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Economie : les agences de notation en question...

(Boursier.com) — Les agences de notation refont parler d'elles. Pointées du doigt lors de la crise des subprimes, Standard & Poor's, Moody's et Fitch, les trois principales structures spécialisées, occupent à nouveau le devant de la scène. Accusées à tort ou non de réagir plutôt que d'agir, elles font l'objet de violentes critiques après avoir dégradé les notations souveraines de la Grèce de l'Espagne ou encore du Portugal, en ajoutant à la confusion ambiante et sans doute aussi à la spéculation. Mais qui sont ces agences, quels sont leurs rôles, sont-elles encore crédibles ?

Créées dans le but de noter, selon une multitude de critères, des entreprises, des collectivités, des Etats ou encore des opérations financières, les agences de notation sont chargées de donner aux investisseurs une vision synthétique du risque de solvabilité des acteurs économiques. Pour ce faire, chaque agence dispose de sa propre échelle de notation, celles de S&P et Fitch étant très proches, celle de Moody's différant un peu. Les notes vont généralement de "AAA" à "D". "AAA" (ou triple A) est la note la plus élevée et "D" la note la plus faible. Autrement dit, un Etat noté "AAA" (comme les Etats-Unis ou la France aujourd'hui) est en théorie en très bonne santé financière et ne représente aucun risque de défaut de paiement. Il est donc considéré comme un investissement de haute qualité. A contrario, une entité notée "D" traduit une situation de faillite de l'emprunteur.

Entre les deux, il existe plusieurs niveaux censés rendre compte au mieux de la solidité financière. Les notations sont séparées en deux grandes catégories. D'un côté celles allant de "AAA" à "BBB-" ("AAA", "AA+", "AA", "AA-", "A+", "A", "A-", "BBB+", "BBB", "BBB-"), dites "catégorie d'investissement" ou "investment grade" pour les anglo-saxons, qui regroupent les acteurs économiques allant d'une excellente fiabilité à ceux de bonne qualité. Sous ce seuil, soit à partir de la catégorie "BB+", l'acteur économique entre en catégorie dite "spéculative", et ses emprunts sont dits "obligations pourries" ou "junk bonds" pour les anglo-saxons, c'est-à-dire qu'ils sont risqués, et de plus en plus au fur et à mesure que l'on descend dans la hiérarchie.

Dans leurs commentaires, les agences émettent aussi un avis sur les perspectives de notation. "Positive", "Neutre" ou "Négative", ces perspectives sont censées apporter une vision sur l'évolution à venir de l'entité ciblée. Si l'on prend le cas de l'Espagne, dont Standard & Poor's a dégradé mercredi la note long terme à de "AA+" à "AA" avec perspective "Négative", cela signifie qu'il existe un risque de nouvel abaissement de la note souveraine dans les mois à venir.

Un investisseur qui souhaite acheter la dette d'un Etat ou d'une entreprise, généralement via une obligation, dispose grâce à ce système d'une vision synthétique du risque que présente son investissement. En outre, plus la notation de l'entité concernée est élevée, plus le taux d'intérêt appliqué à son emprunt sera faible, selon le bon vieux principe du risque qui fait que les acteurs les plus solvables sont aussi ceux qui empruntent à moindre coût. Cela explique par exemple pourquoi la Grèce, faiblement notée pour un pays de la Zone Euro, et moins bien encore depuis les événements récents, payait avant que les marchés ne s'emballent des taux d'intérêts nettement plus élevés que l'Allemagne, qui fait partie des rares nations notées "AAA", quand il s'agit de faire appel au marché de capitaux. Cette situation est également à l'origine des cercles vicieux dans lesquels les pays les plus faibles sont engagés. Déjà exsangues financièrement, ils paient leur refinancement beaucoup plus chers que les autres, au risque de dégrader encore plus leurs finances publiques.

Les agences de notation sont indépendantes. Mais leur indépendance a des limites, qui font que certains remettent en cause cette qualification. Il est en effet obligatoire d'avoir recours à elles pour passer par les canaux habituels de financement, pour une entreprise comme pour en Etat. Or c'est l'entité notée qui rémunère l'agence pour ses travaux, ce qui pose d'évidentes interrogations quant à l'impartialité du système. Cependant, il existe des garde-fous, même si la crise financière récente a poussé les régulateurs internationaux à lancer des réflexions sur un accroissement de l'encadrement des activités des agences de notation. Le principal reproche actuel fait à ces acteurs intermédiaires incontournables du système financier est de manquer de réactivité et parfois de discernement.

Ainsi les produits qui ont provoqué la crise financière, nés des crédits immobiliers à risque américains (dits "subprimes"), étaient généralement bien notés, très bien même pour certains d'entre eux, du fait des montages complexes qui avaient permis leur création. La débâcle de ces produits montre bien les limites et les failles du système, ce qui est corroboré par le fait qu'ils sont désormais en grande majorité logés dans des structures spéciales et illiquides dont la valeur n'a plus grand-chose à voir avec ce qu'avaient payé les investisseurs avant la crise. Pour se défendre, les professionnels de la notation soutiennent notamment qu'ils réalisent leurs études à partir des données fournies par les émetteurs et qu'ils se contentent de déterminer la qualité du produit au moment où il leur est soumis. Ils arguent également que s'ils assurent le suivi dans le temps de ces produits, ils n'ont pas pour mission d'anticiper les événements ni de se prononcer sur de grandes évolutions globales qui viendrait le renforcer ou l'affaiblir.

Pourtant, quand Athènes paie déjà fort cher ses emprunts, signe que les marchés financiers fixent leur propre estimation du risque, dégrader très sévèrement la notation du pays (un abaissement de trois crans est rarissime) fait passer Standard & Poor's pour un "pompier pyromane", selon l'expression d'un financier parisien. Les intérêts sur la dette grecque étaient déjà largement supérieurs à ce que le pays aurait été en droit d'obtenir dans un marché classique. Il est naturellement reproché à l'agence de notation de "tirer sur l'ambulance" et d'avoir pris cette décision très tardivement, compliquant à l'extrême les efforts d'austérité du gouvernement Papandreou, au point de jeter une forme de discrédit sur son action. De surcroît, le fait que Standard & Poor's eut abaissé à moins d'un jour d'intervalle les notations du Portugal et de l'Espagne pourrait laisser penser que l'agence a fait dans le rattrapage, après avoir tardé à réagir à la dégradation de la situation grecque. Elle subit d'ailleurs les tirs croisés de plusieurs dirigeants depuis quelques jours, de Dominique Strauss-Kahn qui a conseillé de ne "pas trop croire les agences", au Ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, pour qui il ne faut pas les prendre "trop au sérieux". Mais quels que soient les commentaires, les remous provoqués par les décisions récentes de Standard & Poor's démontrent leur importance dans la finance mondiale.

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