéral...
De son côté, la Cour des Comptes voit la dette française approcher 90% de PIB fin 2012, tandis que l'Allemagne devrait revenir à un peu plus de 80%. "Un tel écart, dans ce sens, n'a jamais été observé", écrivent les magistrats, pour qui le maintien du déficit structurel de la France à son niveau de 2011 conduirait la dette à 100% de PIB "en 2015 ou 2016".
Pour empêcher cette dérive, il faut "rapidement se donner pour cap, et s'y tenir, un effort structurel supplémentaire de réduction du déficit représentant au moins 3 points de PIB (soit 60 Milliards d'Euros) et s'appuyant sur des mesures plus précises". Cet effort devra être "concentré sur le début de la programmation", afin de renforcer la crédibilité de la France auprès des investisseurs (qui reste "faible") et de donner "une visibilité et une confiance suffisante" aux marchés. Les sages épinglent également la stratégie de "plans de redressement décidés au fur et à mesure des révisions à la baisse de la croissance"...
"Compte tenu de l'urgence de la situation", la Cour préconise des mesures "aux effets plus immédiats", en complément des réformes structurelles comme celle des retraites. Parmi ces initiatives à effet rapide, les experts proposent notamment la prolongation du "1 sur 2" (non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant en retraite) et du gel de la valeur du point de la fonction publique, le "ralentissement plus marqué" des dépenses des collectivités locales, la désindexation des retraites, la baisse plus forte des prix des médicaments, l'augmentation de la participation financière pour la santé (càd davantage de déremboursements), la "réduction des tarifs des prestataires de soins" (tarifs des médecins, laboratoires...), une accentuation de "la place de la redistribution verticale" pour les prestations sociales (mise sous conditions de ressources et/ou fiscalisation des prestations...), sans oublier la poursuite de la chasse aux niches fiscales...
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