Aéronautique : le plus dur commence pour EADS et BAE Systems

(Boursier.com) -- Le secret aura tenu cinq mois, mais il aura été bien gardé jusqu'à ce que Bloomberg n'évente l'information hier. EADS et BAE Systems, les deux géants européens de l'aéronautique et de la défense, veulent se marier. "Une frappe militaire surprise", écrit ce matin le 'Financial Times' en éditorial, en évoquant également une "volte-face stratégique", sans cacher un certain scepticisme pour une opération réalisée avec une entreprise "partiellement contrôlée par l'Etat français", dont BAE "doit encore détailler les avantages qu'elle attend... mais qui pour surpasser les risques stratégiques ont intérêt à être substantiels".

Les premières touches auraient eu lieu en avril entre le patron d'EADS, Tom Enders et son directeur de la stratégie Marwan Lahoud d'un côté, et leurs homologues britanniques Ian King et Kevin Taylor de l'autre, raconte Bloomberg à partir de ses sources. En juin dernier, les négociations ont pris un tour plus sérieux et une étude de faisabilité aurait été commandée, présentée début juillet à 6 représentants de chaque entreprise à l'aéroport de London City. "La discussion a progressé avec des sandwichs si mauvais qu'ils se sont juré de ne plus s'y rencontrer", écrit l'agence de presse financière. Une autre rencontre a ensuite eu lieu près du domicile de Tom Enders dans la banlieue de Munich les 14 et 15 juillet, au cours de laquelle les grandes lignes du projet ont été décidées, notamment les valorisations retenues, soit 60% pour EADS et 40% pour BAE Systems dans le cadre de la future entité.

Le plus dur commence pour les deux entreprises. Il faudra composer avec trois nationalités dominantes, britannique, allemande et française, gérer le rapprochement d'entités transnationales de grande taille, avancer avec les inévitables problèmes concurrentiels que les autorités de régulation ne manqueront pas de soulever à travers le monde, convaincre les actionnaires ou encore mener concrètement à bien le rapprochement opérationnel, pour ne citer que ces tâches. Sur le papier, l'opération donne à EADS la porte d'entrée dont le groupe rêvait vers le marché américain de la défense, puisque BAE Systems est un gros contractant de l'armée des Etats-Unis. Le verrou britannique serait également forcé.

Les premiers commentaires politiques sont encore prudents. Le Ministre français de l'économie Pierre Moscovici s'est contenté hier soir de "prendre acte" des communiqués d'EADS et de BAE Systems. "L'Etat, actionnaire indirect d'EADS, se prononcera le moment venu en vertu des conventions en vigueur régissant la gouvernance d'EADS", a-t-il simplement déclaré. Outre-manche, le gouvernement s'est contenté d'indiquer qu'il était au courant des discussions mais que l'évaluation des bénéfices du rapprochement est du ressort des entreprises concernées. Il a cependant indiqué qu'il veillera à ce que l'intérêt général des britanniques soit préservé.

Les chiffres de l'opération sont vertigineux : une réunion brute des activités des deux entreprises, qui ne risque cependant pas d'arriver compte-tenu des questions antitrust, représenterait 72 milliards d'euros de chiffre d'affaires, davantage que le colosse du secteur Boeing. Les capitalisations boursières des deux entreprises représentent ensemble près de 38 milliards d'euros, dont 64% pour EADS et 36% pour BAE Systems. La nouvelle entité emploierait quelque 225.000 salariés dans le monde.

A.B. - ©2012, 2013 www.boursier.com

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