(Boursier.com) -- Sortira, sortira pas ? La thématique d'un départ de la Grèce de la zone euro fait son grand retour cette semaine, après les déclarations fracassantes d'Alexis Tsipras, le leader des partis de la gauche radicale chargé de former un gouvernement, qui a estimé que la Grèce n'était plus tenue par ses engagements internationaux en matière de réduction de dette. Les commentateurs des principaux bureaux d'études financiers européens misent sur une échec des tractations et la tenue de nouvelles élections mi-juin prochain dans le pays. Mais au-delà, c'est bien la question d'une réduction du nombre de membres de l'union économique et monétaire de 17 à 16 qui se pose.
Pour Andrew Garthwaite, du Crédit Suisse, il n'y a cependant que 15% de chances pour qu'Athènes revienne à ce bon vieux drachme, monnaie antique historique du pays, dont la version moderne est apparue au XIXème siècle. Le chef de l'équipe économique du courtier pense en effet que la volonté politique est telle en Europe et en Grèce qu'une telle issue devrait être évitée. Chez Oddo, Bruno Cavalier est moins optimiste. L'économiste pense que la situation "est d'une simplicité extrême" : soit la Grèce "accepte de perdre ce qui lui reste de souveraineté budgétaire et applique l'agenda de réformes fixé par ses créanciers", soit "elle reprend sa souveraineté monétaire et coupe les ponts ipso facto avec l'Europe". "On ne peut vouloir en même temps rester dans la zone euro et refuser d'en appliquer les règles élémentaires de fonctionnement", explique le spécialiste, qui pense que les récentes élections, en ne tranchant pas ce choix, "ont finalement accru le risque de voir la Grèce choisir la sortie". François Duhen, au CM-CIC Securities, pense que les prochaines semaines "seront mouvementées", et que le versement de la prochaine tranche d'aide de la "Troïka", prévu initialement mi-mai risque d'être retardé, car il est conditionné à l'adoption parlementaire d'un nouveau "paquet fiscal" de 11 Milliards d'Euros d'économies sur 2013/2014, ce qui paraît hautement improbable au regard des circonstances actuelles. L'économiste juge que les dirigeants européens, notamment les plus fermes comme Angela Merkel, devraient avoir à mettre de l'eau dans leur vin pour répondre à l'opposition grandissante des populations à l'austérité.
Les conséquences d'une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro, si le scenario n'a pas, actuellement, la faveur des probabilités chez les spécialistes, n'en est pas moins largement abordée. "Une telle solution se traduirait par l'abandon des créances des Etats membres sur le pays", ce qui aurait un coût important pour les Etats et la BCE, "et générerait un précédent. Par contagion, la prime de risque sur les taux des pays les plus fragiles serait en forte hausse", explique l'équipe de recherche d'Aurel BGC. Pour Marc Fiorentino, dont l'avis est tranché depuis longtemps, les Grecs "en ont ras le bol de l'austérité" et "ont opté majoritairement pour des partis qui veulent la fin de l'austérité". Or sans austérité, ils doivent sortir de la zone euro, explique le dirigeant d'Euroland Corporate, en respectant leur choix. "La Grèce doit refaire des élections. Elle devrait plutôt faire une référendum sur la zone euro. La réponse sera non. Et ils pourront sortir", martèle Marc Fiorentino.
Bruno Cavalier pense lui que le débat a tourné politique. "Le système qui a fait vivre la Grèce pendant des décennies est HS et irréparable. Il faut en bâtir un autre. La question qui se pose alors est de savoir s'il est préférable pour cela de rester dans la zone euro ou d'en sortir", pour l'économiste, qui pense que de nouvelles élections en juin ne changeront pas vraiment la donne. Si la Grèce choisissait la voie de la sortie, le risque de déstabilisation financière serait amoindri pour les acteurs privés, qui ont très largement réduit leur exposition au pays. En revanche, au niveau public et politique, les conséquences seraient encore importantes. "Une sortie de la Grèce implique un non-remboursement, au moins partiel, des créances vis-à-vis des pays d'Europe, voire du FMI. Ce serait donc un choc politique majeur, remettant en cause l'un des piliers de l'UEM, à savoir l'abandon irrévocable de sa monnaie", explique Bruno Cavalier, qui juge cependant qu'un risque d'imitation d'autres pays de la zone euro est "nul dans l'immédiat". Au contraire, il pense même que "paradoxalement", une sortie de la Grèce pourrait être un "facteur de cohésion pour les autres membres".
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