(Boursier.com) -- Le thème de l'économie a occupé une bonne heure du vif débat télévisé, hier soir, qui s'est déroulé entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Avec en filigrane la hausse du chômage en France, et la menace de nouveaux plans sociaux après l'élection de dimanche, quel que soit le vainqueur du second tour... Le sujet brûlant de l'emploi s'est même invité juste avant le début de l'émission, lorsqu'une cinquantaine de salariés de l'usine PSA Peugeot Citroën d'Aulnay-sous-Bois en région parisienne, se sont rassemblés devant le studio d'enregistrement en scandant "non à la fermeture d'Aulnay !", une mesure qu'ils craignent d'ici à 2014... François Hollande est allé saluer les manifestants, en les assurant qu'"après le 6 mai, si les Français me choisissent, nous aurons rendez-vous !", tandis que Nicolas Sarkozy est rentré directement dans les studios télé... Une délégation de trois syndicats (CFDT, CGT, Sia) a toutefois été reçue successivement par des représentants des deux candidats, selon 'LeParisien.fr'.
Ces dernières semaines, la liste des menaces de plans sociaux n'a cessé de s'allonger, les syndicats dénonçant des pressions du gouvernement pour que ces mesures ne soient pas annoncées avant l'élection... Ainsi, parmi les plans avérés ou en préparation, sont cités, outre PSA, Air France KLM, Areva, la Fnac, Carrefour, Nestlé ou encore Groupama... Sans compter la récente mise en cessation de paiement de l'entreprise Neo Sécurité, qui emploie 5.000 personnes en France.
La semaine dernière, François Hollande a d'ailleurs tenté de déminer le terrain en prévenant les entreprises qui annonceraient des licenciements après le 6 mai que "nous ne les accepterons pas sans réagir", s'il est élu président. Mais concrètement, les économistes estiment qu'il ne sera pas facile pour l'Etat d'intervenir au coup par coup dans la gestion des entreprises en temps de crise (à l'exception peut-être des entreprises publiques), et que le pays a surtout besoin de réformes structurelles favorisant la création d'emplois et d'entreprises...
Sur le plateau télévisé, hier soir, ni Nicolas Sarkozy, ni François Hollande n'ont annoncé de nouvelles mesures pour lutter contre le chômage, se contentant de réaffirmer leurs engagements de campagne. Ils ont d'ailleurs commencé par s'affronter au sujet des chiffres du chômage, François Hollande citant des données brutes (un million d'inscrits en plus de 2007 à 2011) éditées par Pole Emploi, tandis que Nicolas Sarkozy s'est basé sur les chiffres calculés par le BIT (Bureau International du Travail) et l'INSEE, pour lesquels le nombre de chômeurs n'a augmenté "que" de 422.000 sur la même période. De fait, les deux candidats ont dit vrai, selon les modes de calcul auxquels ils se réfèrent... Le BIT notamment, écarte de ses statistiques les personnes ayant eu une activité, même réduite, au cours de la période étudiée, tandis que Pole Emploi les inclut.
Rarement mis au premier plan lors de la campagne, l'emploi arrive pourtant en tête (31%) des sujets que les Français souhaitent voir abordés par les deux candidats entre les deux tours, devant le pouvoir d'achat (21%), la dette (11%), la santé (6%) ou l'insécurité (5%), selon un sondage Viavoice pour BPCE-'Les Echos'-'France Info' publié le 26 mars dernier...
Du côté des propositions, le candidat du PS a estimé hier soir que pour relancer l'emploi, il faut en priorité "relancer la production"... M. Hollande a rappelé qu'il entendait créer, s'il est élu, une "banque publique d'investissement afin de financer les petites et moyennes entreprises", et a confirmé son projet de contrat de génération, par lequel une entreprise s'engageant à garder un senior jusqu'à sa retraite et embauchant un jeune en CDI serait exonérée de charges sociales sur les deux emplois.
Pour Nicolas Sarkozy, le mot-clé est "compétitivité" : Pour la restaurer, il entend s'attaquer en cas de réélection "au gigantesque problème du coût du travail", à travers la création d'un contrat compétitivité-emploi (possibilité de négocier dans les entreprises les heures de travail et les salaires), et la TVA sociale, rebaptisée "TVA anti-délocalisation", qui permettrait de baisser les charges patronales.
François Hollande a critiqué les "largesses fiscales" aux plus riches (bouclier fiscal...) de l'ère Sarkozy, tandis que le candidat UMP a agité la menace d'exil fiscal et de délocalisations d'entreprises si son rival du PS mettait en oeuvre son programme de création de 40 MdsE de prélèvements supplémentaires et 50 MdsE d'économies.
Enfin, les deux candidats ont évoqué tour à tour avec insistance le modèle économique de l'Allemagne, où le taux de chômage est tombé à 7% en avril, selon l'Agence pour l'emploi, contre près de 10% en France... "L'Allemagne a amélioré sa productivité" a lancé le candidat-président, tandis que François Hollande a souligné que sous le quinquennat de M. Sarkozy, la France n'avait "pas eu une croissance comme celle de l'Allemagne"... CQFD.
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